Né le 11 janvier 1902 à Alger ; syndicaliste et coopérateur ; écrivain.

Pierre Autry n’avait que quatre mois lorsque son père, ouvrier coiffeur, abandonna le foyer familial. Sa mère, couturière, puis femme de ménage, éleva seule ses quatre enfants en bas âge. Placé à l’école maternelle dès l’âge de deux ans, Pierre Autry fréquenta ensuite l’école communale jusqu’au Certificat d’études primaires. À douze ans, il commença à travailler comme garçon de courses, ensuite comme commis aux écritures chez différents employeurs. Durant ses rares heures de liberté, il tenta, avec des moyens qu’il a qualifié de dérisoires, de parfaire son instruction. En juillet 1925, il quitta son pays natal pour Paris « afin, écrit-il, d’y trouver les contacts humains dont il était privé et les ouvertures intellectuelles dont il avait besoin. » Il travailla en usine pour subvenir à ses besoins, mais, autodidacte acharné cherchant sa vie, il consacra ses moments de liberté à la fréquentation des bibliothèques, et ses soirées à la lecture et à l’étude. Il découvrit petit à petit le cinéma, mais surtout le théâtre et la musique. Pendant un temps, il « tâta » sans succès de la représentation commerciale, puis retourna dans ces bureaux d’usine dont il avait espérer pouvoir se libérer. Il épousa, en 1928, Suzanne Cilly*, ancienne élève de l’École des Beaux-arts et dessinatrice. « Son intelligence, dira plus tard Autry, son esprit critique, ses dons littéraires, furent pour moi une aide et un encouragement précieux ». Ce fut vers cette époque que Pierre Autry rencontra Henry Poulaille (à qui il présenta son premier manuscrit, Tempête sur le port, en 1928), Marc Bernard, Tristan Rémy, ainsi que Marcel Lapierre qui était secrétaire de rédaction au Peuple. Leur fréquentation et les liens d’amitié qu’il noua avec eux furent pour l’isolé, un puissant réconfort. Et pendant les dix années qui précédèrent la guerre, ses activités devinrent multiples. De 1928 à 1935, secrétaire particulier des maîtres-verriers Louis Barillet et Jacques Le Chevallier (dont l’atelier était très connu à l’époque), initiateurs du « vitrail blanc » et les premiers à avoir modernisé le vitrail religieux, rompant ainsi avec les pâles copies qu’on fabriquait ailleurs, Autry s’instruisit dans la pratique des métiers d’art qu’il ignorait : le vitrail, la mosaïque, la décoration (il fit une conférence sur la technique du vitrail au Musée du Soir). En même temps, il s’essayait au journalisme, dont il finit par faire sa profession en collaborant régulièrement au Peuple où, de 1934 à 1938, il fut titulaire de la rubrique radiophonique. Musicologue, il y publia pendant cinq ans, de 1934 à 1939, des articles sur la musique et les compositeurs. Ces textes d’initiation musicale s’adressaient en général à des profanes et restent un exemple de ce qui peut être réalisé en ce domaine dans un esprit didactique.
En 1932, Pierre Autry avait adhéré au « Groupe des Écrivains prolétariens de langue française ». De 1936 à 1939, il fut co-rédacteur en chef de l’hebdomadaire Radio-Liberté. Il écrivit des contes et des nouvelles, et, en 1937, le Peuple publia en feuilleton son roman Le Chemin difficile, oeuvre qui sera remaniée en 1950 et dont la version définitive, Par des chemins arides, est restée inédite. En septembre 1939, Autry, qui n’était pas mobilisable, fut affecté au ministère de l’Information dirigé par Jean Giraudoux, au service de la censure des quotidiens, puis aux Informations téléphonées de nuit. Au début de l’Occupation, il se trouva sans travail. Après avoir refusé un emploi de rédacteur à Paris-Soir, le hasard lui fit rencontrer un militant syndicaliste des PTT, Boutonet, qui avait travaillé avec lui à Radio-Liberté. Celui-ci l’adressa à Raymond Froideval, secrétaire général de la Confédération des Sociétés coopératives ouvrières de Production depuis janvier 1940. Froideval, qui connaissait Autry par les textes qu’il avait donnés au Peuple, put le faire embaucher en décembre 1940 comme chef du service économique de la Confédération. La paix revenue, Autry fut nommé secrétaire général adjoint, poste qu’il devait occuper jusqu’à sa retraite, en 1967. Pendant l’Occupation allemande, Autry participa à la Résistance avec d’autres coopérateurs. Sa chronique radiophonique du Peuple dans laquelle il avait attaqué l’hitlérisme, pendant les années d’avant-guerre, lui valut d’être perquisitionné, tandis que sa femme était poursuivie pour propagande anti-allemande. Il tenta, avec Tristan Rémy et Paul Löffler, de fonder une revue clandestine, mais ce projet échoua faute de moyens. En 1949, il adhéra au « Mouvement Epiphaniste » créé par H. Perruchot et M. Ragon et dirigea ses débats hebdomadaires jusqu’à la fin de cette tentative humaniste. Autry a écrit plusieurs romans, des souvenirs, un journal intime. Tous ces textes — sauf celui signalé ci-dessus — sont demeurés inédits. Dans ces récits perce en grande partie une autobiographie transposée qui constitue l’un des plus âpres témoignages sur la condition prolétarienne de l’entre-deux-guerres, et où résonne par endroits l’écho du lamentable drame algérien. Mais Autry se défendait de n’apporter que des témoignages bruts : « Ayant pris place dans le Groupe des Écrivains Prolétariens, ce fut pour moi, remarque-t-il, l’occasion de manifester, dans mes écrits, pour une littérature « authentique », bien entendu, mais pas seulement de témoignage. J’estime en effet qu’un écrivain, fût-il prolétaire, peut et doit transcender sa propre expérience pour atteindre à l’homme dans sa totalité complexe et originale. Je prétends en outre que l’imagination créatrice n’est pas l’apanage des écrivains bourgeois, comme ne le sont pas les rigueurs du style, de la syntaxe, de l’art d’écrire en un mot. C’est ainsi, dans le respect de ces règles, qu’il servira le mieux la cause du peuple dont il est issu. » Il n’est pas inutile de signaler enfin la conception que s’est faite Autry de sa tâche de pédagogue bénévole, car dans les nombreuses conférences qu’il a données, il s’est attaché avant tout à développer des sujets de culture générale, particulièrement dans des domaines où l’ouvrier n’a pas accès : « C’est ma marotte, a-t-il dit, que d’éduquer, de communiquer aux autres le peu que je sais, ayant acquis ce peu au prix de grands efforts. »

ŒUVRE : Romans : Tempête sur le port (1928). — Apprentissage (1930). — Claire Arnault (1945). — La proie pour l’ombre (1964). — Par des chemins arides (1950. — Première version, parue dans le Peuple en 1937. Le Chemin difficile).
Nouvelles et Contes : Pêcheurs de sous (Regards). — La Soupe (Les Primaires). — Sur un banc (L’Intransigeant). — La maison du chat qui pelote, présentation de l’oeuvre de Balzac avec la Troupe « Art et Travail » de Delferrière.
Souvenirs : Le Temps s’en va. Journal intime : Bilan 1940.
Texte de Conférence : Pour une morale coopérative. Conférence, 17 avril 1947. (Brochure de 56 pages, éditée par la Confédération des SCOP de France).
Collaborations : Monde. — Le Peuple. — Vendredi. — Nouvel Âge. — Prolétariat. — Lectures du Soir. — Regards. — Les Primaires. — Bulletin des Écrivains Prolétariens. — Bulletin du Mouvement Epiphaniste. — Marges (Genève). — Esprit du temps (Belgique). — Le Rouge et le Noir (Belgique).
Interview : Pièces radiophoniques...

SOURCE : Correspondance de Pierre Autry.

Jean Prugnot

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