CHARLOIS André, Jean-Baptiste

Par Jacques Girault

Né à Néoules (Var) le 25 juin 1858 ; mort à La Garde (Var), le 30 novembre 1937 ; menuisier ; maire socialiste de La Garde (1900-1931) ; conseiller général du quatrième canton de Toulon (1901-1934).

Fils d’un menuisier de Néoules, entrepreneur de menuiserie, puis, après la guerre, de travaux publics à La Garde, Charlois, candidat au conseil d’arrondissement du canton de Toulon-Est, recueillit 1 012 voix sur 10 531 inscrits, le 31 juillet 1892 et se retira. Le 7 janvier 1899, il faisait partie de la commission d’organisation du Comité de vigilance et de défense républicaine contre les municipalités « nationalistes ».

Lors de l’élection partielle au conseil d’arrondissement de 1899, il fut à nouveau candidat du « Comité d’union républicaine socialiste ». Le sous-préfet de Toulon le présentait alors comme libre penseur et président du cercle républicain de La Garde. Il eut le soutien de divers cercles, de la Fédération du Parti ouvrier français, du groupe blanquiste et du quotidien, Le Petit Var. Le 6 août, il arrivait en deuxième position avec 691 voix sur 11 843 inscrits. Le dimanche suivant, il devançait le maire « très modéré » du Pradet avec 1 557 voix, grâce au retrait d’un autre candidat socialiste.

En août 1901, il fut élu conseiller général du quatrième canton de Toulon qui, à la suite d’un découpage, comprenait la partie orientale de la ville et les communes voisines. Il obtint au deuxième tour 789 voix contre 577 au premier tour sur 2 241 inscrits. Son étiquette était « comité de défense républicaine et socialiste ». Il devint vice-président du conseil général.

Seul candidat du « comité républicain socialiste », il fut réélu dans ce canton, le 31 juillet 1905, avec 1 018 voix sur 2 424 inscrits. Le sous-préfet de Toulon estimait alors qu’il était un « personnage de troisième plan malgré une certaine activité ». L’hebdomadaire satirique Les Coulisses, en mars 1903, le décrivait ainsi : « moustaches poivre et sel tombant, touffue [...] très haut perché sur des longues jambes [...] sec [...] la figure est angulaire, la démarche est saccadée ». Il était parvenu à « supplanter » comme maire de La Garde le « drapeau blanc ».

Charlois en effet était devenu maire de La Garde en mai 1900. Il fut réélu en mai 1904 à la suite d’élections municipales où il arrivait en troisième position. À nouveau candidat, il fut élu le 3 mai 1908, en tête de sa liste avec 392 voix. Sa position locale ne cessait de se renforcer. Une seule liste qu’il conduisait « liste d’union républicaine et socialiste » fut réélue le 19 mai 1912. Il arrivait en quatrième position avec 495 voix sur 811 inscrits.

Ce renforcement continu de ses positions locales provenait de ses réalisations en faveur de l’école, de ses positions favorables aux chômeurs ou aux déplacements vers Toulon par la création souhaitée d’un tramway. Ses positions politiques antinationalistes, anticléricales ou en faveur de la paix donnaient lieu à des vœux du conseil.

En effet, Charlois, le 7 janvier 1899, participait à Toulon au rassemblement des groupes socialistes. En vue de créer une Fédération, on organisa une commission dont il fit partie. Cette commission devait déboucher en juillet 1899 à un premier rassemblement dans le cadre du Parti ouvrier. Le 23 décembre 1900, il participait au congrès du Luc où fut fondée la Fédération socialiste du Var affiliée au Parti socialiste français. Elle devint autonome en 1902.

Le 3 septembre 1905, Charlois présida le congrès d’unité départementale de Toulon qui devait créer la Fédération SFIO. Il devint membre de son comité fédéral.

Le 4 mars 1906 se tenait un congrès fédéral à Carnoules. Charlois présidait la commission arbitrale qui décida d’exclure Claude par 3 voix contre 2. Selon la presse, il mit « le poids de sa voix dans la balance pour l’excommunication ». Cette prise de position fut éclairée lors du congrès du 6 septembre 1908. La grande question était la discussion sur l’attitude d’Escartefigue qui avait refusé de condamner la politique de Clemenceau. Charlois prit alors la défense d’Escartefigue. Aussi, fut-il en difficultés par la suite. Pourtant lors de la fête de la section communale de Toulon de la SFIO, le 20 décembre 1908, dans son discours, il affirmait sa fidélité au Parti « quoiqu’il arrive, allons toujours à gauche et jamais à droite ». Ainsi, illustrait-il le refus qu’il avait donné au préfet de participer au dîner offert en octobre 1908.

Le préfet du Var estimait, en 1907, qu’il n’avait qu’une « influence restreinte même dans son canton ». Il fut réélu, le 24 juillet 1910, comme « candidat du congrès républicain socialiste (SFIO) » avec 943 voix sur 2 628 inscrits, fut confirmé comme vice-président du conseil général et devint, en 1913-1914, président de la commission départementale.

Pour les élections législatives de 1914, la section socialiste SFIO de Toulon désigna Allard comme candidat dans la deuxième circonscription (1er et 4e cantons c’est-à-dire les faubourgs occidentaux et la banlieue orientale). Des protestations s’élevèrent contre cette candidature « exotique ». Aussi, Charlois fit-il acte de candidature. Il devait alors être exclu de la SFIO pour « indiscipline ». Sa profession de foi affirmait pourtant son appartenance à la SFIO, « parti auquel j’appartiens et dont je suis le fondateur ». Allard s’étant récusé, l’investiture officielle de la Fédération socialiste allait à Claude.

Au premier tour, il recueillait 1 500 voix sur 8 732 inscrits et arrivait en tête. Il fut battu par le « socialiste allemaniste » Berthon au tour suivant en dépit de ses 2 163 voix.

Pendant la guerre, Charlois réintégrait officiellement la SFIO et, en 1917, prenait l’initiative d’un syndicat intercommunal qui groupait toutes les communes de la région toulonnaise pour le ravitaillement en matières premières. Mais, ce syndicat fonctionna mal et, en 1921, accusait un très fort déficit.

Pour les élections législatives de 1919, présentée au congrès fédéral de la SFIO, le 19 octobre 1919, par la section de La Garde, sa candidature ne fut pas retenue.

Aux élections municipales du 30 novembre 1919, avec 451 voix sur 1 811 inscrits, Charlois arriva en tête de la seule liste « d’union républicaine et socialiste ». Il fut aussi confirmé dans son mandat de conseiller général, le 14 décembre 1919, où seul candidat, il recueillit les suffrages de 924 des 2 719 électeurs inscrits. Le sous-préfet de Toulon constatait sa « situation solide dans l’arrondissement [...] Esprit très clair, sage et pondéré, de bon conseil et de grande expérience. Collaborateur dévoué et précieux de l’administration » (Arch. Dép. Var, 3 Z 2.9).

Membre de la commission socialiste chargée d’organiser l’élection sénatoriale, après avoir accepté d’être candidat isolé lors de la réunion préparatoire du Bloc des gauches, il recueillit, le 11 janvier 1920, 54 voix sur les 486 grands électeurs inscrits.

Sans cesse réélu au comité fédéral de la SFIO, Charlois fut un des membres du bureau du congrès fédéral, le 19 décembre 1920, qui mandata la délégation varoise pour voter majoritairement pour la motion Longuet au congrès de Tours.

Seul candidat du « congrès républicain socialiste » à la réélection au conseil général, il fut élu, le 14 mai 1922, avec 1 117 voix sur 2 593 inscrits. Signalons une position particulière qu’il aurait développée concernant les enseignants. Selon J. Pascal, il aurait affirmé « il faudra que les administrateurs, nous nous liguions contre les instituteurs et les institutrices : ils sont embêtants ces gens-là avec leur école, ils réclament toujours » (Une existence en toutes lettres, p. 56).

Vice-président du conseil général (1926), président de la commission des finances, membre de la commission des transports, il retrouva la commission départementale en 1927. Membre de la commission d’étude du Budget à partir de 1930, il était en outre membre de la commission des eaux de Fontaine-l’Évêque, de la conférence interdépartementale des conseils généraux du Sud-Est, de la commission des HBM, il représentait aussi le conseil dans diverses commissions (aliénation des propriétés départementales, contrôle du service des enfants assistés, des allocations militaires, de la protection des sites, de l’électrification des campagnes etc.).

Le 14 octobre 1928, Charlois fut confirmé comme conseiller général, mais, eut, cette fois, trois concurrents qu’il battit dès le premier tour avec 884 voix sur 3 061 inscrits. Il retrouva la présidence de la commission départementale de 1929-1930.

Son rôle à l’Assemblée départementale lui valut de faire partie de toutes les commissions départementales de la SFIO pour la propagande aux élections cantonales et d’être le vice-président de la commission exécutive du « Comité général varois pour l’élection rouge » en 1924. En février 1924, la commission d’organisation le désigna même comme candidat possible pour la députation.

Réélu à La Garde, le 3 mars 1925, à la tête de la liste d’« Union républicaine et socialiste = Cartel des gauches » avec 534 voix sur les 832 électeurs inscrits, Charlois participa les 30 et 31 octobre 1925 au congrès de fondation de la Fédération nationale des conseillers municipaux et cantonaux de la SFIO.

Le Matin, en novembre 1926 annonça sa candidature au Sénat. Il n’en fut rien. Le 8 janvier 1928, Charlois présidait la réunion des socialistes de la troisième circonscription de Toulon qui désigna Chommeton comme candidat à la députation. À l’origine en 1927 de la Fédération des municipalités socialistes, il en fut nommé secrétaire adjoint le 19 juin 1927. Mais cet organisme n’eut pas de vie réelle et prolongée.

Le 5 mai 1929, réélu à La Garde sur la « liste républicaine et socialiste », il arriva en troisième position avec 530 voix sur 875 inscrits. Malade, il démissionna de son fauteuil de maire le 3 août 1931, tout en restant conseiller municipal et après avoir assuré sa succession en la personne de Zunine. Dans sa lettre, il rappelait son action depuis 1900 (amélioration de la cité, ligne de tramways, éclairage électrique, extension du service des eaux, embellissement de la place). Aussi devint-il maire honoraire le 18 août 1931. Dans sa profession de foi pour les élections législatives de 1936, Zunine indiquait qu’il avait succédé à Charlois « épuisé par un demi-siècle de luttes pour la République et le socialisme ».

Lors de la scission des « néos », Charlois signa l’appel aux socialistes demandant de suivre les élus dans la dissidence (Le Petit Var, 17 novembre 1933). Neuf jours plus tard, il participa au congrès de la Fédération varoise du Parti socialiste de France et fut nommé au comité fédéral. Toutefois, deux mois plus tard, il demandait à réintégrer la SFIO, retour qui en annonçait d’autres.

Aux élections municipales de La Garde, le 5 mai 1935, Charlois fut élu en dix-huitième position, sur la « liste socialiste et d’intérêt local », avec 535 voix sur 943 inscrits. Mais il ne figurait dans aucune commission.

Charlois fut le type même du conseiller général dévoué qui sut asseoir son autorité en s’intéressant de près aux finances départementales. Dans sa localité, outre son entreprise qu’il gérait de bonne façon, il fut aussi pendant longtemps secrétaire du Cercle républicain, lieu fort de la politique locale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article105038, notice CHARLOIS André, Jean-Baptiste par Jacques Girault, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 4 novembre 2010.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021. — Arch. Dép. Var, 2 M 3 46 1 ; 2 M 3 4 6 2 ; 2 M 4 1 1 ; 2 M 5 2 0 1 ; 2 M 5 2 1 2 ; 2 M 5 2 1 9 ; 2 M 5 231 ; 2 M 5 243 ; 2 M 5 251 ; 2 M 5 279 ; 2 M 6 17 ; 2 M 6 20 ; 2 M 6 23 ; 2 M 7 24 2 ; 2 M 7 28 2 ; 2 M 7 32 1 ; 4 M 41 ; 4 M 45 ; 4 M 53 ; 3 Z 2 5 ; 3 Z 2 9. — Arch. Com. La Garde. — Arch. privées E. Claude (conservées par M. Soumille). — A. Lemonnier, Historique du conseil général et des conseils d’arrondissement..., sl. 1933. — J. Pascal, Une existence en toutes lettres.

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