AULAS Jean, François, Roger

Par Jean Maitron

Né le 30 décembre 1893 à Saint-Hurugue (Saône-et-Loire), mort le 25 janvier 1975 à Cannes (Alpes-Maritimes) ; instituteur ; militant syndicaliste et communiste ; secrétaire de la Fédération unitaire de l’enseignement ; militant de l’École émancipée.

Jean Aulas avec Gilbert Serret
Jean Aulas avec Gilbert Serret

Jean Aulas avait pour aïeux du côté paternel, de petits meuniers à eau, de père en fils, retrouvés depuis Louis XV. Son grand-père se fit charpentier, son père, après avoir été berger, réussit à devenir instituteur. Du côté maternel, le grand-père était un jardinier de chef-lieu de canton. Un an après sa naissance, Jean perdit sa mère qui mourut en donnant le jour à une petite fille. Le père quitta Saint-Hurugue l’année suivante après avoir été nommé à Vareilles afin de se rapprocher de sa famille. Il y resta instituteur puis secrétaire de mairie pendant trente-deux ans. Jean avait quatre ans quand son père se remaria et la « belle-mère » fut une vraie mère pour sa sœur et pour lui, ne faisant par la suite aucune différence avec ses deux fils nés beaucoup plus tard et dont l’un, Louis, sera un militant du Rhône.

Jusqu’à l’âge de quatorze ans, Jean Aulas resta à Vareilles avec son père puis une Bourse lui permit d’entrer à l’EPS de Marcigny en 1908. Ce fut ensuite l’École normale de Mâcon de 1910 à 1913. Dès novembre 1913, service militaire et, un an plus tard, la guerre ; Jean Aulas combattit au front durant trente-deux mois : citations, croix de guerre... Puis ce fut l’occupation en Allemagne ; la démobilisation n’intervint que le 6 septembre 1919.

Nommé dans un « petit trou » du Charolais (Marizy), il obtint, le 1er octobre 1920, Saint-Jean-des-Vignes, banlieue de Mâcon. Deux ans plus tard, il était nommé à Châlon où il resta onze ans. Jean Aulas se maria en 1932 et Suzanne (voir Suzanne Aulas), sa femme, se voyant refuser tout poste à Châlon, le couple obtint Saint-Boil, petit village de la côte du vignoble chalonnais où il demeura jusqu’en juin 1940.

Ayant vécu jusqu’en 1914 en milieu social fermé, ce fut la guerre qui entraîna Jean Aulas à une « révision des valeurs ». Parti pour reconquérir l’Alsace-Lorraine, il subit plus d’un choc au cours de ces années, mais c’est en 1919, lorsqu’il reçut un jour plusieurs numéros de l’École de la Fédération, qu’il trouva « imprimées noir sur blanc les idées qui avaient germé peu à peu dans son esprit » ; il adhéra alors au syndicat des instituteurs et au Parti communiste. Dès août 1920, il intervint au congrès de Bordeaux du SNI et fut nommé secrétaire du comité central des Groupes de Jeunes (1921-1923) et secrétaire du syndicat des instituteurs de Saône-et-Loire. Au congrès de Brest en 1923, il présenta le rapport sur le traitement unique. Désormais il assistera et interviendra à tous les congrès de la Fédération unitaire de l’enseignement. C’est en août 1928, au congrès de Paris, qu’il fut nommé secrétaire fédéral pour deux ans et remplaça Maurice Dommanget. Il était déjà secrétaire de rédaction du bulletin mensuel L’Émancipation.

Ces deux années furent particulièrement éprouvantes pour Jean Aulas car s’il eut à agir — et cela allait de soi — en tant que militant syndical responsable de la Fédération et à prendre la défense de tous les enseignants instituteurs, il eut encore à faire face — et ce fut pénible — aux attaques des membres de son Parti groupés autour de Georges Cogniot dans la MOR (minorité oppositionnelle révolutionnaire fidèle à l’Internationale des Travailleurs de l’Enseignement, à l’ISR et à l’IC) ainsi qu’aux attaques des Groupes de Jeunes et de l’Union fédérale des Étudiants contrôlés par le PC.

Jean Aulas participa activement à l’établissement du « programme de la majorité fédérale » et s’opposa avec ses camarades instituteurs, membres du Parti mais non « dans la ligne », aux « purs », aux inconditionnels, dans une réunion de fraction nationale à Noël 1928. Un nouvel affrontement eut lieu avant le congrès de Besançon en août 1929 au cours de la réunion de fraction qui précéda le congrès. De violentes attaques dans l’Humanité et dans La Vie Ouvrière furent lancées contre Jean Aulas et ses amis et à une réunion du comité exécutif de l’ITE tenue à Bruxelles, Aulas fut mis en demeure de désavouer les décisions de Besançon.

L’année universitaire 1929-1930 fut particulièrement dure pour Jean Aulas et, au congrès de Marseille en août 1930, il dut faire face à une attaque sans précédent. Comme il était prévu, il abandonna alors le secrétariat fédéral et c’est son ami Gilbert Serret qui prit la relève ; il l’épaula de son mieux au conseil fédéral. Fin 1930-début 1931, il fut exclu du Parti dont il avait été membre du comité de rayon en 1926, mais cinq réunions de cellule et de rayon furent nécessaires pour « convaincre » les adhérents. Les ouvriers de Chalon lui confièrent alors, unitaires et confédérés, le secrétariat de la Bourse du Travail.

En août 1931, au lendemain du congrès de Limoges, un certain nombre de dirigeants de la majorité fédérale furent invités à Moscou par l’ISR pour discuter de leur programme. Serret, Dommanget, Aulas, Jean Cornec partirent sans passeports, arrivèrent à gagner Berlin mais attendirent en vain une possibilité de se rendre à Moscou et, après une douzaine de jours, durent faire demi-tour.

L’année suivante, en août, Jean Aulas voulut se rendre à Amsterdam afin de participer au congrès contre la guerre impérialiste. Le passeport lui fut tout d’abord refusé et il ne l’obtint finalement que sur intervention de Barbusse. En juin 1933, au congrès antifasciste de Pleyel à Paris, il fut inscrit pour une intervention de cinq minutes mais des interruptions réduisirent de plus de moitié ce temps de parole.

C’est en octobre 1933 qu’il fut nommé à Saint-Boil et il y milita en milieu vigneron, forma un comité antifasciste, une section du SOI. Il y reçut également la visite de Trotstky mais se refusa à une subordination syndicale à une ligne politique.

Jean Aulas joua un rôle important au moment de l’unité. En 1934 déjà, il fut désigné par le congrès de Montpellier de la Fédération unitaire pour aller en délégation au congrès de Nice du SNI proposer la fusion des deux organisations. Nouvelle délégation l’année suivante à Paris, toujours au congrès du SNI qui envoya deux militants à Angers pour en discuter avec les dirigeants de la Fédération unitaire. La fusion étant enfin réalisée, Aulas fut nommé secrétaire administratif du syndicat unique de Saône-et-Loire.

Lors du congrès de l’Internationale des travailleurs de l’enseignement à Meudon (Seine-et-Oise), en 1935, lors de la désignation des commissions, Aulas fit partie des cinq membres de la commission de révision des statuts, seul représentant du syndicat français.

Et puis ce fut la guerre et, en juin 1940, après plusieurs perquisitions infructueuses, Jean Aulas et sa femme furent déplacés d’office à Dyo (Saône-et-Loire). Dès leur arrivée, une grève des élèves était organisée, leur voiture mise en fourrière puis réquisitionnée et, cinq jours plus tard, eux-mêmes étaient suspendus sans traitement puis, aussitôt après, mis en résidence surveillée... à Dyo. Mais déjà, c’était la grande débandade civile et militaire et les Aulas partirent pour l’Auvergne chez le beau-frère de Jean.

À la rentrée d’octobre, Suzanne Aulas fut nommée à La Chapelle-sur-Coise, localité de moins de trois cents habitants, poste perdu du Rhône ; quant à Jean, toujours en résidence surveillée, il disparut dans le Midi et s’embaucha comme jardinier au château de la Galère à Théoule-sur-Mer dans les Alpes-Maritimes puis devint agent immobilier.

En octobre 1942, Suzanne Aulas fut nommée dans le département, à Mandelieu, mais, en 1943, la côte étant occupée, ils furent évacués en Auvergne, à Clermont-Ferrand ; c’est là que, l’année suivante, naquit leur fils Jean-Pierre.

En 1945, Jean Aulas et sa femme furent embauchés par des amis comme instituteurs dans une maison tchécoslovaque à Saint-Pierre d’Irube dans les Basses-Pyrénées. La réintégration intervint seulement en 1946 : Jean Aulas en Saône-et-Loire, sa femme dans les Alpes-Maritimes. Il restait à Jean Aulas une année à faire pour bénéficier de sa retraite complète. Il l’accomplit à Antibes et à Cannes. Puis il reprit la direction de l’Agence immobilière qu’il avait créée, acheta un terrain, y fit bâtir une maison à Mandelieu-la-Napoule où il prit sa retraite en 1947. Il resta militant de l’École émancipée mais l’influence de cette tendance était faible dans les Alpes-Maritimes qui ne comptaient que huit abonnés à la revue.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10483, notice AULAS Jean, François, Roger par Jean Maitron, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 14 mai 2019.

Par Jean Maitron

Jean Aulas avec Gilbert Serret
Jean Aulas avec Gilbert Serret
1932 au congrès d’Amsterdam
1932 au congrès d’Amsterdam
De gauche à droite : Moncond’huy, Elie Reynier, Hérard, Gilbert Serret, Simone Aulas, Bravey, Aulas, M. Bravey
Vincent Présumey, Gilbert Serret, op. cit

SOURCES : Arch. Nat. F7/13744, rapport du 6 juillet 1921, F7/13749, rapport du 1er juillet 1929. — Arch. PPo., 304. — Arch. Dép. Saône-et-Loire, 30 m et 41 M. — RGASPI, 534 6 112. — La Révolution Prolétarienne, mars 1975 (article de Giauffret). — L. Bouët, Les Militants du syndicalisme universitaire. Ceux de la Relève, édit. de « l’École Émancipée », Avignon, s.d. — Notes de Jean Aulas à l’auteur, 26 janvier 1973. — Notes de Jacques Girault.

ICONOGRAPHIE : L. Bouët, Trente ans de combat syndicaliste et pacifiste, L’Amitié par le Livre, p. 487.

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