AUGÉ Renée [née ORCIÉ Renée, Paule, dite AUGÉ-ORCIÉ]

Par Alain Dalançon

Née le 28 juin 1927 à Paris (XIIIe arr.), morte le 15 octobre 2002 au Coudray (Eure-et-Loir) ; professeure ; militante syndicaliste du SNES, secrétaire du S3 de Bordeaux (1969-1973) ; militante communiste.

René Augè-Orcié
René Augè-Orcié
Congrès SNES 1971

Renée Orcié obtint une licence de lettres classiques (1947) et un diplôme d’études supérieures de grammaire ancienne (1948). Surveillante d’externat au collège de jeunes filles de Bayonne, elle avait effectué des suppléances au lycée Camille Jullian à Bordeaux, avant de devenir adjointe d’enseignement au lycée de Mont-de-Marsan (1950-1951 puis au collège d’Aiguillon (Lot-et-Garonne).

À cette époque, elle militait au Syndicat national de l’enseignement secondaire dans la tendance « autonome ». Aux élections à la commission administrative nationale, en mai-juin 1949, elle fut élue adjointe de Louis Astre, au secrétariat de la catégorie des surveillants. Elle participa au congrès de la Fédération de l’éducation nationale (novembre 1949) dans la délégation des Basses-Pyrénées majoritairement « autonome ». Elle fut la suppléante de Roger Fédensieu, secrétaire du S3 de Bordeaux à la CA nationale du SNES en 1950-1951.

Reçue au CAPES (1954) de lettres classiques, Renée Augé-Orcié fut nommée professeur à Marmande (Lot-et-Garonne) où enseignait son mari, Pierre Augé, militant « cégétiste », épousé en juillet 1950 à Bordeaux, avec lequel elle eut deux enfants. Sa demande de mutation à Agen (Lot-et-Garonne) fut appuyée par une lettre du député Caillavet. Elle fut affectée au lycée de jeunes filles Chaumié dès 1955, alors que son mari ne fut muté au lycée de garçons Bernard Palissy d’Agen qu’en 1958.

Renée Augé-Orcié fut candidate à la CA nationale du SNES en 1960 et en 1962 sur la liste « B » (Unité et Action) pour le deuxième scrutin dans la catégorie des certifiés, succédant à son mari qui avait été candidat sur ces listes de 1950 à 1958.

Jusqu’alors les rapports des inspecteurs généraux soulignaient sa culture, sa « maîtrise », sa « clarté », « ses éminentes qualités pédagogiques ». Toutefois la directrice du lycée, tout en reconnaissant ses qualités, estimait que « le niveau des cours est peut-être trop élevé » et surtout qu’elle s’occupait « de ce qui ne la regarde pas et essaie de mettre du désordre dans la maison en dressant les uns contre les autres » (1959). Pourtant sa note administrative augmentait régulièrement pour atteindre 18 en 1964.

En pleine grève administrative engagée par le SNES en 1965, après que le ministre Fouchet eut sommé, à la fin de février, les grévistes de rendre leurs notes et de remplir les bulletins trimestriels, en mars, en tant que secrétaire de la section départementale (S2) du SNES, elle signa un article dans le Bulletin départemental de la FEN et du SNI, intitulé, « La grève administrative continue » qui se terminait par : « notre objectif, dépassant la lutte pour les seules conditions de travail, est la dénonciation de la réforme d’un certain Fouchet qui se dit serviteur de l’Éducation nationale ».

L’inspecteur général, envoyé dans sa classe à la fin mars, indiquait qu’elle était « un très bon professeur » en classe terminale mais jugeait que sa sévérité, dans les classes de premier cycle, était excessive et qu’il valait mieux l’affecter en second cycle ou si possible à l’enseignement par correspondance. Le 5 avril, le recteur envoyait au ministre la photocopie de l’article dont les termes lui paraissaient « indignes d’une éducatrice de notre jeunesse ». Le 7 avril, l’inspecteur d’académie la jugeait « indésirable » dans le département. Le 7 mai, elle prenait connaissance de la proposition de sa nouvelle note administrative, abaissée à 8. Le 12 mai, le ministère la suspendait avec maintien de traitement. On lui reprochait, outre son article, sa sévérité, « sa méchanceté et inhumanité », qui expliquaient les nombreuses plaintes des parents et son « manquement répété à la neutralité scolaire ».

Renée Augé-Orcié militait alors dans les rangs du Parti communiste français. Lors de la conférence de la fédération, le 13 juin 1965, dans son intervention, après avoir évoqué la répression qui la touchait, elle s’en prit aux militants socialistes et radicaux, « hommes de la préfecture, donc du pouvoir, avec eux nous allons nous compromettre ».

Après sa suspension, commença « l’affaire » qui allait durer jusqu’en 1969. Un mouvement syndical local et national de protestation s’engagea contre l’arbitraire du ministère et de l’administration locale. Les interventions des dirigeants académiques et nationaux du SNES reçurent les mêmes réponses : au lieu du conseil académique, le Conseil supérieur de l’Éducation nationale allait être saisi. Le recteur lui interdit de se présenter dans son lycée ; elle n’obtempéra pas et organisa une grève au lycée de jeunes filles, le 28 mai, suivie par 27 titulaires sur 33.

Des comités de soutiens intersyndicaux se constituèrent ainsi qu’un comité local de défense des libertés des fonctionnaires. La presse locale et nationale donnait des informations. Elle déposa le 16 juillet un recours devant le tribunal administratif de Bordeaux demandant l’annulation de la suspension. Le ministère essaya de trouver une solution, note administrative ramenée à 16, promotion suspendue, non traduction devant le CSEN, projet de « mutation dans l’intérêt du service » annoncé par télégramme le 5 juillet. La Commission administrative paritaire nationale consultée, le 13 juillet, émit un avis défavorable. Malgré cela, le ministre décida le 25 août de la muter au lycée de jeunes filles de Montauban (Tarn-et-Garonne).

Lors de la réunion du bureau élargi de la fédération communiste, le 27 août 1965, plusieurs responsables lui conseillèrent de prendre son poste tout en poursuivant l’action engagée à Agen. Elle refusa. Le rapport du représentant du comité central Yves Péron exposait ses arguments : « Une acceptation de sa part aurait des conséquences graves car elle constituerait un précédent qui ne manquerait pas d’être exploité. Dans l’action engagée depuis la mesure de suspension, elle a pris des engagements auprès de nombreux enseignants qui s’attendent à un refus qui peut devenir un point de ralliement permettant un renforcement de l’action et un renouveau syndical. En effet, la camarade apporte des appréciations sévères sur le comportement des dirigeants nationaux du SNES et de la FEN. »

Parmi les diverses actions projetées, il signalait qu’Hubert Ruffe allait entreprendre une démarche auprès des parlementaires non-gaullistes du département. D’autre part, elle souhaitait avoir une entrevue « avec un militant particulièrement responsable de ces problèmes ».

Le SNES, le SNET et le SNPEN, soutenus par la FEN, diffusèrent un tract intitulé : « Halte à l’arbitraire. Les franchises universitaires, les garanties statutaires du personnel, les libertés syndicales, sont menacées ». Les personnels furent invités à signer une pétition, les S1 engagèrent des protestations, une matinée d’action à Agen se termina, le 14 novembre 1965, par un meeting au Skating, avec notamment Robert Escarpit, professeur à la Faculté de Bordeaux. Une souscription nationale (un franc), organisée par le SNES, visa à maintenir son traitement. La campagne toucha l’ensemble des organisations syndicales et politiques de gauche pour la défense des libertés des citoyens et des fonctionnaires. Des meetings de soutien se déroulèrent dans de nombreuses villes du Sud-Ouest à l’appel de la FEN, de la CGT, de la CFDT et parfois de FO, des syndicats autonomes, de la FCPE et de la LDH. Le Parti communiste dénonçait l’attitude du ministre ; Pierre Mendès France répondit à R. Augé par une lettre en date du 3 décembre 1965 (2 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle) se concluant par : « il n’est pas surprenant que dans une situation générale dominée par un pouvoir antidémocratique, les libertés des citoyens et des fonctionnaires soient menacées. C’est pourquoi je souhaite vivement le redressement politique qui mettra un terme aux abus de ce genre. »

Le 6 mai 1966, en sa présence, soutenue par Robert Chéramy, alors co-secrétaire général du SNES, le tribunal administratif annula la décision de mutation, puisque la CAPN n’était pas compétente, depuis la loi de 1927, pour donner un avis ; le ministère aurait dû consulter une commission spéciale comportant des représentants élus du CSEN.

Renée Augé-Orcié refusa de rejoindre son nouveau poste avec le soutien syndical. Lors d’une audience accordée au bureau de la FEN, le 17 septembre, le ministre la menaça de radiation si elle ne rejoignait pas son poste. Elle refusa ; son traitement fut suspendu ; elle déposa un nouveau recours devant le Tribunal administratif de Toulouse pour abus de pouvoir du ministre. L’ « affaire » prenait une autre dimension.

Cet épisode se déroulait dans une période de tension croissante à l’intérieur du syndicat en train de fusionner avec le Syndicat national de l’enseignement technique, alors que les majorités « autonomes » voyaient leur influence se rétrécir devant les progrès de la tendance B. Les minoritaires « Unité et Action » estimaient que la direction « autonome » mettait « trop de lenteur » dans sa défense, en réduisait la portée, et une mention explicite à l’ « affaire » fut faite dans les explications de leur vote négatif sur le rapport d’activité au congrès national de 1966. Présentée en quinzième position sur la liste « Unité et Action » lors des élections à la CA du SNES en mai 1966 à la suite du rejet du rapport d’activité de la direction nationale « autonome », elle fut élue titulaire. Réintégrée au lycée de filles à Agen, elle fut cependant affectée pour « nécessité du service » au lycée de garçons. La direction « autonome » du nouveau SNES (Louis Astre et André Mondot) qui avait pris résolument en main la situation, tout en reconnaissant que la victoire n’était pas totale, se félicita de ce succès dans une motion votée par la CA de septembre. Sous la pression des militants « Unité et Action » notamment, la CA demanda en outre sa réinstallation au lycée de filles, la restitution des traitements dus, le droit à la promotion d’échelon, l’effacement des traces dans son dossier administratif. L’affaire eut probablement une incidence sur les élections nationales du SNES en mai 1967, où la majorité absolue fut remportée par la liste « Unité et Action », sur laquelle elle était candidate. À nouveau élue à la CA, Renée Augé-Orcié devait y être réélue en 1969 et 1971.

À la même époque, membre de la cellule communiste Gérard Duvergé d’Agen, Renée Augé-Orcié signa une lettre au comité central en 1967 critiquant le mode de désignation des candidats communistes aux élections législatives de mars, qu’elle estimait contraire à la démocratie. Elle concluait que la fédération vivait mal, « repliée sur elle-même ».

La nouvelle direction U-A du SNES s’empara du dossier à la rentrée 1967. Elle obtint une motion de solidarité du congrès national de la FEN en novembre. Elle saisit le ministère et des parlementaires. Le 17 mai 1968, le Tribunal administratif de Bordeaux se réunit en présence d’André Drubay, nouveau secrétaire général du SNES. Le 31 mai, le tribunal rendit sa décision de ne pas statuer et demanda un complément d’information.

Après les « événements » de Mai-juin 68, sa situation administrative se clarifia pourtant. Renée Augé-Orcié obtint sa promotion d’échelon (octobre 1968) ; on lui proposa une mutation à Bordeaux qu’elle refusa dans un premier temps voulant réintégrer son établissement d’origine à Agen. Mais le Tribunal administratif de Bordeaux ayant rejeté sa requête, le 21 mars 1969, la direction du SNES lui conseilla de ne pas faire appel devant le Conseil d’État, conseil qu’elle accepta de mauvaise grâce. Elle demanda sa mutation et fut nommée au lycée de garçons Montaigne à Bordeaux en 1969.

Militant à la fois sur son cas personnel et pour développer l’influence des analyses du courant « Unité et Action », Renée Augé-Orcié contribua à obtenir le renversement de la majorité dans la section académique (S3) du SNES et en 1969 devint secrétaire générale, responsabilité qu’elle conserva jusqu’en 1973. Elle bénéficia d’une décharge partielle de service de 1969 à 1973. Durant ses mandats, elle resta toujours très attentive à la défense des libertés syndicales (droit de grève des MI-SE, loi « anti-casseurs » notamment) et à celle de la qualité de l’enseignement de second degré et de la formation de ses maîtres.

Forte personnalité, femme de caractère, parlant et écrivant avec une certaine recherche, ses interventions étaient toujours remarquées à la CA nationale. Elle marqua également la vie syndicale dans son académie et eut de multiples accrochages avec les dirigeants « autonomes » de l’ancienne direction académique (Mondot), toujours majoritaires dans la section départementale de la Gironde (S2).

Mais elle était aussi contestée par ses camarades Unité et Action, en raison de son caractère autoritaire, si bien qu’elle décida d’abandonner sa responsabilité de secrétaire de S3 et insista pour que Michel Castaing, alors tout jeune militant arrivant de coopération, prenne sa succession au printemps 1973. Peu de temps après, elle commença à contester la nouvelle équipe académique, la critiqua, parfois très durement. Gérard Alaphilippe qui « suivait » la vie du S3 depuis 1966, et était déjà venu après 1969 pour y apaiser les tensions, dut manifester à plusieurs reprises la solidarité de la direction nationale à Michel Castaing et son équipe, en se déplaçant à Bordeaux.

Divorcée en 1979, ayant abandonné tout militantisme syndical, mise à la disposition du Haut commissaire de la République en Polynésie française, affectée au collège de Taaone à Tahiti en 1979, Renée Augé-Orcié termina sa carrière à la Réunion. Membre du GRES (Groupement des retraités d l’enseignement secondaire), elle décéda en 2002 dans le village où habitait son fils ; elle avait donné son corps à la science.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10456, notice AUGÉ Renée [née ORCIÉ Renée, Paule, dite AUGÉ-ORCIÉ] par Alain Dalançon, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 13 janvier 2018.

Par Alain Dalançon

René Augè-Orcié
René Augè-Orcié
Congrès SNES 1971

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, fonds Alaphilippe (dépouillé par J. Girault). — Arch. du comité national du PCF (dépouillées par J. Girault). — Arch. IRHSES, (S3 Bordeaux, Ca, congrès, L’Université syndicaliste, fonds Camy-Peyret). — Arch. Lycée Montaigne (Bordeaux). — Sources orales (A. Drubay et les responsables du S3 de Bordeaux). — Renseignements fournis par Mesdames C. Arnaud-Tinel et A. Maizy, ses collègues du lycée d’Agen.

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