CERMOLACCE Sylvestre

Par Antoine Olivesi

Né le 4 mai 1873 à Silvareccio (Corse) ; mort le 4 novembre 1941 à Marseille ; vérificateur des douanes, militant syndicaliste, socialiste, puis communiste, puis socialiste-communiste à Marseille avant et après la guerre de 1914-1918 ; conseiller municipal de Marseille de 1919 à 1929 ; secrétaire de la fédération des Bouches-du-Rhône du Parti communiste en 1924.

D’origine corse, fils d’un agent-voyer de Silvareccio, petit village montagneux de la Casinca, Sylvestre Cermolacce fit carrière dans les Douanes. Nommé à Marseille en 1910, il était contrôleur en 1914, puis vérificateur en 1919, et retraité en 1925. Il milita avant la Grande Guerre au sein du Parti socialiste unifié, dans la première section, participant aux campagnes électorales notamment à celle de 1914 contre Chanot dans la première circonscription de Marseille où l’électorat corse était particulièrement important. Il menait de pair une activité syndicale en qualité de secrétaire de l’Union générale des agents du service sédentaire des Douanes. En 1913, il avait été l’un des promoteurs de la Fédération départementale du prolétariat de l’État dans une perspective de contacts et de rapprochement entre la CGT et la SFIO.

Pendant la Première Guerre mondiale, il fut l’un des socialistes marseillais les plus engagés dans l’action pacifiste comme en témoignent les dossiers qui lui sont spécialement consacrés aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône. Au début de l’année 1916, il fut secrétaire intérimaire de la Fédération SFIO de ce département, pendant l’incarcération d’Allène*. Au mois d’avril, il fut délégué par sa Fédération au congrès national SFIO de Paris et y vota pour la minorité. Les rapports de police successifs le concernant le dépeignent comme un « employé qui fait une propagande pacifiste acharnée », (10 décembre 1916), « d’un caractère violent, l’un des protagonistes les plus ardents de la politique des délégués de Kienthal, influençant fortement la Fédération socialiste des Bouches-du-Rhône dans un sens minoritaire (décembre 1917), faisant distribuer des tracts pacifistes en juin 1918, etc. Le préfet demanda des sanctions à son égard telles que le refus d’avancement ou même le déplacement et Clemenceau lui-même demanda, au Sénat, cette dernière disposition. Sa politique pacifiste, en effet, rencontrait beaucoup de succès et se traduisait par le recrutement de plusieurs militants.

En 1918-1919, il est donc l’un des dirigeants de l’extrême-gauche au sein de la SFIO marseillaise dont il est, en août 1918, le trésorier fédéral. Peut-être pour le neutraliser, fut-il question un moment de l’inclure dans la liste socialiste aux élections législatives de 1919. Il fit une campagne violente « contre les plats valets de Clemenceau » et les socialistes réformistes. Il fut candidat, cependant, quelques semaines plus tard, sur la liste de coalition des gauches conduite par Flaissières aux élections municipales et fut élu conseiller le 30 novembre.

Mais pendant l’année 1920 il poursuivit sa campagne en faveur du ralliement à la IIIe Internationale, assista au grand meeting Cachin-Frossard le 5 septembre et adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours. Dès le 18 janvier 1921 il fit un appel en faveur du nouveau parti au nom de la 3e section, assista au premier congrès du PC à Marseille, le 6 février, puis prit la parole au grand meeting de protestation, le 21 février, contre l’arrestation des dirigeants communistes, (affaire du « complot »). Il participa également au premier congrès national du PC à Marseille en décembre 1921, ainsi qu’aux premières campagnes électorales du jeune parti (élections cantonales partielles ou générales) entre l’été 1921 et le printemps 1922. À l’Hôtel de Ville, il siégea donc dans la minorité d’opposition communiste tandis qu’au mois d’août 1922, il faisait partie du Comité d’action pour l’amnistie intégrale à Marseille. Deux ans plus tard, Sylvestre Cermolacce se présenta aux élections législatives de 1924 sur la liste du Bloc ouvrier et paysan conduite par Morucci, dans la première circonscription des Bouches-du-Rhône (arrondissement de Marseille). Il n’obtint que 6 265 voix sur 136 085 électeurs inscrits. La même année, entre Juillet et décembre 1924, il fut Premier secrétaire de la fédération des Bouches-du-Rhône du Parti communiste.

En octobre 1924, Cermolacce, qui était correspondant de l’Humanité pour son édition du Midi, vit ses appointements réduits de 800 à 300 francs. Ce journal était d’ailleurs menacé de disparition. Cermolacce protesta et démissionna. Cette attitude fut très critiquée car on estimait, au sein du parti, que son traitement et son indemnité de conseiller municipal (6 000 francs par an) lui aurait permis d’accepter ce sacrifice. Sa démission fut finalement acceptée en décembre. Quant à son départ du PC qu’il ait été exclu, ou qu’il l’ait quitté de lui-même, c’est un fait acquis au printemps 1925, puisqu’il accepta de se représenter aux élections municipales en mai 1925 sur la liste Flaissières et qu’il fut réélu au second tour (8 sièges en ballottage) avec 44 767 suffrages (50 795 au premier). Il fut très attaqué par les communistes, pendant la campagne, en raison de son revirement, mais répondit par des articles dans Le Petit Provençal.

Cermolacce revint un temps à la SFIO et participa notamment au congrès fédéral d’Aix-en-Provence en mai 1926. Mais il se situa dans la minorité favorable à la réalisation du Front unique, position qu’il défendit sans succès à la 3e section SFIO, au cours d’une réunion, le 6 décembre 1925.

Cette attitude unitaire, il la manifesta aussi sur le plan syndical, puisqu’il faisait partie, en 1925, de l’Union locale d’Unité qui groupa un moment, à Marseille, la CGT et la CGTU. Il était membre, également du conseil d’administration de la Bourse du Travail.

Ce fut sans doute en fonction de cette conception d’union et de réconciliation entre les deux partis, que, du moins au début, Sylvestre Cermolacce rejoignit ensuite Simon Sabiani dans les rangs du Parti socialiste-communiste. Il fit campagne pour ce dernier, notamment, aux élections cantonales d’octobre 1934. Après cette date, il joua un rôle plus effacé dans la politique locale, appuyant, encore en 1935, le socialiste Quilici* , lors d’une élection cantonale, au mois de novembre, dans le 9e canton. Son nom figure encore sur les listes électorales de Marseille en 1939. Sylvestre Cermolacce était l’oncle de Paul Cermolacce* qui devint, après la Seconde Guerre mondiale, député communiste des Bouches-du-Rhône. Il mourut en novembre 1941.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article104533, notice CERMOLACCE Sylvestre par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 2 janvier 2019.

Par Antoine Olivesi

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M3/52 (rapport du 9 mai 1914) ; II M3/54 (rapport des 20 et 30 septembre 1919) ; II M3/55 (rapport du 11 mai 1924) VM2/255, 256, 261 et 282 ; M6/3851, rapport du 12 août 1918, 4833 bis et 4840 ; — M6/10801, rapports des 12 août 1922, 23 octobre et 30 décembre 1924 ; M6/10802, rapport du 7 décembre 1925 ; M6/10865 (dossier personnel) ; XIV M 25/48, rapport du 4 juillet 1913. — Le Petit Provencal, 3 juillet 1914, 28 décembre 1915, 5 septembre 1920, 18 janvier, 6 et 22 février, 28 décembre 1921, 1er, 2 et 11 mai 1925, etc. 10 mai 1922, 2 mai, 28 octobre et 6 décembre 1925, 10 mai 1926, 27 novembre 1935, ainsi que pendant les périodes électorales de 1914 jusqu’en octobre 1934 ; Massalia, août 1925. — Marseille Libre, 24 juin 1932. — J. Bonnabel, Le mouvement ouvrier à Marseille, op. cit. — J. Galanis, Les élections de 1919. op. cit. — Le Mémorial des Corses, t. 6, pp. 469 à 472. — Date de décès communiquée par l’État civil de Marseille. — Note de Gérard Leidet.

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