CASSE Laurent

Par André Balent

Né et mort à Perpignan (Pyrénées-Orientales) : 24 décembre 1880-17 octobre 1966 ; mécanicien à Perpignan ; militant syndicaliste et socialiste ; conseiller municipal de Perpignan.

Entre 1919 et 1922 Laurent Casse fut trésorier du syndicat CGT des Métaux de Perpignan (Voir Solatges Jacques*).

Il fut élu, à plusieurs reprises, en 1919 et dans les années 1920, au comité général de la Bourse du Travail de Perpignan. Il siégea également (au moins entre 1920 et 1923) à la commission administrative de la Bourse du Travail.

Pendant les années 1920-1923, Laurent Casse fut un des principaux protagonistes des débats qui traversèrent le mouvement ouvrier catalan et, notamment, le mouvement syndical (grève des cheminots, au printemps de 1920 ; répercussions, dans la CGT, du débat sur l’adhésion à l’IC). Certes, Laurent Casse eut, dans les premiers mois de 1920, l’intention d’adhérer au PC. Mais ce ne fut là qu’une intention passagère. En fait, Laurent Casse, opposé à l’adhésion du Parti socialiste à l’IC en décembre 1920, fut un adversaire farouche des CSR qui essayaient de faire prévaloir leur point de vue au sein de la CGT catalane. Il présida le VIIe congrès de l’UD-CGT des Pyrénées-Orientales (5 septembre 1920) où il représentait avec son camarade Jacques Solatges le syndicat des ouvriers sur Métaux de Perpignan. Toutefois, lors de ce congrès, il n’y eut pas encore d’affrontement en règle avec les partisans des CSR. Celui-ci eut lieu lors du VIIIe congrès, qui se tint le 3 juillet 1921 à la Bourse du Travail de Perpignan. Laurent Casse y était délégué par l’UL de Perpignan. Jean Ricard, le secrétaire de l’UD, démissionna en cours de séance. Les CSR en profitèrent pour s’engouffrer dans la brèche. Ils proposèrent donc de voter immédiatement pour élire un nouveau secrétaire et présentèrent la candidature de Joseph Berta* du syndicat des ouvriers boulangers et alors ardent « supporter » de la Révolution russe. Laurent Casse vota contre Joseph Berta mais ne put empêcher son élection. C’est alors qu’il entreprit de discréditer Joseph Berta en reprenant à son compte les accusations qu’avait portées contre lui, un militant du syndicat des boulangers, Armand Carles*. Pierre Moyan, militant anarcho-syndicaliste du syndicat des coiffeurs, les réitéra devant les délégués. Finalement l’élection de Joseph Berta fut acquise, quoique provisoirement, le problème posé par les accusations portées contre lui étant confié à une commission syndicale désignée par le congrès (Voir : Carles Armand*). Laurent Casse qui voulait cependant limiter les effets de la « victoire » des CSR proposa au congrès d’adopter le principe de la non-rééligibilité de Joseph Berta après « un ou deux ans d’exercice » et celui, plus général, de la non rééligibilité du secrétaire de l’UD pendant trois ans. La proposition de Laurent Casse qui fut adoptée par 14 voix contre 5, contribua à amoindrir le succès qu’avaient remporté les CSR en faisant élire Joseph Berta au secrétariat de l’UD. Bien qu’ayant été partiellement mis en minorité face aux CSR, Laurent Casse réussit le tour de force de se faire élire délégué de l’UD des Pyrénées-Orientales au congrès national de la CGT de Lille (25-30 juillet 1921). Il fut également délégué au congrès de la Fédération des Métaux qui se réunissait à Lille peu avant le congrès confédéral. Si le nom de Laurent Casse ne figure pas sur la liste des délégués ayant assisté au congrès confédéral de Lille (Joseph Berta y assista et son nom figure parmi les délégués de la Fédération de l’Alimentation) il semble bien qu’il y assista car il en fit un compte rendu à la réunion du 7 août 1921 du comité de l’UD-CGT. Lors du congrès de la Fédération des Métaux, il fut élu à la commission de vérification des mandats (20 juillet 1921). Il prit la parole devant le congrès « pour flétrir l’œuvre des CSR ». Au congrès confédéral, Laurent Casse était porteur d’autres mandats que ceux du syndicat des Métaux de Perpignan et de l’UD des Pyrénées-Orientales. Il y représenta également les syndicats suivants : Employés de commerce des deux sexes de Perpignan, Ouvrier agricoles de Perpignan, Travailleurs municipaux, Voiture, Bâtiment, Charretiers, Tonneliers, Mineurs du fer de Fillols. Lors du compte rendu qu’il fit de ces deux congrès devant le comité de l’UD, Laurent Casse affirma que « toutes les tendances doivent disparaître pour l’union de la classe ouvrière. Majoritaires ou minoritaires, nous avons tous le même idéal ». Toutefois ses interventions dans le débat syndical montrent que sa vision de l’unité était pour le moins unilatérale : en effet, il tolérait peu que les CSR s’exprimassent en tant que tels et souhaitait finalement qu’ils s’autodissolussent pour le plus grand bien de la CGT. En décembre 1921 il prit d’ailleurs à partie les CSR dans les colonnes de l’Action syndicale : il y publia un violent article où il stigmatisait notamment « leur propagande ordurière et basse ». Lorsque Merrheim vint à Perpignan, le 4 novembre 1921, pour réorganiser le syndicat des Métaux, Laurent Casse en profita pour le présenter, dans le même journal, comme un « vaillant militant », « pélerin de Kiental (sic) et de Zimmerwald » et « prophète » de « l’idéal syndicaliste ». Après la scission syndicale de 1922, Laurent Casse fit tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher l’accès des locaux de la Bourse du Travail de Perpignan aux syndicats affiliés à la CGTU. Le comité général de la Bourse du Travail, à l’occasion de sa réunion du 29 septembre 1922, aborda le problème posé par la demande d’admission de l’UL-CGTU. Certes, Laurent Casse affirmait à ce propos : « (...) mon seul désir est de refaire l’unité ouvrière. En acceptant les camarades appartenant aux syndicats unitaires nous contribuerons à faire l’union tant désirable des forces prolétariennes ». Mais c’était pour ajouter aussitôt, montrant en cela la vision unilatérale qu’il avait de l’unité : « Beaucoup de camarades s’aperçoivent qu’ils ont fait fausse route, tâchons de les ramener vers nous pour le plus grand bien du syndicalisme » (L’Action syndicale, décembre 1922). Laurent Casse ne pouvait, en fait, admettre qu’avec beaucoup de réticences les syndicats unitaires dans des locaux qu’il considérait comme la propriété exclusive de la CGT. Aussi le comité général — et Laurent Casse le rappela dans la presse syndicale — assortit l’acceptation des syndicats unitaires dans les locaux de la Bourse, d’une condition dont on savait par avance qu’elle serait rejetée : que le secrétaire-adjoint de l’UL-CGTU, Sicre* qui avait été « expulsé » de la Bourse en 1912, n’y pénétrât à nouveau. Dans l’immédiat, du moins, l’UL-CGTU ne pouvait accepter de se séparer de son secrétaire-adjoint et cela, Laurent Casse et d’autres dirigeants confédérés comme Jean Ricart* le savaient. Aussi lorsque le comité général de la Bourse se réunit le 25 mai 1923 le problème n’était toujours pas résolu et il devait se prononcer sur une nouvelle lettre envoyée par Thomas (sans doute Lucien Thomas*) de l’UL-CGTU. Après une vive discussion au cours de laquelle furent à nouveau évoqués les « incidents » de 1912 dans lesquels était impliqué Sicre, au comité général furent réitérées, les conditions formulées en septembre 1922. L’UL-CGTU serait admise à la Bourse du Travail avec « salle et lumière » mais l’entrée était toujours interdite à Sicre, « ancien administrateur exclu » (admission conditionnelle soumise au vote du comité général : 12 pour, 7 contre). Sans doute l’UL-CGTU finit-elle pas accepter les conditions posées par les syndicats confédérés, car, dès le mois d’août 1923, Jean Ricart démissionna de la CA de la Bourse du Travail pour protester contre son admission.

Laurent Casse participa pendant de nombreuses années encore à la vie du mouvement syndical perpignanais. Il assista, en qualité de délégué du syndicat des Métaux, à plusieurs congrès de l’UD-CGT, notamment au XIe (30 septembre 1923), au XIIe (7 septembre 1924) qui l’élut suppléant (titulaire : Joseph Berta) au comité confédéral national et au XXIIe (22 octobre 1933).

Il assista également à plusieurs congrès nationaux de la CGT. Il fut élu délégué suppléant au XVIIe congrès (Paris, 30 janvier-2 février 1923). Mais y assista-t-il, son nom ne figure pas sur la liste des délégués à ce congrès. Il assista au XXe (Paris 17-20 septembre 1929) et au XXIe congrès (15-18 septembre 1931) de la CGT. Joseph Berta écrivit dans l’Action syndicale de septembre-octobre 1935 que Laurent Casse fut délégué au XXIIIe congrès national de la CGT (24-27 septembre 1935) avec cinq autres militants des Pyrénées-Orientales. Joseph Berta*, Adrien Grau* et qu’ils fraternisèrent avec les trois délégués catalans au congrès de la CGTU qui se tenait en même temps : Michel Athiel, Michel Rius et Salvat. Toutefois le nom de Laurent Casse ne figure pas sur la liste des délégués à ce congrès. Il fut à nouveau délégué au XXIVe congrès de la CGT (Toulouse, 2-5 mars 1936).

Laurent Casse adhérait au Parti socialiste SFIO, vraisemblablement depuis au moins 1918.

Le 11 décembre 1920, Laurent Casse était le seul militant du courant hostile à l’adhésion du Parti socialiste à l’Internationale communiste qui ait assisté à la réunion de la section de Perpignan. Cette réunion précédait le congrès fédéral du 23 décembre 1920 et devait désigner les délégués. Ce compte rendu de la réunion de la section de Perpignan précisa les modalités de l’élection des délégués au congrès fédéral : « On demande à la minorité de désigner ses candidats. Casse est seul présent, il dit qu’il ne peut pas désigner les délégués à lui tout seul. Je reste dans le rang, dit-il, car je sais que je n’ai pas l’étoffe d’un chef. La discussion s’éternisant, Malterre propose de nommer Payra, Casse et Dulcère délégués, Soubielle et Charvet suppléants. Adopté ». Ainsi les délégués des adversaires de l’adhésion à l’IC, parmi lesquels Laurent Casse furent désignés par les partisans de la motion Cachin-Frossard.

Peu après le congrès de Tours, L. Casse envisagea d’adhérer au Parti communiste, tout comme l’avait fait — très provisoirement — un autre dirigeant syndical, Joseph Berta* : dans un rapport destiné au préfet du département, le commissaire central de Perpignan écrivait, le 30 mai 1921 que l’admission au groupe communiste (de Perpignan) de M. Casse, conseiller municipal, objet de la communication du 17 courant, est ajournée de six mois ». En 1922, toutefois, Laurent Casse était un militant actif de la section socialiste SFIO de Perpignan. Le congrès fédéral de la SFIO des Pyrénées-Orientales, réuni le 24 mai 1924, l’élut à la CAF où il siégea jusqu’en 1928, au moins.

Laurent Casse fut candidat à diverses élections : il figurait, aux élections municipales du 30 novembre 1919, sur la liste dite « socialiste et syndicaliste » (Perpignan) que conduisait Jean Payra*. Il recueillit 1 622 voix (inscrits : 10 810 ; suffrages exprimés : 6 078). Au second tour il fut élu conseiller municipal avec 3 414 voix (liste issue de la fusion entre la liste socialiste et syndicaliste et la liste d’« union radicale-radicaliste ») ; il le demeura jusqu’en mai 1925.

Le 6 mai 1922 il avait été candidat au conseil d’arrondissement de Perpignan dans le canton de Perpignan-Est ; il fut élu au second tour avec 2 558 voix.

Le 14 octobre 1928, il fut réélu conseiller d’arrondissement du canton de Perpignan-Est avec 2 552 voix.

En 1933, Casse intervint au XIe congrès CGT des Métaux réuni à Paris pour déclarer : « Par la pensée, je me suis reporté à Lille en 1921, et ce n’est pas sans une certaine émotion que je vois le travail de démolition que ces gens-là ont fait chez nous. Ils osent parler d’unité ! Si les communistes étaient partisans de l’unité, ils auraient rejoint la vieille maison ; le front unique n’est possible que dans la CGT » (Cf. compte rendu p. 77).

En 1935, Laurent Casse occupait les fonctions d’inspecteur départemental de l’enseignement technique. Il demeurait à Perpignan, route de Thuir.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article104110, notice CASSE Laurent par André Balent, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 28 juillet 2013.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales (versement du cabinet du préfet), versement du 16 septembre 1959, liasse 111 (PC et CGTU, 1921-1924), rapport du commissaire central de Perpignan au préfet (30 mai 1921). — Le Cri Catalan, hebdomadaire (officieux) de la Fédération socialiste des Pyrénées-Orientales 27 novembre 1919, 21 et 29 janvier 1921, 22 janvier, 22 avril, 6 mai 1922, 31 mai 1924, 8 mai 1926, divers numéros de 1928. L’Action syndicale, (bulletin mensuel des syndicats confédérés des Pyrénées-Orientales, 1920-1935) — Horace Chauvet, La Politique roussillonnaise (de 1870 à nos jours), Perpignan, 1934. — André Balent et M. Cadé, Histoire du Parti socialiste dans les Pyrénées-Orientales de sa fondation (1895) au congrès de Tours (1920), numéro spécial de la revue Conflent, Prades, 1982.

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