AUCLAIR Marcelle, Gabrielle, Marie

Par Delphine Naudier

Née le 11 novembre 1899 à Montluçon (Allier), morte le 6 juin 1983 à Paris ; journaliste, écrivaine, traductrice, co-fondatrice de Marie-Claire en 1937.

Marcelle Auclair est née dans une famille bourgeoise cultivée. La famille maternelle est entrepreneuse en marbrerie. La famille paternelle s’est enrichie dans la charpenterie et en fondant une scierie à Commentry. Son père est Compagnon du Devoir en charpenterie. Diplômé de l’École des Beaux-Arts d’architecture de Paris, il reprend la scierie familiale. Il refuse de se présenter comme député, « à gauche naturellement à gauche », écrit Marcelle Auclair. Ruiné, il s’investit dans sa carrière d’architecte et s’installe à Montluçon. Il découvre divers procédés pour employer le ciment armé dans les constructions asismiques. Après le tremblement de terre du Chili, en 1906, son père part y expérimenter ses méthodes avec sa famille. Il intègre la haute société chilienne et préside l’Alliance française de Santiago.

Marcelle Auclair fait des études chez les religieuses du Sacré Cœur à Santiago et au Santiago College. Elle a aussi des précepteurs. Elle est trilingue. Son père lui fait découvrir Gide, Claudel et Nietzche. Sa mère lui transmit sa foi catholique.

À quatorze ans, elle donne ses premières conférences à la bibliothèque Nationale de Santiago. À dix-huit ans, elle fonde le Salon des Annales qui propose des conférences sur un thème littéraire ou historique français ou chilien. Elle débute dans le journalisme dans le grand quotidien national, le Mercurio. Elle y tient une rubrique hebdomadaire sur l’actualité culturelle française. Elle traduit Paul Claudel et Francis Jammes. En 1919, elle publie son premier recueil de poèmes illustré, Transparence, et un roman, en espagnol, Novela del amor doliente qui sera publié en français, Toya, chez Gallimard en 1926.

En 1923, Marcelle Auclair s’installe à Paris. Elle est correspondante du Mercurio et crée une antenne d’un journal chilien, La Nacion, en 1925. Adrienne Monnier lui fait rencontrer les auteurs de la Nouvelle revue française. Valéry Larbaud lui permet de renforcer son rôle de médiatrice entre cultures française et sud américaine et l’emploie comme traductrice d’auteurs espagnols pour la revue Commerce. Proche de Paul Valéry, Saint-John Perse, Jean Paulhan, elle rencontre Jean Prévost avec qui elle se marie en février 1926. Ils ont trois enfants. En 1926, elle publie son deuxième roman chez Gallimard, Changer d’étoile, préfacé par V. Larbaud.

Elle rédigea plusieurs biographies dont celle de Frederico Garcia-Lorca, ami dont elle co-traduisit les œuvres avec Jean Prévost. Elle rédigea la biographie de Jean Jaurès dont elle partage les idées politiques, celle de Sainte Thérèse d’Avilla et Sainte-Bernadette dont elle partage la foi.

Dans les années trente, elle cesse ses collaborations chiliennes et travaille à Marianne où elle tient la rubrique « beauté ». Elle découvre le journalisme au féminin en dirigeant « la page de la femme » de Paris Soir. Son étude sur la presse féminine outre-Atlantique aboutit à la création de Marie-Claire en mars 1937. Interdit de publication en juillet 1944, il reparaîtra en 1954 mensuellement. Marcelle Auclair le réintègre en 1955. Elle crée la rubrique « Courrier du cœur ». Elle soutient la lutte pour la réforme du régime matrimonial et se rallie à la lutte pour la légalisation de la contraception et de l’avortement en 1960. En 1962, elle publie Le livre noir de l’avortement, qui faisait suite à l’appel aux lectrices qu’elle avait lancé dans Marie-Claire pour « constituer le dossier interdit » sur l’avortement.

Essayiste, Marcelle Auclair a publié plusieurs livres sur la vie quotidienne, Le bonheur est en vous, La pratique du bonheur, Le Livre du bonheur aux éditions du Seuil mais aussi sur la religion comme Images du Christ. Elle a également publié des livres pour enfants tels que La bonne nouvelle annoncée aux enfants et Ta messe et tes prières au Seuil.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10401, notice AUCLAIR Marcelle, Gabrielle, Marie par Delphine Naudier, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 23 décembre 2010.

Par Delphine Naudier

ŒUVRE : Romans, nouvelles : Toya, Gallimard, 1926 ; Changer d’étoile, Gallimard, 1926, Anne Fauvet, Gallimard, 1931, La Dame en plus, Nouvelle France, 1946, Alliance avec le Sud, ed. Gutenberg, Lyon, 1946, Le Mauvais cœur, Le Seuil, 1957. Biographies : La Vie de Sainte-Thérèse d’Avila, Le Seuil, 1950, La Vie de Jean Jaurès, Le Seuil, 1954, Bernadette, Bloud et Gay, 1957, La Parole est à Monsieur Vincent, Éd. Bonne Presse, 1960, Enfance et Mort de Garcia Lorca, Le Seuil, 1968. Essais : Le Bonheur est en vous, Le Seuil, 1952, Pour une jeune fille, Amiot-Dumont, 1956, La Pratique du bonheur, Le Seuil, 1956, Le Livre du bonheur, Le Seuil, 1959, Connaissance de l’amour, Plon, 1960, Images du Christ, Sun, 1961, Lettres à leurs mères, La Table Ronde, 1962, Le Livre noir de l’avortement, Fayard, 1962, Notes et maximes sur l’amour, Hachette, 1963, Femmes, (Ménie Grégoire, dir.) Plon, 1967, La Joie par l’Évangile, Le Seuil, 1975. Livres pour enfants : La Bonne nouvelle annoncée aux enfants, Le Seuil, 1953, Ta Messe, tes prières, Le Seuil, 1960. Autobiographie et mémoires : A la grâce de Dieu, Le Seuil, 1973, Mémoires à deux voix avec Françoise Prévost), Le Seuil, 1978.

SOURCES : Marcelle Auclair, « La presse féminine », La Nef, décembre 1960 ; Marcelle Auclair, Françoise Prévost, Mémoires à deux voix, Stock, 1978 ; Sylvie Chaperon, Les années Beauvoir (1945-1970), Fayard, Paris, 2000 ; Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Dictionnaire des femmes célèbres, Bouquins, Paris, 1992 ; Paulette Patout, « Marcelle Auclair et l’Amérique », Acte du colloque international « Femmes des Amériques », ed. Toulouse Le Mirail, 1986 ; « Dossier de presse Marcelle Auclair », Fonds Bibliothèque Marguerite Durand. — Evelyne Diebolt, Dictionnaire biographique. Militer au XXe siècle. Femmes, féminisme, Églises et société, Paris, Michel Houdiard, 2009.

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