AUBRIOT Paul [AUBRIOT Jules, Paul]

Par Justinien. Raymond

Né le 30 juillet 1873 à Paris (XVIIe arr.), mort le 16 février 1959 à Paris (XVIe arr.) ; employé ; syndicaliste et militant socialiste ; député socialiste (1910-1919) puis socialiste indépendant (1919-1928) de la Seine.

Paul Aubriot, aîné de cinq enfants, était fils d’un officier mécanicien de la marine, d’origine lorraine. Par sa mère, née à Saint-Cergues, il était d’extraction savoyarde. Si ces deux ascendances se conjuguaient pour lui donner la fermeté de caractère et la volonté opiniâtre qui composent sa personnalité, elles ne s’accordaient guère pour tracer une direction précise à sa pensée. Le père, catholique, et nationaliste comme pouvait l’être un officier et un Lorrain au lendemain de 1870, se montrait d’autant plus rigoureux qu’il était souvent absent. La mère, d’esprit libéral, soutint son fils quand il prit la voie politique et religieuse opposée, par réaction contre une autorité paternelle un peu contraignante autant que par « goût inné de la justice ».

Au cours de ses études en Sorbonne, Paul Aubriot adhéra aux Étudiants collectivistes. Licencié ès lettres, il s’affilia au POSR, dans le XVe arr. de Paris. Il fut quelque temps employé de commerce, milita dans les organisations corporatives de sa profession et fut secrétaire général de la Fédération des syndicats d’employés affiliés à la CGT — voir Gély André*. Marié civilement (comme il sera enterré), il fut veuf à l’âge de vingt-cinq ans. Plus tard, il adhéra à une loge maçonnique du XVe arr., affiliée au Grand-Orient de France. Quand survint l’Affaire Dreyfus, il se lança avec ardeur dans la bataille pour la révision, ce qui consomma la rupture avec son père. De ces combats datent ses premiers contacts avec la Ligue des droits de l’Homme et du Citoyen dont il deviendra d’abord un employé pendant sept ans, puis un secrétaire et un conférencier. Mais il ne cessa de militer au Parti socialiste SFIO où il entra lors de l’unité avec les Allemanistes. Délégué de la Seine au congrès de Toulouse (octobre 1908), il y défendit une motion minoritaire de sa fédération dont il était l’auteur et qui était d’inspiration réformiste. Au congrès de Nîmes (février 1910), il défendit la loi des retraites ouvrières et fut élu, pour un an, à la CAP du Parti socialiste. Au congrès de Saint-Quentin (avril 1911), il fut accusé d’avoir défendu au Parlement, le 28 mars, quatre ouvriers des PTT exclus de leur syndicat pour n’avoir pas fait leur devoir pendant la grève des postiers : Aubriot se déclara victime d’un malentendu ; il avait accepté de suppléer un collègue absent. Il représenta encore la fédération de la Seine au congrès de Lyon (février 1912). En 1902, il était rédacteur du Ralliement des employés. Il fut secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d’employés CGT de 1909 à 1919.

La vie parlementaire ne pouvait manquer de l’attirer, d’autant qu’une élocution facile, une voix puissante en faisaient un orateur entraînant. Il fut trois fois candidat malheureux aux élections municipales de Paris dans le XVe arr. En 1900, dans le quartier Necker, il obtint 1 689 voix sur 9 919 inscrits et 7 436 votants, sous l’étiquette du POSR. Dans le quartier de Grenelle, il recueillit en 1904, comme candidat du Parti socialiste français, 1 632 suffrages sur 9 512 inscrits et 7 781 votants ; en 1908, comme socialiste SFIO, 2 847 voix sur 9 714 et 7 637.

Paul Aubriot ne brigua plus de mandat municipal quand il fut devenu député en 1910, après deux échecs. En 1902, dans la 2e circonscription du VIIe arr., il réunit 1 647 suffrages sur 10 040 votants. Il s’éleva à 6 297 sur 17 675, en 1906, dans la 1re circonscription du XVe arr. Il enleva ce siège en 1910, au second tour, par 9 325 voix sur 17 696. Il le conserva en 1914 au deuxième tour, par 9 556 voix sur 18 025 votants. Il était alors au secrétariat de la Ligue des Droits de l’Homme.

Il ne se borna pas à l’action purement politique. Il fonda en 1910, dans le cadre des Universités populaires, une Société d’éducation civique dont l’enseignement rayonnait sur le XVe arr. Il fut le conseiller des ouvriers qui fondèrent, boulevard de Grenelle, l’imprimerie coopérative « l’Émancipatrice ».

Mobilisé comme adjudant en août 1914 au 81e territorial à Nantes, il fut promu sous-lieutenant, sur le front, et rappelé, en décembre, comme membre de la Commission du budget. Il rapporta en 1915 et 1916 le budget du génie et, en 1917 et 1918, celui de l’aviation. Il fut délégué à la Commission interparlementaire des armements que présidait Paul Doumer : il s’y associa aux efforts faits pour imposer les tanks à un haut commandement réticent.

Pendant toute la durée de la guerre, dans le Parti socialiste, au groupe parlementaire dont il fut secrétaire, il soutint la politique de défense nationale. Il y était étroitement associé par ses propres fonctions parlementaires. Quand cette politique fut battue en brèche, il compta parmi les plus constants adversaires de la minorité. Contre celle-ci et son organe Le Populaire, Aubriot participa au lancement et à la vie de l’hebdomadaire L’Action socialiste. Au lendemain du conseil national du 27 mai 1917 qui vota l’adhésion à la conférence de Stockholm convoquée par les Hollando-Scandinaves, il se rangea parmi les quarante députés qui protestèrent et lancèrent La France libre le 2 juillet 1918 pour affirmer « la solidarité étroite qui existe entre les intérêts du prolétariat et les intérêts nationaux ». (cf. Les Fédérations socialistes III p. 593). En septembre 1919, devant le congrès socialiste de Paris, avec dix autres députés, il encourut un blâme pour avoir violé la décision du congrès de février en votant, en juillet, les crédits militaires demandés par le gouvernement.

Peu après, la fédération de la Seine ayant décidé de ne pas représenter quelques-uns des indisciplinés, P. Aubriot se solidarisa avec eux et quitta le Parti socialiste, arguant du fait que, en tête de liste du troisième secteur (rive gauche et XVIe arr.) était placé Jacques Sadoul* qu’un conseil de guerre venait de condamner à la peine de mort pour son action en faveur de la Russie bolchevique. Il figura sur une liste socialiste dissidente de trois candidats : Arthur Levasseur*, Paul Aubriot, Arthur Rozier*. La liste radicale et socialiste menée par Painlevé ne comptait que onze candidats pour quatorze sièges à pourvoir. Les deux listes se complétaient donc et Aubriot et ses amis en furent les grands bénéficiaires : tous trois furent élus au quotient qui était de 13 286 voix. Aubriot en totalisa 41 874 sur 254 182 inscrits et 186 015 suffrages exprimés. La liste socialiste SFIO qui eut aussi trois élus recueillait en moyenne 41 863 voix.

Paul Aubriot fut parmi les fondateurs du Parti socialiste français et, au Parlement, s’inscrivit au groupe des républicains-socialistes et socialistes-français que présidait Painlevé. Cette scission de quelques élus n’eut aucune répercussion dans le Parti socialiste. Aubriot fut réélu en 1924 sur la liste du Cartel des gauches. Battu en 1928, il continua une action journalistique jusqu’en 1939.

La guerre venue, il se réfugia à Pau jusqu’en 1944. Après la Libération on le retrouva, avec son collègue Arthur Levasseur, parmi le groupe des anciens députés dont il était vice-président à sa mort.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10386, notice AUBRIOT Paul [AUBRIOT Jules, Paul] par Justinien. Raymond, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 29 novembre 2008.

Par Justinien. Raymond

ŒUVRE : P. Aubriot donna quelques articles à L’Humanité, (avant 1914), à L’Action socialiste (49 n°s du 27 septembre 1915 à fin décembre 1916), à La France libre, parue le 2 juillet 1918.
Dans l’entre-deux-guerres, alors qu’il n’appartenait plus au Parti socialiste SFIO, il fut le directeur politique de l’Opinion publique, de l’Heure et de Bonsoir.
Il collabora occasionnellement, de 1906 à 1909, au Savoyard de Paris, organe des sociétés savoisiennes dans la capitale.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Hubert-Rouger, La France socialiste, p. 335. — Les Fédérations socialistes III, passim. — A. Zévaès, Le Socialisme en France depuis 1904, Paris, 1934, p. 114-116. — L’Humanité, 13 avril 1910. — Notes de J. Siwek. — Enquête auprès de Mme Aubriot, fille de Paul Aubriot, le 28 septembre 1961.

ICONOGRAPHIE : Photographie in La France socialiste, op. cit., p. 335.

Version imprimable Signaler un complément