AUBEL Eugène, Ferdinand

Par Michel Pinault

Né le 12 juillet 1884 à Paris (XIIeme arr.), mort le 16 mars 1975 à Orléans (Loiret) ; professeur d’université, biochimiste ; résistant puis membre du PCF.

Eugène Aubel par Boris Taslitzky
Eugène Aubel par Boris Taslitzky
Visages du XVe congrès du PCF, 1959

Habitant au 134 bis rue de Charenton, son père, Jean, Isotèle Aubel, sous-brigadier d’octroi, avait été garde national en 1870 puis communard (rattaché au fort de Montrouge), arrêté et incarcéré à Mazas, déporté à Brest et libéré au bout d’un an. Son fils le définissait comme « autodidacte ». Sa mère, née Eugénie Watripont, était couturière à domicile. Son grand-père maternel, artisan ébéniste, avait un casier judiciaire à cause de sa participation aux actions hostiles au coup d’État de 1851. Ses grands-parents paternels s’étaient exilés aux États-Unis d’Amérique, « pour aller fonder, suivant Cabet, la nouvelle Icarie ».
Eugène Aubel se maria, le 22 mars 1910 à la mairie du Xe arrondissement, avec Blanche, Gabrielle Féchy, ouvrière en atelier de confection de décorations pour chapeaux de femmes puis sans profession. Le couple eut une fille Geneviève, docteure d’État en pharmacie, chercheure au CNRS, mariée à Charles Sadron, professeur d’université. Elle était athée et matérialiste comme son père.
Eugène Aubel, élève dans les classes d’enseignement primaire public du collège Chaptal de la ville de Paris, atteint de tuberculose, quitta Paris et entra à l’école primaire supérieure de Louviers (Eure). Réformé du service militaire pendant la Première Guerre mondiale, lauréat en 1912 au concours de l’École de chimie de Paris, il devint ingénieur chimiste au laboratoire d’Hygiène de la ville de Paris (1912-1919), puis préparateur-chef de laboratoire à la Faculté de Médecine de Strasbourg (1919-1922). Parallèlement, il obtint les certificats de la licence ès sciences en 1920 décernée par la faculté de Strasbourg (professeur Léon Blum, clinique médicale, puis à la faculté de Bordeaux, professeur Pierre Mauriac). En 1920, il fit la connaissance de René Wurmser (biophysicien), un des fondateurs de l’Institut de Biologie Physico-Chimique (IBPC). Docteur ès sciences en 1922 (thèse « Etudes biochimiques sur la nutrition du bacille pyocyamique » sous la direction du professeur Molliard), nommé chef de laboratoire à la Faculté de Médecine de Paris (1922-1924), il devint maître de conférences (1924) puis professeur sans chaire (mars 1927) de chimie physiologique à la Faculté des Sciences de Bordeaux, chargé comme directeur adjoint du service de l’IPBC (fondation Edmond de Rothschild) en septembre 1927. Il dirigeait ce dernier lors de son rattachement en 1933 à la Troisième section de l’École des Hautes Études. Nommé maître de conférences de chimie biologique à la Faculté des Sciences de Paris en 1935, professeur sans chaire en 1937, il devint professeur titulaire de la chaire de chimie biologique et de biochimie des fermentations en novembre1946. Il consacrait ses recherches aux bactéries anaérobies et aux acides aminés et gras. Il prit sa retraite en 1954.
Eugène Aubel, dans son témoignage, indiquait avoir été royaliste dans les années vingt, influencé par Charles Maurras et L’Action française, mais n’avoir pas adhéré à l’antisémitisme. En 1933, « année cruciale », selon lui, il se mit à lire l’Humanité et adhéra au Syndicat de l’Enseignement supérieur. Il affirma son athéisme. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut membre du Front National Universitaire. En 1945, au retour du voyage en URSS d’une cinquantaine d’universitaires, invités pour le 220e anniversaire de l’Académie des sciences de l’URSS, il adhéra au Parti communiste français auprès de Georges Teissier et d’Yvette Neefs. Délégué au Congrès des intellectuels pour la paix et la liberté de circulation des inventions et découvertes à Wroclaw (août 1948), il milita aux Combattants de la paix et de la liberté dès 1948, puis au Mouvement de la Paix. Par exemple, en mars 1950, il fut autorisé à se rendre en délégation aux USA pour présenter au Congrès le texte des propositions élaborées par le Comité mondial des partisans de la Paix. Il était membre de la Commission nationale permanente du Mouvement de la Paix (décembre 1951) et du Conseil national du Mouvement de la Paix (avril 1955).
Membre du Conseil national des CDLP (novembre 1948), membre fondateur de l’Association des travailleurs scientifiques (1944) et de son bureau jusqu’à sa fin dans les années 1950, en compagnie de Pierre Biquard, il représentait les chercheurs français à la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques.
Eugène Aubel était un militant actif dans le secteur des intellectuels communistes, en particulier à l’IBPC. Dans les débats sur le lyssenkisme, tout en prônant la rigueur scientifique et la preuve par l’expérimentation, il reprit les thèses de la direction du PCF sur la nécessité de mener la lutte idéologique au sein des sciences. Membre de la section communiste du Ve arrondissement de Paris, il fut candidat aux élections municipales de 1959 dans le deuxième secteur (Ve, VIe et VIIe arrondissements). Ami de Georges Cogniot, il collaborait régulièrement à La Pensée.
Il resta membre du PCF jusqu’à sa mort (cérémonie au comité central pour son 80e anniversaire, hommage dans l’Humanité lors de son décès, message de condoléances de Gaston Plissonnier à sa fille).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10341, notice AUBEL Eugène, Ferdinand par Michel Pinault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 6 janvier 2018.

Par Michel Pinault

Eugène Aubel par Boris Taslitzky
Eugène Aubel par Boris Taslitzky
Visages du XVe congrès du PCF, 1959

OEUVRE : Les Fermentations, Que sais-je ?, PUF, 1952.

SOURCES : Arch. Nat. F17/25613. — Archives du Comité national du PCF. – Eugène Aubel, « La trajectoire complexe de mon existence », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, n° 25-1972, p.86-92. — Notice nécrologique, par Marianne Grunberg-Manago et René Wurmser, dans Regard sur la biochimie, n° 1-1977, p. 2-5. —Notice biographique remplie par Madame G. Sadron, le 11 février 1995, Orléans. Manuscrits et papiers conservés par Mme Sadron.— Notes de Jacques Girault.

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