AUBAN Achille, Joseph

Par Gilles Morin

Né le 14 avril 1912 à Eup (Haute-Garonne), mort le 12 avril 1973 à Toulouse (Haute-Garonne) ; employé de mairie ; militant et élu socialiste de Haute-Garonne ; maire (1945-1971) et conseiller général de Saint-Béat (1945-1973), député de Haute-Garonne (1947-1958) ; sous-secrétaire d’État à l’Aviation civile (1957).

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

Achille Auban, issu d’une famille modeste, était encore enfant lorsque son père, Bertrand Auban, cultivateur, fut tué durant la grande guerre. Il fut déclaré pupille de la Nation, le 17 juillet 1919. En dépit de cela, sa mère, née Marie-Louise Roquefort, institutrice, dut consentir de gros sacrifices pour qu’il puisse accomplir ses études au lycée puis à la Faculté de Droit de Toulouse dont il sortit licencié en Droit.

Cofondateur du groupe des lycéens républicains de Toulouse en 1928, il fut un des principaux animateurs de la fédération des Jeunesses socialistes de la Haute-Garonne à laquelle il avait adhéré la même année. Actif aux Faucons rouges, il devint secrétaire des étudiants socialistes de Toulouse de 1931 à 1933, puis responsable fédéral des J.-S. Il participa encore à la formation du groupe des orphelins de guerre de Toulouse en 1930.

À l’issue de ses études, Achille Auban devint employé à la mairie de Toulouse, où il entra à partir du 23 octobre 1933 au service du contentieux, il termina sa carrière comme directeur de division. Il milita ensuite dans son canton d’origine, Saint-Béat, où le Parti SFIO, auquel il avait adhéré en 1932, le présenta au conseil général en octobre 1937. À partir du soulèvement franquiste en Espagne en 1936, il se montra très actif dans l’aide aux Républicains espagnols et accomplit de nombreux voyages outre-Pyrénées qui lui valurent de recevoir la médaille de la République espagnole.

Sursitaire en 1932, Achille Auban avait été réformé en 1937 mais fut mobilisé à la déclaration de guerre, au fort de Nogent, puis à l’école militaire de Vincennes (Seine, Val-de-Marne). Il était élève aspirant d’artillerie au moment de sa démobilisation le premier août 1940.

Alors que la plupart des responsables socialistes toulousains et du département, à l’exception notable de Vincent Auriol, acceptaient la défaite, Achille Auban la refusa. Il entra en contact avec divers réseaux, celui du Musée de l’Homme, eut des contacts avec les mouvements Combat et Libération-Sud et participa à la première réunion du PS clandestin à Toulouse en 1941. Il fut surtout membre fondateur du mouvement Libérer et fédérer, avec Gilbert Zaksas, qui regroupait, autour de SilvioTrentin, de jeunes résistants de sensibilité socialiste qui s’opposaient souvent aux anciens caciques de la SFIO ralliés au régime vichyste. Il appartint à l’état-major et au comité directeur du mouvement et fut un des organisateurs de la CGT clandestine. Membre du groupe de Pierre Bertaux, il organisa des opérations de parachutage et entra dans l’état-major militaire de l’Armée secrète de la Haute-Garonne. Il devait, pour son action durant la guerre, être décoré de la Croix de guerre et de la médaille de la Résistance avec rosette après la Libération.

Achille Auban devint, à la Libération, directeur des services contentieux de la ville de Toulouse. Délégué au congrès national de novembre 1944, il militait pour une épuration sévère et un rajeunissement du Parti. Position qui mit en cause un moment Vincent Auriol lui-même, comme ancien élu de la IIIe République. Mais Auban devint rapidement lui-même un cacique du nouveau régime.

Achille Auban élu conseiller municipal de Saint-Béat aux élections municipales d’avril-mai 1945, fut désigné maire deux ans plus tard et devait le rester jusqu’en 1971. En septembre 1945, il était élu conseiller général SFIO de Saint-Béat, avec 1 214 voix au premier tour sur 3 016 votants, et 1 997 suffrages au 2e tour sur 2 114 votants, bénéficiant du retrait du candidat communiste Recizac. Il fut rapporteur général du budget, puis, à partir de 1947, présida le groupe socialiste majoritaire au conseil général. En octobre 1945, juin 1946 et novembre 1946, il figura en troisième position sur la liste des candidats aux législatives dans le département de la Haute-Garonne. Vincent Auriol et Raymond Badiou, furent les seuls élus socialistes. Auban succéda à Vincent Auriol lorsque celui-ci fut élu président de la République le 21 janvier 1947 (son élection fut validée le 31 janvier 1947). Au renouvellement de l’Assemblée nationale en 1951, il devint tête de liste socialiste.

Propagandiste actif dans la Haute-Garonne, Achille Auban mena un combat acharné contre les radicaux-socialistes, qui avaient intégré un certain nombre d’exclus de 1944 et s’étaient associés au Parti socialiste démocratique de Paul Faure. Il combattait non moins activement les communistes à partir de 1947 et fut un défenseur de l’alliance parlementaire avec le MRP, considérant que ce parti avait un véritable programme social.

Achille Auban occupa différentes fonctions dans la SFIO. Il était un des délégués adultes au Conseil national des JS en 1945-1946, appartint à la commission de résolution du conseil national d’avril 1948 et à la commission de 11 membres chargés d’examiner la question du remplacement du rapport moral lors du congrès de juillet 1948 ; surtout, s’intéressant à une activité particulièrement importante pour sa région, il fut responsable de la section aéronautique de la commission nationale d’études de la SFIO en 1954-1958. Auban, comme une majorité des parlementaires de Haute-Garonne, se montra un adversaire résolu de la Communauté européenne de défense (CED), ce qui le conduisit à s’opposer à la direction du Parti. Il fut suspendu de toute délégation par le comité directeur le 7 juillet 1954 pour son indiscipline à la commission de la défense nationale où il avait voté contre le traité et fut exclu pour avoir voté les accords de Londres et Paris au congrès national de février 1955. Mais comme la plupart des dix-sept autres exclus il fut réintégré en juin suivant. Sa carrière politique devait connaître son apogée avec sa nomination comme sous-secrétaire d’État à l’aviation civile du cabinet Bourgès-Maunoury, parlementaire radical de la Haute-Garonne, qui dirigea le gouvernement après la chute de Guy Mollet, du 13 juin 1957 au 6 novembre de la même année.

Achille Auban s’opposa de nouveau à la direction socialiste après les événements de mai 1958. Opposant au retour au pouvoir du général de Gaulle, il vota « Non » le 1er juin et perdit son siège de député de la première circonscription de Haute-Garonne en novembre 1958. Il reprit alors ses fonctions de Chef de division à la mairie de Toulouse. Il devait prendre sa retraite le premier janvier 1968.

En 1959, Achille Auban, avec une dizaine d’anciens parlementaires, se sépara de la SFIO. Il participa dans la région toulousaine à la création du Parti socialiste autonome en octobre suivant, puis à celle du Parti socialiste unifié en avril 1960, appartenant à la section de Toulouse-Nord de ces organisations. Il siégea au bureau national du PSU né de la fusion de l’UGS et du PSA en 1960 et appartint au bureau fédéral au moins jusqu’en 1964. Aux législatives de novembre 1962, il fut candidat « unitaire » dans la 4e circonscription de la Haute-Garonne, contre Eugène Montel, président SFIO du conseil général. De même il se présenta sans succès en mars 1967 et juin 1968, dans la VIe circonscription du département cette fois. Après mai 1968, alors que la plupart de ses anciens amis de la SFIO quittaient le PSU, il en resta un militant actif. Il se présenta encore peu avant son décès aux élections législatives de mars 1973, dans la circonscription de Toulouse-Nord. Aux municipales de 1971, il ne s’était pas représenté à Saint-Béat mais à Toulouse, sur la liste PCF-PSU-CIR, qui fut battue. Il conserva son siège de conseiller général de Saint-Béat jusqu’à son décès en avril 1973. Depuis plusieurs années, les Renseignements généraux notaient que son influence était limitée à son canton pour l’essentiel.

Syndiqué CGT-FO, Achille Auban était par ailleurs membre du bureau de la Ligue des droits de l’Homme et du Mouvement contre l’Armement atomique et appartenait à une loge du Grand Orient de France (La « Française des Arts » à Toulouse).

Achille Auban décéda des suites d’une hémorragie cérébrale à l’hôpital de Toulouse-Purpan.

Il avait épousé le 28 mars 1942 à Toulouse, Jeannette Ponsolle, née le 31 mars 1916 à Suc-en-Sentenac (Ariège), qui était professeur de collège puis de lycée à Toulouse. Ils eurent deux enfants. Son fils Bertrand Auban est sénateur de la Haute-Garonne

Il était chevalier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1939-1945 et titulaire de la Rosette de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10337, notice AUBAN Achille, Joseph par Gilles Morin, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 5 juillet 2013.

Par Gilles Morin

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

SOURCES : Arch. Nat., F/7/15495, n° 2938, F/1cII/203, F/1cII/290. — Arch. OURS, dossiers Haute-Garonne. — Le Midi socialiste, 22 novembre 1934. — L’Émancipation, 1937. — Le Monde, 14 avril 1973. — La Dépêche du Midi, 13 avril 1973. — Combat, 13 avril 1973. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Profession de foi, élections législatives 1956. — DPF, 1940-1958, tome I, op. cit. — Tribune socialiste, 13 mars 1965. — Fichiers adhérents du PSU. — Notice DBMOF par Jean Maitron et Claude Pennetier. — Notes de Georges Porlalès.

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