ARTOUS Antoine, dit Anthony, dit Puech

Par Jean-Paul Salles

Né le 14 janvier 1946 à Rodez (Aveyron) ; journaliste ; militant de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) à Toulouse (Haute-Garonne) puis de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) à Paris.

Fils d’un instituteur et d’une institutrice, Antoine Artous (surnommé Tony) passa son enfance à Gages, près de Rodez, village. Dans une famille de tradition de gauche, fortement laïque. Ainsi, il n’a pas été baptisé, chose rare dans l’Aveyron, où la religion était forte et les écoles privées nombreuses. Il fut interne au lycée Foch de Rodez de 1957 à 1964.
Il commença à militer lorsqu’il devint interne en classe préparatoire (hypokhâgne) au lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse, en 1964, en adhérant au cercle UEC (il y avait beaucoup de khâgneux), en majorité oppositionnel (avec des courants divers, notamment « italien », etc.). C’est là qu’il connut Daniel Bensaïd, externe et lui aussi en classe préparatoire. À la rentrée 1965, il resta peu de temps en khâgne et s’inscrivit à la Faculté des Lettres de Toulouse, en philosophie. Licence de philo en 1968, puis en maîtrise de sociologie en 1969 sur « Lénine et la question du parti », sous la direction de Raymond Ledrut, qui avait été militant de la tendance Socialiste révolutionnaire au PSU. Il fut délégué oppositionnel avec Bensaïd au congrès UEC de 1966 et participa à la création de la JCR. Ils avaient été gagnés à la « gauche » de l’UEC par Gérard de Verbizier qui faisait de fréquents voyages à Toulouse. Il n’était d’ailleurs pas membre de la IVe Internationale et même un peu méfiant. Il devint un des animateurs de la JCR de Toulouse, menant le combat physique avec courage contre une extrême droite forte notamment à la Faculté de Droit, qui jouxtait alors la Faculté des Lettres. La JCR toulousaine était un groupe de province assez important, entre 20 et 30 militants. Une particularité : il n’y avait pas de militant du PCI minoritaire à Toulouse au moment de la création de la JCR. Une cellule PCI a été assez vite créée, mais sans lui ni Paco (Daniel Laplace), les deux principaux dirigeants de la JCR locale. Il milita au Comité Vietnam national (CVN), puis à l’UNEF, il fut membre du bureau de l’AGET-UNEF (juste avant la prise de l’AGET par l’UEC) puis un des animateurs du Mouvement du 25 Avril, avec notamment Pierre Cours-Salies.
À la rentrée 1968, il se battit pour l’adhésion de l’ex-JCR à la IVe Internationale et il devint un des animateurs de la Ligue communiste à Toulouse, qui atteignit au lendemain de mai 68 le chiffre de 300 militants, peut-être plus, en comptant les membres des « comités rouges ». Membre du comité central, il devient permanent de fait, puis en 1971 permanent payé par la Ligue.
Il « monta » au BP, et donc à Paris, toujours comme permanent, lors du congrès de création de la LCR en décembre 1974. Il eut alors deux responsabilités : le « travail jeune » et le « travail femme ».
Le « travail jeune » était dirigé par un secrétariat étudiant (Sabado en était le responsable, Julien Dray y participait), lycéen (Edwy Plenel fut responsable jusqu’à son passage au Quotidien Rouge) et CET (on y trouve Daniel Gluckstein-Seldjouk, enseignant en CET, le responsable en était Séries-Ezéchiel, venu de Toulouse où il avait déjà une expérience de militantisme dans ce secteur). Il fut surtout investi dans le « travail étudiant ». C’est l’époque des luttes contre les réformes Saunier-Seïté (1976) et des coordinations nationales étudiantes dans lesquelles la Ligue était majoritaire. Il avait d’ailleurs assisté à toutes ces coordinations (dans les couloirs, pour diriger la « fraction »), comme au congrès du MAS. Par contre, il n’était plus responsable du « travail jeune » au moment de l’entrée dans l’UNEF ou de la création des JCR. Mais il anima dans la LCR, avec Sabado, la bataille pour le tournant vers le « syndicalisme étudiant ». Comme dirigeant majoritaire, il avait poussé fortement ( et cela, naturellement, en lien avec un bilan critique du BI 30), et avec pas mal de frictions dans la majorité, vers une problématique de front unique dans le travail de masse.
En temps que membre du BP responsable du « travail femme », il participa avec les sœurs Trat, Monique Saliou (Frédérique Vinteuil) à la mise en place d’un Secrétariat Femmes, au lancement du journal Les Pétroleuses en 1974, et à la création de la revue Les Cahiers du Féminisme, fin 1977.
À cette époque également, il commença à faire un travail sur Marx, avec notamment un article intitulé « Système capitaliste et oppression des femmes » dans un numéro spécial de Critique Communiste Femmes, Capitalisme, Mouvement ouvrier (1978).
Quelque temps après l’arrêt du Quotidien Rouge, en février 1979, il devint directeur de Rouge redevenu hebdomadaire, ceci jusqu’en 1984. Après avoir été déchargé de cette responsabilité, il décida de cesser d’être permanent et de rechercher du travail, la Ligue le payant jusqu’à ce qu’il en trouve, en 1986. Pendant cette période, il avait fait aussi beaucoup de formation, d’abord dans l’animation des stages de Bruguières (1979, 1980, 1981), ensuite en s’occupant de l’École des cadres, qui redémarre dans la région parisienne à Saint-Prix. En 1986, il devint journaliste « pigiste » dans la presse économique et professionnelle.
En même temps, il s’était engagé dans une thèse de Science politique, après avoir fait un DEA. Sa thèse, dirigée par Paul Alliès, fut soutenue à la Faculté de Droit de l’Université de Montpellier en septembre 1996, Étienne Balibar, Daniel Bensaïd, Michel Miaille et Jean-Marie Vincent siégeant dans son jury. Son titre, Marx, l’État et la politique était le même que le livre qu’il a publié chez Syllepse en 1999. Il avait également coordonné un travail sur l’histoire, publié sous le titre Retours sur Mai (Paris, Éditions La Brèche, 1988).
Membre du comité de rédaction de Critique communiste, il s’y investit plus fort après sa thèse et en devint un des animateurs avec Francis Sitel (directeur de la revue et membre du BP). Il a également participé au lancement de ContreTemps (2001), dont il est membre du comité de rédaction. Depuis 2003, il dirige avec Sitel la collection Les Cahiers de Critique communiste chez Syllepse.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10291, notice ARTOUS Antoine, dit Anthony, dit Puech par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Jean-Paul Salles

ŒUVRE : « Système capitaliste et oppression des femmes », Critique Communiste, numéro spécial, 1978. — Retours sur Mai (coordination), La Brèche, 1988. Marx, l’État et la politique, Syllepse, 1999.— Travail et émancipation sociale. Marx et le travail, Syllepse, 2003. — En collaboration avec Philippe Corcuff, Nouveaux défis pour la gauche radicale. Émancipation et individualité, Le Bord de l’eau, 2004. — Le fétichisme chez Marx. Le marxisme comme théorie critique, Syllepse, 2006.

SOURCES : Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ? Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005. — Témoignage d’Antoine Artous, été 2007.

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