ARRAUT Pierre, Léon, Félix

Par Marie-Louise Goergen, Jean Sagnes

Né le 29 avril 1910 à Paris (XVe arr.), mort le 29 septembre 1983 à Sète (Hérault) ; facteur aux écritures ; syndicaliste CGT et communiste ; maire de Sète (1945-1947, 1959-1973) ; député de l’Hérault (1967-1968, 1973-1978).

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

Fils d’un cheminot qui eut quatre garçons, Pierre Arraut fut élève de l’école primaire à Bobigny puis à Montreuil et en sortit titulaire du certificat d’études primaires et du brevet d’études élémentaires. À l’âge de douze ou treize ans, il fut mis en apprentissage dans la métallurgie et apprit le métier de chaudronnier. Afin de parfaire sa formation, il travailla dans des entreprises différentes, à Bondy et à Pantin. À quinze ans, il fut engagé par Berliet à Lyon. D’avril 1932 à septembre 1936, il effectua son service militaire au 15e Génie à Toul (Meurthe-et-Moselle). Ensuite, il travailla comme chef-monteur de freins Westinghouse sur les wagons foudres aux Ateliers Pujas à Narbonne (Aude), où il s’était installé avec sa jeune femme après leur mariage, l’épouse de Pierre Arraut devant quitter la région lyonnaise pour raison de santé.

En septembre 1936, Pierre Arraut entra comme journalier d’équipe à la Compagnie de chemins de fer du PLM à Sète (Hérault), sur recommandation d’un ancien chef de service du PLM Exploitation de Dijon. Une observation écrite sur son dossier de candidature estimait que le « candidat présente bien et a une tenue très correcte. Il est robuste, intelligent, et paraît devoir constituer une bonne recrue ». Pierre Arraut travailla comme pointeur-releveur à partir de 1937. Il était alors, depuis quelques mois, syndiqué à la CGT mais il n’avait encore aucune activité syndicale ou politique. À Sète, il devint rapidement secrétaire adjoint du syndicat CGT du PLM au sein duquel il déploya alors une grande activité avec d’autres militants comme Fernand Luchesi, le secrétaire. Il adhéra au Parti communiste en juin 1939.

Mobilisé dans le génie du chemin de fer en septembre 1939, il fut démobilisé le 15 juillet 1940, avec le grade de caporal. Peu connu des services de police en raison de son adhésion récente, il occupa rapidement des fonctions importantes dans la direction clandestine du PCF. Dès 1940, il était dirigeant départemental et avait la responsabilité de l’impression des tracts de son organisation politique pour la ville de Sète. À ce titre, il devait notamment faire de fréquents voyages à Lyon pour acheter le papier nécessaire. Le 1er avril 1942, il était arrêté sur dénonciation mais simplement comme adhérent du Parti communiste et condamné par le tribunal spécial militaire de Montpellier à cinq ans de prison. Jusqu’à son arrestation, en raison de sa fonction d’employé aux statistiques à la gare de Sète, il avait pu se procurer d’importants renseignements concernant les transports de fer, de cuivre et de vin à destination de l’Allemagne et les communiquer à la Résistance. De son arrestation à son évasion, organisée en août 1944 par les FTPF et l’AS (Armée secrète), Pierre Arraut fit vingt-huit mois de prison successivement à la caserne du 32e à Montpellier, au fort Miradou à Collioure, au camp de Mauzac et enfin à la prison militaire de Bergerac. Libéré en août 1944, il devint aussitôt commissaire aux effectifs au 14e bataillon FTP cantonné dans la forêt de la Double en Dordogne. Il fut ensuite responsable de l’imprimerie de France d’Abord, installée à Mussidan, puis commissaire militaire aux voies ferrées de la Dordogne. À ce titre, il participa activement à la reprise d’activité de la SNCF, notamment en ce qui concernait les ateliers de Périgueux, sous le pseudonyme de Lieutenant Tetusse. En décembre 1944, il regagna Sète pour y diriger la section communiste. En disponibilité de septembre 1944 à fin octobre 1947, il réintégra la SNCF comme facteur, puis accéda au grade de facteur aux écritures en 1951. Il fut révoqué de la SNCF suite à la grève du 4 juin 1952 (protestation contre l’arrestation de Duclos et de Stil) et travailla ensuite comme mécanicien dans une usine chimique. Il ne sera réintégré qu’à l’occasion des mesures Fiterman en 1982. Jusqu’à sa révocation, il avait été secrétaire puis secrétaire adjoint du syndicat CGT des cheminots de Sète et délégué au comité mixte d’établissement.

Aux élections municipales d’avril 1945, il était en tête de la liste communiste. Le 19 mai suivant, il devenait maire de Sète et le demeura jusqu’au 25 octobre 1947, date à laquelle, à la suite de la rupture entre socialistes et communistes et bien que demeurant conseiller municipal, il fut battu. Le même phénomène se reproduisit en 1953. Mais le 22 mars 1959, à la tête d’une liste communiste, il était élu maire, réélu dans les mêmes conditions en 1965 et, à la tête d’une liste d’union de la gauche, en 1971. De septembre 1945 à mars 1949, il avait été conseiller général de Sète. En 1962, il était candidat-suppléant aux élections législatives dans la circonscription de Sète-Pézenas, le candidat titulaire étant Raoul Calas*. En 1967, il devenait député de cette circonscription avec 27 396 voix (57,8 % des suffrages exprimés) contre 20 062 au candidat de la Ve République. Mais le 30 juin 1968, il perdit son siège face au même candidat, obtenant 22 636 voix contre 26 176. Il le regagna le 11 mars 1973, au deuxième tour, avec 30 090 voix contre 23 727. En juin de la même année, il abandonnait ses fonctions de maire de Sète.

Durant cette période, et jusque dans les années 1970, il était membre du comité fédéral de l’Hérault et du bureau de la section de Sète du Parti communiste.

Pierre Arraut fit partie du bureau national de l’ANERMEC en 1964 et fut président de l’Association des élus républicains en 1965.

Marié le 13 août 1932 à Villeurbanne (Rhône) avec Anne Marie Journiac, Pierre Arraut se remaria le 4 février 1981 à Nîmes (Gard) avec Emma, Madeleine Burle. Il n’eut pas d’enfant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10277, notice ARRAUT Pierre, Léon, Félix par Marie-Louise Goergen, Jean Sagnes, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 17 mai 2015.

Par Marie-Louise Goergen, Jean Sagnes

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

SOURCES : Arch. SNCF de Béziers. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Arch. comité national du PCF. — Le Travailleur du Languedoc, 1945-1973. — Les Communistes de l’Hérault dans la Résistance, s.d. — Interview de Pierre Arraut. — Notes de Jean-Pierre Bonnet. Biographie reprise intégralement dans Des militants CGT en Résistance. Hérault 1939-1945, Institut d’histoire sociale CGT 34 "Marcel Caille", 2015.

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