BRIQUET Raoul

Par J. R.

Né à Douai (Nord) le 4 novembre 1875 ; mort le 25 mars 1917 à Bapaume (Pas-de-Calais) où, député en mission, il fut tué dans la mairie par l’explosion de bombes laissées par les Allemands en retraite ; avocat ; militant socialiste et député du Pas-de-Calais.

Issu d’un milieu bourgeois, Raoul Briquet vint au socialisme poussé par des impératifs intellectuels et moraux au travers des luttes républicaines. Au congrès de Lyon (février 1912), il expliqua lui-même sa conversion : « Je suis de ceux, déclara-t-il, qui se flattent d’être venus au Parti socialiste ; bien que j’appartienne à une classe qui ne fut pas la classe ouvrière, parce que j’étais républicain sincère et parce que, lorsque j’ai vu des hommes comme Jaurès, au moment de la grande affaire Dreyfus, prendre parti pour la justice, mes préventions de bourgeois vis-à-vis du socialisme sont tombées ; j’ai compris que ces hommes qui réclamaient la justice dans une cause judiciaire, ils la réclamaient dans l’ordre social, et c’est ainsi que je suis venu au socialisme » (C. rendu, p. 236).

R. Briquet était étudiant en droit à la Faculté de Paris quand il adhéra au groupe des Étudiants collectivistes. Cette adhésion fut non seulement sans retour, mais aussi donnée dans un esprit qui sera toujours le sien : au groupe des Étudiants collectivistes volontiers portés aux extrêmes, il fut un modéré ; il le restera dans le Parti socialiste. Il apporta en 1901 et 1902 une collaboration suivie au Mouvement socialiste d’Hubert Lagardelle : il lui confia de substantielles études sur les principes modernes du droit ouvrier, sur le mouvement ouvrier en Belgique, en Angleterre et aux États-Unis. Il devait naturellement être attiré par cette revue animée par de jeunes intellectuels militants comme lui. Elle n’était pas encore la revue d’un socialisme syndicaliste méprisant l’action politique. Quand elle le fut devenue, il n’épousa pas ses vues et la combattit. Au congrès de Toulouse (octobre 1908), il défendit l’action politique du Parti socialiste, l’action réformiste, contre les thèses d’H. Lagardelle. À l’œuvre de réforme, il associait l’action syndicale, l’action coopérative et l’action politique. « Chaque réforme, dit-il, chaque lambeau d’amélioration que nous arrachons à la classe capitaliste par l’action parlementaire ou syndicale, nous apparaissaient par anticipation comme une étape de la révolution sociale » (C. rendu, p. 419).

Ses études terminées, R. Briquet s’inscrivit au barreau du Pas-de-Calais et résida à Lens. Au milieu du peuple ouvrier de la mine, il s’adonna à la propagande socialiste et mit ses connaissances juridiques au service des organisations prolétariennes. Tout naturellement, il s’intégra à la fédération socialiste autonome qui, depuis 1900, se dressait derrière Basly contre l’organisation rivale du POF. Mais son action personnelle fut surtout marquante après l’unité de 1905, réalisée non sans difficulté dans le Pas-de-Calais en une fédération un peu en marge des positions doctrinales de la SFIO, comme l’était Briquet lui-même. Il appartenait au bureau fédéral, collaborait à la presse socialiste locale, assistait aux congrès fédéraux, participait à la propagande orale. Il représenta la fédération du Pas-de-Calais aux congrès nationaux du Parti socialiste à Toulouse (1908), à Saint-Étienne (1909), Nîmes (février 1910), Paris (juillet 1910), Lyon (1912). À Saint-Étienne, il préconisa une tactique conforme à sa conception du socialisme. Il souhaita pour l’avenir, pour le temps où le Parti radical serait libéré du « clemencisme », un pacte ouvert entre ce dernier et le Parti socialiste pour les désistements du second tour. Il rappela pourtant qu’il n’était pas un « des admirateurs enthousiastes du Parti radical » et avoir été « un des rares qui protestèrent dans la presse socialiste » contre le fait que le Parti socialiste « négligeait un peu la question économique pour ne voir que la question anticléricale » dans un « enthousiasme fébrile pour le ministère Combes » (C. rendu, p. 487). Au congrès de Nîmes, Briquet, fort, disait-il, de l’expérience des mineurs, prit parti pour le projet de loi de retraites ouvrières.

À plusieurs reprises, Briquet fut candidat de la fédération du Pas-de-Calais. En 1907, dans le canton de Vimy, il échoua au conseil d’arr. avec 2 448 voix. Il y fut élu au conseil général en juillet 1910 par 5 233 suffrages. Il était, depuis le mois de mai, député de la 1re circonscription d’Arras : au premier tour, il avait recueilli 5 908 voix ; il l’emporta au ballottage par 9 524. Il fut également réélu au second tour en 1914 par 11 795 électeurs ; il en avait rassemblé 9 094 au premier tour. Son action parlementaire intéressa surtout le sort et les conditions de vie des travailleurs. En 1911 et en 1912, il s’attacha au soutien des cheminots révoqués.

Briquet fut également un membre actif du mouvement coopératif. Il participa à de nombreux congrès dont celui de Tours, en décembre 1912, qui constituait la nouvelle Fédération nationale des coopératives de consommation où il était délégué par la coopérative de consommation de Grenay (Pas-de-Calais). Il représenta fréquemment la fédération des coopératives du Pas-de-Calais et fut élu membre de la commission de propagande de cette fédération. Mais son principal titre coopératif est d’avoir traduit en 1904 le livre de Mrs Beatrice Potter-Webb sur le mouvement coopératif anglais, paru en 1891.

Pendant la guerre, Briquet soutint résolument la politique de défense nationale, d’union sacrée et de participation socialiste au gouvernement. Le 19 mars 1917, au sein du groupe socialiste parlementaire, il défendit encore le maintien d’Albert Thomas au gouvernement de T. Ribot qui allait succéder à Briand. Peu après, il devait trouver la mort, dans l’exercice de ses fonctions.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article102536, notice BRIQUET Raoul par J. R., version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 3 novembre 2010.

Par J. R.

ŒUVRE : Outre au Mouvement socialiste, Briquet collabora aux journaux fédéraux du Pas-de-Calais : La Bataille socialiste, puis Le Prolétaire.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. Comptes rendus sténographiques des congrès du Parti socialiste. — Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit., pp. 343-344. — Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 440 à 453, passim ; III, p. 466. — L’Humanité, 28 juin 1910.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit., p. 343.

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