BOUTIN Jules [BOUTIN Jean-Baptiste, Émile, Jules]

Par Jacques Girault

Né à Florac (Lozère), le 15 mai 1855, fils d’un chaudronnier, Jules Boutin reçut les sacrements catholiques. Il fit ses études de médecine dans les facultés de Montpellier (Hérault), puis de Paris où il avait été élève du professeur Charcot. Il exerça à La Capelle-Marinal (Lot), puis à Cogolin (Var), à Londinières (Seine-Inférieure) puis à nouveau à Cogolin avant de s’installer à Saint-Tropez (Var) en 1911.

Marié à La Capelle-Marinal en novembre 1888, avec Marie, Marguerite, Joséphine, Zénobie Fraisse, née dans la commune le 19 juillet 1869, fille d’un médecin, d’une famille bourgeoise conservatrice — elle avait été élevée dans une institution religieuse de Cahors —, ils eurent cinq enfants qui ne reçurent pas de sacrements religieux.

Républicain, franc-maçon, Dreyfusard, Boutin était devenu, avec son épouse, sympathisants socialistes. Très estimés, ils furent bien intégrés dans la commune ; on l’appelait familièrement le « père » ou le « bon docteur » Boutin.

Les horreurs de la guerre de 1914-1918 (un de leurs fils mourut au combat et ses obsèques en 1922 furent l’objet d’une grande manifestation de sympathie) les firent évoluer radicalement. En liaison avec les ouvriers de l’usine des Torpilles, ils animèrent un comité local pour l’adhésion à la Troisième Internationale. Ils firent un gros effort de lectures pour comprendre le sens de la révolution russe, de la doctrine marxiste et jouèrent un grand rôle dans la formation des communistes locaux. Boutin présidait aussi en 1921 la section locale de la Ligue des droits de l’Homme.

Boutin fut proposé pour être candidat au conseil général en 1922. Les résultats de cette élection n’ont pu être retrouvés. À la suite du congrès fédéral du Parti communiste, le 24 septembre 1922, il devint membre du comité de rédaction de l’hebdomadaire Le Var ouvrier et paysan. Mais cette responsabilité fut de courte durée. Pendant la grève d’octobre-novembre 1922, avec sa femme, ils jouèrent un très grand rôle dans l’organisation de la solidarité.

Selon le rapport du congrès fédéral du 14 janvier 1923, Boutin avait quitté la Ligue des droits de l’Homme. Il avait aussi quitté la Franc-maçonnerie.

Boutin, en tant que responsable de la cellule communiste de Saint-Tropez, écrivit en juillet 1928 à André Berthon pour lui proposer d’être le candidat communiste au conseil général. L’accord se fit et André Berthon* fut élu.

Boutin conduisait la liste du « Bloc ouvrier et paysan » aux élections municipales du 5 mai 1929. Il obtint 408 voix sur 1 296 inscrits et fut le seul élu de la liste au deuxième tour avec 436 voix. Il fut alors, notamment au conseil municipal où les conservateurs dominaient, le porte-parole de l’Union locale de la CGTU.

Avec les autres élus, Boutin démissionna en mai 1933. Aux élections du 4 juillet 1933, il conduisait à nouveau la liste du « Bloc ouvrier et paysan ». Il obtint 288 voix sur 1 225 inscrits et le dimanche suivant, 353 voix. Par la suite, il fut écarté de ses fonctions à l’hôpital de la ville.

En liaison avec les milieux artistiques et antifascistes de la région, Boutin fut au cœur des premières organisations unitaires. C’est ainsi qu’avec Charles Vildrac, il présidait à Saint-Tropez, le 10 août 1932, une réunion du comité d’action contre la guerre. Dans un ouvrage de Vildrac, Bridinette, le docteur s’appelait Boutin.

Depuis longtemps, d’autre part, Boutin était le médecin agréé par l’administration et nommé par le préfet pour juger l’état de santé des fonctionnaires, les mises à la retraite, les congés, etc.

Malade, Boutin communiquait à l’Académie de Médecine les observations qu’il faisait sur l’évolution du mal. Il mourut à Saint-Tropez, le 31 octobre 1937. Une rue de la commune porte son nom. Son épouse mourut à Saint-Tropez, le 17 décembre 1944.

Parmi leurs enfants, certains militèrent (Voir Georges Boutin* et Robert Boutin*).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article101999, notice BOUTIN Jules [BOUTIN Jean-Baptiste, Émile, Jules] par Jacques Girault, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 3 novembre 2010.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7 13021. — Arch. Dép. Var, 2 M 7.32.1 ; 2 M 7.32.2 ; 4 M 45 ; 4 M 49.4.2. ; 4 M 56.8 ; 4 M 59.4.4 ; 16 M 9.4 ; 18 M 3 ; 3 Z 4.29 ; 3 Z 4.30. — Arch. Institut M. Thorez, 284. — Presse locale. — Sources orales. — Arch. Privées : Monsieur L. Thomazo. — Renseignements fournis par Monsieur H. Manceau et par Madame M. Boutin, fille de l’intéressé.

Version imprimable Signaler un complément