ARCOS René [Jean, René]

Par Nicole Racine

Né le 16 septembre 1881 à Clichy (Seine, Hauts-de-Seine) ; mort le 13 juillet 1959 à Neuilly (Seine, Hauts-de-Seine) ; poète, écrivain, pacifiste au cours de la Première Guerre mondiale fondateur de la revue Europe (1923).

Fils d’Arthur Arcos, commerçant et de Madame, née Marie Quellenec, René Arcos fit ses études au collège Jean-Baptiste Say, puis à l’École des Arts décoratifs et à la Sorbonne.

Après avoir mené de front peinture et littérature, il choisit finalement de se consacrer à la littérature. L’article qu’il publia en 1905 dans la revue La Vie témoignait qu’il se posait déjà le problème des rapports de l’artiste avec l’argent. En 1906, avec ses amis Georges Duhamel, Charles Vildrac, les peintres Berthold Mann, Gleizes, le musicien Albert Doyen, il fonda dans une propriété acquise à Créteil (Seine, Val-de-Marne), une communauté de jeunes écrivains et d’artistes, connue ensuite sous le nom d’Abbaye de Créteil. À la Noël 1906, René Arcos, Charles Vildrac, sa femme Rose Duhamel et Albert Gleizes s’installèrent à Créteil, rejoints bientôt par Georges Duhamel, tandis que Jules Romains devenait un ami très proche de « l’Abbaye ». Pendant un an, cette petite communauté vécut de ses propres moyens, essayant de concilier la libre existence de l’artiste avec les contraintes de la vie quotidienne. Quatre heures par jour étaient consacrées aux travaux devant assurer la subsistance matérielle tandis que le reste du temps était plus spécialement voué à la création ; différents travaux d’imprimerie furent ainsi effectués à l’Abbaye de Créteil et les ouvrages des écrivains de l’Abbaye y furent imprimés, La Tragédie des Espaces de René Arcos (1906) par exemple. Comme tous les écrivains et artistes réunis à Créteil, René Arcos adhérait aux idéaux socialistes sans pour autant se réclamer d’un parti.
Après l’échec et l’éclatement de l’entreprise de Créteil en 1907, René Arcos fit une tournée de conférences sur la jeune poésie française dans plusieurs villes d’Europe et du Proche-Orient.

Réformé pendant la guerre de 1914-1918, il fut engagé au journal américain, The Chicago Daily News comme correspondant de guerre alors que les États-Unis étaient encore neutres. Il effectua de nombreux voyages avant d’être nommé correspondant du Chicago Daily News en Suisse. Il y rencontra pour la première fois Romain Rolland qu’il admirait depuis longtemps et fit partie du petit cercle d’écrivains pacifistes et de militants qui appuyaient son action internationaliste. Le 8 août 1915, René Arcos écrivit à Romain Rolland et lui rendit visite à Thoune le 13 août ; il lui parla de ses amis restés pacifistes, Ch. Vildrac, G. Duhamel, J. Romains. R. Rolland a rendu compte de cette visite dans son Journal des années de guerre : « Il partage mes idées. Mais il n’a pas la même façon de les sentir ».
R. Arcos rappela plus tard, dans le livre qu’il consacra à R. Rolland, cette première rencontre : « La pensée de Romain Rolland ne m’était pas aussi familière qu’elle devait me le devenir par la suite [...]. J’étais impatient de rencontrer l’homme qui le premier avait eu le courage de se dresser contre la folie de tous. J’avais lu dans leur texte intégral — rare privilège à ce moment — les premiers articles qui devaient constituer plus tard le célèbre recueil Au-dessus de la mêlée. Le craintif journal local qui avait accueilli les premiers articles qui le composent, épouvanté de son audace, et cédant sans doute à de fortes pressions extérieures, interrompit bien vite la publication des écrits suivants. Tous les directeurs de journaux et de revues, les éditeurs, les anciens amis mêmes, faisaient grise mine dès que l’on prononçait le nom de Romain Rolland. Il est bien d’évoquer ici les noms de ceux, très rares (plusieurs sont morts depuis), qui lui restèrent alors fidèles [...] ».

Lorsque Jacques Mesnil et Gaston Thiesson publièrent dans Les Hommes du Jour les témoignages en faveur de l’auteur d’Au-dessus de la mêlée, R. Arcos donna son témoignage qui parut le 27 novembre 1915, en même temps que ceux de P. Signac et d’A. Doyen. R. Arcos était alors connu et surveillé comme pacifiste. À l’automne 1917, il fut congédié de son emploi au Chicago Daily News et menacé d’être inculpé d’intelligence avec l’ennemi. Il était en relation avec Robert Dell, rédacteur au Manchester Guardian, expulsé de France pour pacifisme. R. Arcos fit l’objet d’une correspondance en septembre 1918 de l’attaché français à Berne au 2e Bureau.

R. Arcos resta toujours fidèle à l’idéal internationaliste qui l’avait amené près de R. Rolland. Lorsque R. Rolland fit paraître sa fameuse « Déclaration de l’indépendance de l’Esprit » (L’Humanité, 26 juin 1919), R. Arcos figura parmi ses signataires ; lors du débat sur la violence qui commença à paraître dans la revue Clarté en 1921-1922, R. Arcos, avec ses amis Ch. Vildrac, G. Chennevière, J. Romains, G. Duhamel, se rangea parmi les « rollandistes » refusant, contrairement à ceux qui se classaient près d’Henri Barbusse, d’intégrer les moyens de contrainte dans sa conception révolutionnaire. R. Arcos participa à ce débat dans un article qui parut dans L’Art libre de Bruxelles, en mars 1922.

Ce fut pour éditer le drame satirique et poétique de R. Rolland contre la guerre, Liluli, que R. Arcos fonda à Genève, en 1918, les Éditions du Sablier, avec son ami Frans Masereel*. Le Sang des autres, recueil de poèmes contre la guerre écrit par R. Arcos de 1914 à 1917, parut aux Éditions du Sablier (ornés de huit bois hors-texte de Frans Masereel), ainsi que l’anthologie Les Poètes contre la guerre (1920) avec des poèmes de R. Arcos, G. Duhamel, L. Durtain, P.-J. Jouve, M. Martinet, J. Romains, Ch. Vildrac.

Après la Première Guerre mondiale, R. Arcos n’adhéra à aucun parti politique. Il continuait à se définir comme internationaliste ; dans cet esprit il devint en 1923 rédacteur en chef, avec Paul Colin, de la revue Europe. Fondée, sous le patronage moral de R. Rolland et sous le signe de l’indépendance de l’esprit, Europe fut la première revue française à se réclamer d’une culture internationale. L’esprit dans lequel la revue Europe fut lancée est exprimé dans le texte, « Partie européenne », publié dans le premier numéro.

Prenant la parole le 3 août 1924, au nom de la revue Europe à la manifestation pacifiste de Wiesbaden, R. Arcos disait : « Il nous a semblé que le moment était venu de grouper dans une revue vraiment indépendante, en dehors de tout dogmatisme, de tout parti, de toute école, les libres esprits de tous les pays [...]. Nous considérons que l’Europe entre l’Orient et le Nouveau Monde, est le carrefour où se rejoignent les civilisations. Mais c’est à tous les peuples que nous nous adressons » (Europe, septembre 1924). Il rappelait, en 1950, dans son Romain Rolland : « C’est sans doute à l’époque de la fondation de la revue Europe qui répondait modestement à son idée d’une grande revue internationale dont il nous avait si souvent entretenus, pendant les années 1922-1923, que j’ai été le voir le plus fréquemment ».

René Arcos, tout en se consacrant après la guerre à son activité d’éditeur, resta rédacteur en chef d’Europe jusqu’en 1929 et membre de son comité directeur durant les années trente. Il fut, sa vie durant, fidèle à un idéal de gauche. Après la Libération, il fit partie du Comité national des écrivains qu’il quitta après les événements de Hongrie en octobre 1956. La dernière partie de sa vie avait été assombrie par la mort de son fils unique, Philippe, en janvier 1947 et de sa femme, Renée Marjollet, en février 1948.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10190, notice ARCOS René [Jean, René] par Nicole Racine, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 6 mars 2012.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : Avant la guerre de 1914, R. Arcos publia L’Ame essentielle 1898-1902, Paris, Maison des poètes, 1903, 153 p. — La Tragédie des espaces, Paris, édition de l’Abbaye, 1906, 158 p. — Ce qui naît, poème, Paris, E. Figuière, 1910, 143 p. — L’Île perdue, poème dramatique, Paris, Mercure de France, 1913, 181 p.
Ses poèmes de protestation contre la guerre parurent après la guerre, Le Sang des autres, poèmes, 1914-1917. Ornés de huit bois hors texte par Frans Masereel, Paris, Éditions du Sablier, 1919, 93 p.
On citera encore de lui des récits dont certains prennent la guerre pour thème : Le Mal, La Chaux-de-Fonds, Édition d’Action sociale, 1919. — Le Bien commun, récits..., Genève, Éditions du Sablier, 1919, 185 p. — Caserne, Paris, Rieder, 1921, 233 p. — Autrui, Rieder et Cie, 1926, 255 p., ainsi que le livre qu’il consacra à Romain Rolland, Romain Rolland, Paris, Mercure de France, 1950, 221 p.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13475. — Chr. Sénéchal, L’Abbaye de Créteil, Delpuech, 1930. —M.-L. Bidal, Les Écrivains de l’Abbaye, Les Presses modernes, 1938. — Romain Rolland, Journal des Années de guerre, Albin Michel, 1952. — Who’s who in France, 1957-1958, Éditions Jean Lafitte, 1957. — G. Duhamel, « Les générations et les groupes », Le Figaro, 20 juillet 1959. — Michel Décaudin, La Crise des valeurs symbolistes. Vingt ans de poésie française. 1894-1914, Toulouse, Privat, 1960. — Biographie de R. Arcos transmise par Madame Caiazzo, belle-fille de R. Arcos (3 p. dactyl.).

ICONOGRAPHIE : R. Arcos, La Tragédie des espaces, op. cit., portrait par Berthold Mann. — Chr. Sénéchal, L’Abbaye de Créteil, op. cit.

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