APOSTOLO Marius

Par Françoise Richou

Né le 15 janvier 1924 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 16 février 2007 à Arradon (Morbihan) ; ouvrier spécialisé dans la métallurgie ; militant de la JOC ; secrétaire national du Mouvement populaire des familles ; secrétaire du syndicat CGT de Renault-Billancourt, membre du bureau de la Fédération CGT de la métallurgie.

Marius Apostolo naquit dans une famille de sept enfants. Son père, Charles Apostolo, ouvrier d’entretien, de nationalité grecque, avait fui la répression turque, et sa mère, Marie-Antoinette Vedovini, ouvrière dans une boyauderie puis femme de ménage, de nationalité italienne, ont acquis, ainsi que Marius lui-même, la nationalité française en 1931. Dès l’école communale, il a vécu dans un milieu cosmopolite. La famille habitait dans un quartier du nord de Marseille. Son père était orthodoxe, converti au catholicisme. Sa mère était catholique pratiquante.

Les moyens de ses parents ne lui permirent pas de prolonger ses études au-delà de la troisième année de l’école primaire supérieure Victor Hugo à Marseille (niveau brevet élémentaire en juillet 1940). Il poursuivit cependant son éducation dans des cours du soir et des stages. La guerre, l’occupation, les restrictions, le marché noir, ne firent qu’aggraver les conditions d’existence de la famille.

En septembre 1940, Marius Apostolo fut embauché en qualité de jeune ouvrier vulcanisateur pour réparer les roues de divers véhicules (ils n’étaient que deux jeunes ouvriers). De mars 1941 à avril 1942, il travailla comme employé aux écritures dans un magasin de pièces détachées automobiles, puis il entra aux Établissements Griffet, construction de grues automotrices, locotracteurs, réparation et vente de véhicules (près d’une centaine de salariés). Il y occupa les fonctions de secrétaire comptable, magasinier, comptable industriel jusqu’en octobre 1947.

Ayant échappé au service militaire comme toute la classe 44, Marius Apostolo adhéra en 1945 à la JOC. Il anima une équipe dans son quartier (sports, ballades, activités culturelles mais aussi réflexion sociale et action revendicative). En 1945-1946, il a été responsable de section, puis membre de l’équipe fédérale. Il adhéra quelques mois à la CFTC, puis rejoignit la CGT qui le fit élire secrétaire du comité d’entreprise.

Marié en juillet 1946 avec Gabrielle Coste, Marius Apostolo adhéra au Mouvement populaire des familles (MPF). Il y créa l’Association des fiancés et jeunes foyers. En octobre 1947, à la demande du MPF, il quitta les Ets Griffet pour être secrétaire permanent de l’Association des sinistrés et évacués du Vieux-Port, un des services du MPF. Dans le même temps, il fut élu avec d’autres anciens jocistes à la direction du MPF local où il participa au développement des services aux usagers, et il fut, avec Henri Bernus, responsable du mouvement squatters à Marseille et dans la région, mouvement qui contribua au logement de 2 500 familles grâce notamment à la réquisition de logements vides. Cette action reçut un large soutien, en particulier parmi les avocats et dans la magistrature. Cela « compensait » la répression et les condamnations dont les militants étaient l’objet.

Devenu secrétaire national du MPF après le congrès de Villeurbanne en juillet 1949, il y poursuivit au plan national le mouvement des squatters, s’occupa plus largement des problèmes du logement et de l’action de quartier. Membre de l’Action catholique ouvrière, il siégea à son comité national en 1950. Le MPF devint le Mouvement de libération du peuple (MLP) en 1950. Marius Apostolo quitta le secrétariat national du MLP après son congrès d’Asnières en 1951, tout en restant membre du comité national. En désaccord avec l’orientation du mouvement définie au congrès de Saint-Ouen en 1953, il démissionna du MLP en février 1954.

Entre-temps, il avait été embauché en 1951 à la Régie Renault à Billancourt, comme ouvrier spécialisé sur la chaîne de montage des directions de la 4 CV. Licencié en 1952 pour fait de grève politique (commémoration du 12 février 1934), il fut élu secrétaire adjoint, permanent, du syndicat CGT de Renault, aux côtés de Roger Linet*, et membre du bureau national (non permanent) de la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT. Lors de la grève Renault à l’île Seguin, il fut poursuivi et emprisonné à Fresnes (Seine, Val-de-Marne) le 27 avril 1953.

Marius Apostolo adhéra au PCF en novembre 1956. Lorsque Roger Linet fut brusquement écarté de ses responsabilités communistes et syndicales chez Renault en janvier 1958, c’est Claude Poperen*, et non Marius Apostolo, qui occupa la fonction de secrétaire général. De mars 1963 à fin juin 1967, il siégea comme permanent au bureau de la Fédération de la métallurgie, dirigée par Jean Breteau*, comme chargé des problèmes d’éducation et des comités d’entreprise. Le Bureau international du travail lui confia en 1965 et 1966 des missions d’éducation ouvrière en Algérie et en Syrie.

Élu à la commission administrative de la CGT en 1967, il accéda à sa commission exécutive deux ans plus tard et fut réélu en 1972 et 1975 ; il la quitta en 1978. De juin 1967 à février 1983, il fut responsable du secteur « Immigration » de la CGT. Sous la direction d’André Allamy* et de Marius Apostolo, ce secteur connut alors un nouvel essor et se dota d_un journal, La Tribune des travailleurs immigrés. Marius Apostolo était invité à participer à la commission immigration du comité central du PCF. Il fut également pendant treize ans membre du conseil d’administration du Fonds d’action sociale pour les travailleurs immigrés (FAS). Dans les années 1970, il siégea à la commission gouvernementale de la main-d’oeuvre étrangère et au comité consultatif de la libre circulation de la main d’oeuvre au sein de la Communauté européenne. Parti en pré-retraite en 1983, Marius Apostolo continua d’assurer la représentation de la CGT au FAS jusqu’en 1987.

En 1988, il fut l’un des initiateurs de l’Appel des 44, texte qui protestait contre l’attitude du PCF qui imposait à la CGT de soutenir publiquement le candidat communiste au premier tour des élections présidentielles. Il démissionna alors du parti.

Président fondateur du Groupement de recherches, d’échanges et de communication (GREC) en 1988, son action a porté sur les questions d’emploi, de formation professionnelle, d’insertion sociale et culturelle, en particulier, des immigrés, des femmes et des jeunes. Ayant reçu l’agrément de Jeunesse et d’Education populaire, le GREC a organisé des rencontres-débats, des colloques aux plans national et européen. Il a publié seize cahiers, des plaquettes, des enquêtes et études pendant la période 1988-1996.

Marius Apostolo, chevalier de la Légion d’honneur, eut six enfants. Il se remaria en 1972 avec Chantal Rogerat, ancienne secrétaire de la Fédération métallurgie de la CGT, membre de la commission exécutive de la CGT et ancienne rédactrice en chef du magazine Antoinette. Ils ont résidé à partir de 2004 dans le Morbihan.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10168, notice APOSTOLO Marius par Françoise Richou, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 17 août 2017.

Par Françoise Richou

SOURCES : Questionnaire rempli par Marius Apostolo. — Arch. PPo., dossier Jean Breteau. — Dominique Andolfatto, Le personnel dirigeant, op. cit. — Dominique Andolfatto, Dominique Labbé, La CGT, op. cit. — Aude Marécaille, Claude Poperen, Mémoire de Maîtrise, Paris I, 2002. — Roger Linet, Renault 1947-1958, Les années chaudes de la guerre froide, VO/Éditions, Le Temps des Cerises, 1997. — Marius Apostolo in La bataille des squatters et l’invention du droit au logement, Les Cahiers du GRMF, n° 7, 1992.

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