BOUGLÉ Célestin, Charles, Alfred

Par Michel Dreyfus

Né le 1er juin 1870 à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord), mort le 25 janvier 1940 à Paris ; sociologue, professeur, directeur de l’École normale supérieure, membre de la Ligue des droits de l’Homme, coopérateur.

Après des études au lycée de Saint-Brieuc, puis au collège Rollin à Paris à partir de 1884 (après la mort de son père), Célestin Bouglé acheva son cycle secondaire au lycée Henri IV. Entré à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1890, il en sortit agrégé en 1893 premier de sa promotion. Il obtint alors une bourse de voyage d’un an pour l’Allemagne où les cours qu’il suivit eurent une grande influence sur le développement de sa pensée et constituèrent l’objet de son premier ouvrage sur les sciences sociales en Allemagne qu’il écrivit alors qu’il était professeur de philosophie au lycée de sa ville natale. En 1898 il devint maître de conférence à la Faculté des lettres de Montpellier et soutint l’année suivante son doctorat es Lettres sur les origines sociales de l’égalitarisme. En 1900 il fut nommé à la Faculté des lettres de Toulouse et en 1909 à la Sorbonne comme chargé de cours dans la chaire d’économie sociale. Il en devint titulaire en 1919 et l’occupa sans arrêt jusqu’à sa nomination comme directeur de l’École normale supérieure.

Cet intellectuel intervint activement dans la vie politique. Il prit fait et cause pour le capitaine Dreyfus, adhéra à la Ligue des droits de l’Homme dès sa fondation et prit publiquement position ce qui lui valut un certain nombre d’attaques dans la presse locale de Saint-Brieuc. À Montpellier, il continua de se battre pour la même cause et fit de nombreuses conférences à ce sujet dans le Midi, notamment aux côtés de Jaurès et Pressensé. En 1909, il devint membre du Comité central de la Ligue des droits de l’Homme, en 1911 l’un de ses vice-présidents et ceci jusqu’en 1924. Il fut membre du Parti radical et radical-socialiste et se présenta — sans succès — à la députation en 1901, 1906, 1914, 1924. Pendant toutes ces années, il collabora régulièrement à la Dépêche de Toulouse et fit aussi de nombreuses conférences devant divers groupes d’action sociale et politique.

Pendant la Première Guerre mondiale, Célestin Bouglé ne voulut pas rester à enseigner. Réformé, il s’engagea, fut appelé comme infirmier à Vichy et à Riom puis à l’École de rééducation de Clermont. Sous le pseudonyme de Jean Breton, il décrivit ses impressions (À l’arrière, Paris, 1916). Il demanda ensuite à être envoyé dans la zone des armées où il resta jusqu’au printemps 1917. La paix revenue, il reprit immédiatement son activité à la Ligue des droits de l’Homme où il défendait des positions fort proches de celle de Ferdinand Buisson. Défenseur du Traité de Versailles, il mit ses espoirs dans la Société des Nations.

Fervent coopérateur et militant républicain au plein sens du terme, Célestin Bouglé fut un des premiers signataires du Manifeste des Universitaires à l’appel de Charles Gide* en 1921. À la même époque il fut aussi co-fondateur de la Revue des études coopératives aux côtés de Gide* et de Bernard Lavergne* et lui apporta sa collaboration.

Tout en continuant de publier articles et livres avec abondance, Célestin Bouglé s’occupa de plus en plus, après la Première Guerre mondiale, d’administration universitaire. En 1927 il fut nommé directeur adjoint de l’École normale supérieure puis en 1935 et jusqu’à sa mort, directeur de cette même institution. Ce poste lui permit de fonder le Centre de documentation sociale qui réunissait un fonds très important d’ouvrages sur les sciences sociales à l’École normale. Il put en rendre les travaux vivants avec des militants syndicalistes, coopérateurs, politiques, par des conférences-discussions souvent animées. Plusieurs de ces conférences furent rassemblées par ses soins dans trois ouvrages (Inventaires I, II, III, de 1936 à 1939, édités chez Alcan). Bouglé voyait dans les associations coopératives l’expression d’un « programme solidariste plutôt qu’utilitariste » bien qu’il ne niât jamais leur importance économique dans la lutte quotidienne. « Bienheureux les coopérateurs écrivait-il en 1935, parce qu’ils savent,eux, ce qu’ils veulent, parce qu’il y a chez eux un devoir clair, un plan de vie, une foi grandiose qui commande la vie quotidienne. » Conférencier et écrivain, vigoureux et précis, ses écrits autant que ses cours publics en Sorbonne entraînèrent de nombreuses adhésions enthousiastes.

Bouglé joua un rôle important d’éducateur, participa assidûment aux travaux d’organismes tels que l’Office central de la coopération à l’école (OCCE) dont il fut sous la présidence de Bugnon* un des vice-présidents avec Poisson* et Prache*. Il travailla également à l’Institut de coopération intellectuelle — auprès de la SDN, et fit aussi des émissions à la radio.

Paul Vogt dans un article de la Revue française de sociologie a défini Bouglé comme un « durkheimien ambivalent » — influencé par Durkheim mais éclectique et essayant de concilier le durkheimisme avec le rationalisme néo-kantien si répandu alors. Cet effort de synthèse explique peut-être que Bouglé fut d’abord un vulgarisateur des doctrines sociales avant que d’être un chercheur original — ce qui expliquerait peut-être pourquoi son œuvre — considérable — est aujourd’hui partiellement tombée dans l’oubli.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article101514, notice BOUGLÉ Célestin, Charles, Alfred par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 17 novembre 2016.

Par Michel Dreyfus

ŒUVRE : On ne peut signaler la totalité des écrits de Célestin Bouglé. Une bibliographie déjà fort détaillée se trouve in Bouglé — 1870-1940 (Paris, 1940, 72 p.). Signalons cependant : Les sciences sociales en Allemagne (1896). — Les idées égalitaires. Étude sociologique (1899). — La démocratie devant la science (1903). — Qu’est-ce que la sociologie (1907). — Le solidarisme (1907). — Essais sur le régime des castes (1908). — Syndicalisme et démocratie (1908). — La sociologie de Proudhon (1912). — Chez les prophètes socialistes (1918). — Proudhon et notre temps (1920). — Les démocraties modernes (en collaboration), 1921. — Guide de l’étudiant en sociologie (en collaboration avec Marcel Déat, 1921). — Essai sur le régime des castes (1927). — Les 3 volumes Inventaires : La crise sociale et les idéologies nationales (1936), l’Économique et le politique (1937), Classes moyennes (1939). — Bienheureux les coopérateurs (1940), etc.

En raison des circonstances exceptionnelles de la Seconde Guerre mondiale, le Centre de documentation de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm a été versé à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine installée sur le campus de l’Université de Nanterre en 1970. Ce fonds rassemble environ 6 500 livres et brochures traitant des problèmes sociaux et concernant le mouvement ouvrier. Un catalogue particulier de ce fonds existe et peut être consulté.
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SOURCES : Fonds d’archives Jean Gaumont et G. Prache. Correspondance. — Renseignements recueillis par G. Prache. — Bouglé (1870-1940), Paris, (1940), 72 p., (recueil de témoignages de Léon Brunschvicg, Albert Bayet, Édouard Herriot, Victor Basch, etc.). — G.A., L’œuvre et l’action de Bouglé. Quinze ans de propagande laïque, sociale et nationale, Paris, 1914, 28 p. — Revue des études coopératives (notamment le n° 1 contenant le texte du Manifeste des universitaires sur la coopération, de 1921 avec la liste des signataires). — L’Arc en Ciel, n° 9 (décembre 1932), bulletin des boursiers de la coopération. (Bouglé y traite du coopératisme). — Le Coopérateur de France, 27 juillet 1935, 3 février 1940. — Le Coopérateur suisse (Bâle), 10 février 1940. — W. Paul Vogt, « Un durkheimien ambivalent : Célestin Bouglé, 1870-1940 », Revue française de sociologie, vol. XX ; n° 1, janvier-mars 1979, pp. 123-140. — William Logue : « Sociologie et politique : le libéralisme de Célestin Bouglé », Revue française de sociologie, idem, pp. 141-162.

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