ANTELME Robert

Par Florent Brayard

Né le 5 janvier 1917 à Sartène (Corse du Sud), mort le 26 octobre 1990 à Paris ; écrivain, lecteur pour l’Encyclopédie de la Pléiade (1951-1981), critique à l’ORTF (1951-1960) ; membre du Parti communiste (1946-1950) ; membre fondateur du Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre d’Algérie (1955-1960), membre du Comité d’action étudiants-écrivains (1968).

Issu d’une famille bourgeoise (son père était sous-préfet), Robert Antelme commença des études de droit, avant d’effectuer son service militaire (1938-1939), puis d’être mobilisé en 1940. Ayant épousé le 23 septembre 1939 Marguerite Donnadieu - qui deviendra bientôt Marguerite Duras*, il s’engagea avec elle en 1943 dans la Résistance, au sein du réseau fondé par François Mitterrand*, le Mouvement national des prisonniers de guerre (MNPDG). Arrêté par la Gestapo le 1er juin 1944 (dans la même vague d’arrestations, figura sa sœur Marie-Louise qui mourra en déportation), il fut interné à Fresnes (Seine, Val-de-Marne) avant d’être déporté à Buchenwald (Allemagne), puis affecté dans un Kommando du camp, à Gandersheim. Il fut transféré à Dachau (Allemagne), en avril 1945, au cours d’une « marche de la mort » qui dura plus de trois semaines. C’est là qu’il fut découvert quelques jours plus tard, le 1er mai 1945, dans un état d’affaiblissement extrême (il pesait trente-huit kg), par François Mitterrand en visite officielle. Son rapatriement, à moitié légal, fut organisé par ses amis Georges Beauchamp* et Dyonis Mascolo*.

Après un lent rétablissement rue Saint-Benoît où le couple habita jusqu’au divorce, le 24 avril 1947, Robert Antelme reprit une activité politique, en entrant au printemps 1946 au Parti communiste français, dont il fut un permanent entre 1948 et 1950. Il participa à la même époque au Groupe d’études marxistes auquel participaient certains de ses amis les plus proches : ce groupe informel de réflexion, assez éloigné de l’orthodoxie communiste, rassemblait, outre Marguerite Duras et Dyonis Mascolo, des personnalités comme Edgar Morin, Elio Vittorini, Claude Roy ou, plus épisodiquement, Georges Bataille* et se termina par l’exclusion successive du PC de ses différents membres : ce fut le cas en mars 1950 pour Robert Antelme, de même d’ailleurs que pour Monique Règnier, avec qui il se remaria et eut un fils, Frédéric, en 1951. La même année, Robert Antelme entra chez Gallimard comme lecteur correcteur de l’Encyclopédie de la Pléiade, dirigée par Raymond Queneau* ; il y resta jusqu’en 1981. La même année, il devint également critique pour l’ORTF, une activité qu’il exerça pendant une dizaine d’années. À partir de 1955, il participa à l’animation du Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre d’Algérie à la fondation duquel il avait pris part, et qui rassembla aussi bien François Mauriac que Roger Martin du Gard. En 1958, il participa, en compagnie, entre autres de Maurice Blanchot ou de Louis-René des Forêts, à la brève aventure de la revue Quatorze juillet, opposée à la prise du pouvoir par De Gaulle. En 1960, il fut l’un des premiers signataires de la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », dite Manifeste des 121, publiée dans le quatrième numéro de la revue Vérité-Liberté. Fidèle à son engagement anti-colonialiste, il prit plusieurs positions publiques contre la guerre du Vietnam. En mai 1968, il participa au Comité d’action étudiants-écrivains, dont le premier numéro du bulletin, Comité, est édité en octobre, les contributions étant anonymes. En 1983, au cours d’une opération chirurgicale, il fut atteint d’une attaque cérébrale qui atteignit la mémoire antérograde. Il mourut sept ans plus tard, le 26 octobre 1990.

La postérité dont il bénéficie, et le respect unanime qui entoure son souvenir, sont cependant moins liés à son engagement politique et résistant, ou à son sens de l’amitié maintes fois souligné, qu’au seul livre qu’il ait fait paraître, le récit de sa déportation, publié en 1947, aux éphémères « Éditions de la cité universelle », sous le titre de L’Espèce humaine. Réédité en 1957 chez Gallimard (et en 1978 dans la collection Tel), ce livre, d’une extraordinaire humanité, se distingue assurément de ce que l’on a appelé la « littérature concentrationnaire », où la littérature, justement, a pu être si souvent absente. Il ne relève pas du hasard qu’il ait sollicité, au fil des années, l’attention de critiques aussi prestigieux que Maurice Blanchot, Georges Perec ou Sarah Kofman.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10138, notice ANTELME Robert par Florent Brayard, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 16 juillet 2012.

Par Florent Brayard

ŒUVRE CHOISIE : L’espèce humaine, Gallimard, 1957. — Textes inédits sur L’espèce humaine. Essais et témoignages, Gallimard, 1996.

SOURCES : Maurice Blanchot, L’entretien infini, Gallimard, 1969. — Dyonis Mascolo, Autour d’un effort de mémoire. Sur une lettre de Robert Antelme, Maurice Nadeau, 1987. — Marguerite Duras, La douleur, POL, 1985.

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