BODIN Louise [née BERTHAUT Louise, Charlotte]

Par Claude Geslin

Née le 23 mai 1877 à Paris (XVIIe arr.), morte à Rennes le 3 février 1929 ; militante socialiste puis communiste d’Ille-et-Vilaine.

Parisienne d’origine (son père aurait été quelque peu mêlé à la Commune), Louise Bodin se fixa à Rennes à la suite de son mariage (décembre 1897, à Paris IIe arr.) avec le docteur E. Bodin, professeur à l’École de Médecine de Rennes. Elle se mit alors à écrire et publia en 1914 Les Petites Provinciales. L’épreuve de la guerre la conduisit au pacifisme puis au socialisme.

En septembre 1918, elle composa le n° 2 de la série Les Cahiers bretons de Yves Lefebvre, intitulé En Bretagne. Des livres. Des voyages. Des impressions. Des opinions. Elle fut rédactrice en chef de l’hebdomadaire féministe La Voix des Femmes, créé par Colette Reynaud. Elle collabora aussi activement à l’Humanité et au Populaire et fit partie du groupe des « Reconstructeurs ».
Le congrès socialiste de Strasbourg (février 1920) l’élut à la commission administrative de l’Humanité. Elle était devenue adhérente du Comité de la IIIe Internationale, dirigé par F. Loriot. Elle joua dès 1921 un rôle essentiel dans l’implantation du Parti communiste en Ille-et-Vilaine. Elle fut secrétaire de la Fédération départementale du PC de 1921 à 1923 et en décembre 1921 elle entra au Comité directeur du PC où elle soutint la Gauche. Elle fut particulièrement active pendant l’année 1922. Elle mena alors une grande campagne en faveur des affamés russes et réussit à y associer la section du Parti socialiste SFIO de Rennes ; elle fit de nombreuses réunions de propagande dans le département et surtout elle agit par l’intermédiaire de la Voix communiste, organe de la Fédération, dont elle assurait la rédaction rédigeant articles et éditoriaux. En septembre, elle attaquait les unitaires d’Ille-et-Vilaine dont certains, tel Quémerais, critiquaient ouvertement les chefs de la révolution russe et elle protestait contre l’idée des syndicalistes unitaires que « le syndicalisme tout seul, le syndicalisme se suffit à lui-même ». Déclarant être née de la guerre, sans tradition syndicaliste ou autre, elle proclamait sa volonté d’unir les deux courants, syndicaliste et politique. En novembre 1922, elle commentait les décisions du congrès national de Paris auquel elle avait participé comme déléguée de la Fédération d’Ille-et-Vilaine. Ayant voté avec la gauche (Souvarine, Alb. Treint...) elle accusait le centre d’être responsable de la crise du Parti et s’en remettait à la décision de l’Internationale communiste : en outre, elle prenait vivement à partie Marcel Cachin insistant sur le fait que ce n’était pas parce qu’il avait fait beaucoup pour le Parti qu’il fallait le conserver à vie comme directeur de l’Humanité. En même temps, elle écrivait dans l’Humanité et collaborait aux Cahiers communistes d’Albert Treint.

En novembre 1922, encore, elle fit paraître un nouveau livre Au pays des Repopulateurs. Elle y posait surtout le problème de l’adoption et critiquait le régime de l’Assistance publique. Depuis plusieurs années, en effet, elle menait une campagne pour placer les enfants abandonnés. Elle avait lancé un appel aux ménages qui voudraient bien se charger d’enfants abandonnés à l’Assistance publique et avait reçu de très nombreuses offres réussissant à placer quelques enfants. Malheureusement, cette campagne, lancée dans le Populaire en 1919, ne se développait pas, faute de moyens. Dans son livre, Louise Bodin rassembla tous les éléments de sa campagne, articles de journaux, offres d’adoption, documents législatifs. Préconisant un régime de « tutelle officieuse », la loi rendant difficile l’adoption complète, elle montrait l’avantage de sa formule qui rendait l’adoption complète, elle montrait l’avantage de sa formule qui rendait l’adoption facile en assurant les parents adoptifs qu’ils ne couraient aucun risque de se voir reprendre l’enfant adopté. Elle abordait aussi dans son livre, tous les problèmes de la natalité.

En janvier 1923, elle fit paraître une brochure intitulée Le Drame politique du congrès de Paris (15-19 octobre 1922). En février 1923, elle organisa le remplacement de La Voix communiste par La Bretagne communiste, mais elle dut abandonner son activité pendant plusieurs mois à la suite d’une maladie en mai 1923. Elle fut remplacée par Paul Bazin, secrétaire interfédéral du PC. Le 13 janvier 1924, lors du congrès fédéral de Dol, elle abandonna son poste de secrétaire fédéral (au profit de Marcel Sevestre). Elle continua cependant à se consacrer à la presse syndicale, reprenant la rédaction de La Bretagne communiste après le départ de Paul Bazin en août 1924. En décembre 1926, elle garda la rédaction du Prolétaire de l’Ouest qui remplaça alors La Bretagne communiste, mais le journal éprouva de grandes difficultés et disparut en 1927. La trésorière de la Région communiste était entrée en conflit avec certains militants de Rennes en 1926. Elle demanda une intervention de la direction du Parti. Dans son rapport d’août 1926 Rigault lui donna raison en la présentant comme une « camarade réellement attachée au Parti et à l’Internationale communiste, sans snobisme. Portée au socialisme par sa haine sincère de la guerre. A toujours disposé d’une grande influence sur nos camarades rennais [qui] l’appellent à arbitrer leurs conflits ; très malade, fait preuve de dévouement en continuant à assumer la rédaction de La Bretagne communiste » (I.M.Th.). Le mois suivant, le journal publia une mise au point sur ces incidents. Mais Louise Bodin se détacha progressivement du Parti communiste à la suite de l’évolution politique en URSS. Elle rallia l’Opposition en novembre 1927 et rompit ses derniers liens avec le PC à la suite de la déportation de Trotsky qu’elle admirait beaucoup.

Celle que les militants communistes rennais avaient surnommée « la Bonne Louise » mourut à Rennes en février 1929. Le journal communiste oppositionnel Contre le Courant lui rendit un dernier hommage dans son numéro du 25 février 1929 en affirmant : « plus qu’une militante politique, elle fut surtout une femme de cœur ». Dans ses Mémoires, Charles Tillon évoqua « Louise Bodin, cette femme admirable d’abnégation, de courage, dont nous partagions tous les rêves et toutes les illusions, était l’objet de la haine hypocrite d’une foule de bourgeois formés au lycée de Rennes (...). Et quand je me fâchais de l’hostilité qu’on lui témoignait, elle répondait en riant : « Ne se moque-t-on pas des communistes depuis Aristophane ! » (p. 28).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article100623, notice BODIN Louise [née BERTHAUT Louise, Charlotte] par Claude Geslin, version mise en ligne le 3 novembre 2010, dernière modification le 24 août 2019.

Par Claude Geslin

ŒUVRE : Brochures et journaux cités dans la biographie, plus Bulletin de la presse communiste, 1921.

SOURCES : I.M.Th., bobines 24, 98, 182, 191, 195. — La Voix communiste, 1921-1923. — La Bretagne communiste, 1923-1926. — Le Prolétaire Breton, 1926-1927. — La Voix socialiste, 1921. — L’Aurore d’Ille-et-Vilaine, 1922. — Le Rappel du Morbihan, 1929. — Le Semeur d’Ille-et-Vilaine, 1927. — Contre le Courant, 30 décembre 1927 (lettre au Comité central) et 25 février 1929 (article nécrologique). — Charles Tillon, On chantait rouge, Paris, 1977. — É. Descottes, Louise Bodin et le jeune parti communiste en Ille-et-Vilaine (1917-1929), Mémoire de maîtrise, Rennes, 1987. — Notes de Jacques Girault et de Julien Chuzeville.

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