GULON Georges, Louis

Par André Caudron, Nathalie Viet-Depaule

Né le 8 févier 1919 à Vienne (Isère), mort le 25 mai 1983 à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône) ; prêtre du diocèse de Lyon (Rhône), vicaire à Villeurbanne (Rhône), prêtre-ouvrier (1949-1955), journaliste, marchand forain ; membre du bureau du syndicat local des Métaux CGT et du conseil national du Mouvement de la paix ; conseiller municipal délégué de Vaulx-en-Velin (Rhône).

Issu de la bourgeoisie industrielle catholique du Dauphiné, Georges Gulon était le fils de Siméon-Joseph Gulon, fabricant de draps à Vienne (Isère) et de son épouse Jeanne-Marie Pichenot, sans profession. Entré au petit puis au grand séminaire du diocèse de Lyon, il vit ses études interrompues par la guerre. Caporal dans une unité de chasseurs pendant la campagne de France, en 1939-1940, il fut fait prisonnier mais il réussit à s’évader et à regagner le séminaire. Ordonné prêtre en 1946 et nommé vicaire à Villeurbanne (Rhône), dans la paroisse des Charpennes, il manifesta aussitôt de vives préoccupations sociales, en contact notamment avec ses confrères Jean Génelot, aumônier d’Action catholique ouvrière et de JOC, Rémy Brun, curé de Froges dans l’Isère, et Jean Potié, prêtre du Prado, tous attirés par la perspective du travail manuel que quelques-uns d’entre eux exerçaient déjà comme composante de leur sacerdoce. C’est en concertation avec ces amis que Georges Gulon décida d’entrer en usine en 1949.

Ayant trouvé un emploi dans la métallurgie, aux établissements Verot de Villeurbanne, il devint l’une des figures marquantes de l’équipe des prêtres-ouvriers de la région lyonnaise (Jean Breynaert, Maurice Combe, René Desgrand, Joseph Gouttebarge, Paul Guilbert, Robert Lathuraz*, Francis Laval*, Louis Magat*, Robert Pacalet*, Charles Portal*, Jean Tarby*). Il se lia d’amitié avec René Desgrand, responsable de la Mission ouvrière du Prado, qui vivait aussi à Villeurbanne et s’imposait de plus en plus au sein de la Fédération communiste du Rhône et de l’Union régionale CGT. Selon sa notice nécrologique Georges Gulon aurait adhéré au Parti communiste dès 1952, mais aucune autre source ne permet de l’attester. Quoi qu’il en fût, il fit partie du bureau de l’Union syndicale des Métaux CGT de sa ville et s’engagea au Mouvement de la paix qui l’admit dans son conseil national. Lorsqu’en 1952, à propos du congrès de cette organisation à Vienne (Autriche), on craignit que des prêtres-ouvriers y fussent mis en vedette ou choisis en raison de leur situation ecclésiastique, René Desgrand et Georges Gulon firent observer qu’il n’y avait pas lieu de se poser la question de leur utilisation : « On est “utilisé”, dirent-ils, tant qu’on est hors du mouvement ouvrier mais quand on est dedans c’est aux camarades de choisir ceux qu’ils croient les plus capables pour tel ou tel boulot ».

Georges Gulon, qui avait signé l’appel en faveur du matelot Henri Martin*, paru dans l’Humanité du 3 avril 1953, fut vite considéré comme l’un des prêtres-ouvriers qui s’étaient laissés « marxiser », selon le vocabulaire de l’époque. Envoyé à des gens qui rejetaient l’Église, il acceptait, disait-il, « de rejeter passagèrement la forme de cette Église et de travailler pour que celle-ci se trouvât réduite au spirituel qui était son domaine. Il s’agissait pour lui de renforcer le mouvement ouvrier afin qu’il s’opposât à l’Église telle qu’elle était » (témoignage de Maurice Combe). Signataire du communiqué « Les prêtres-ouvriers revendiquent pour eux et pour tous les chrétiens le droit de se solidariser avec les travailleurs dans leur juste combat », paru le 3 février 1954 dans l’Humanité, Georges Gulon n’hésita pas à enfreindre, le 1er mars suivant, les consignes pontificales et demeura en usine, comme la quasi-totalité des prêtres-ouvriers du Lyonnais. Il continua de fréquenter leurs réunions pendant un court laps de temps mais il leur reprochait d’être « trop anticommunistes ». Le 23 mars 1954, il cosignait la lettre destinée à l’archevêque, Mgr Gerlier, pour soutenir leur confrère Joseph Gouttebarge, de Saint-Étienne, en proie à des difficultés avec sa hiérarchie. Il fut l’un des premiers prêtres-ouvriers à observer une rupture totale avec l’Église. Le 2 juin 1955, à la mairie de Villeurbanne, il épousa une typographe, Colette Martinet, de quinze ans sa cadette, dont les parents étaient tous deux imprimeurs. Deux fils allaient naître de cette union, Bernard et Jacques.

En 1956, Georges Gulon quitta l’usine pour travailler, peu de temps, au journal La République. Cette publication disparut deux ans plus tard et il exerça ensuite divers emplois avant de se fixer définitivement comme marchand ambulant sur les places publiques. Il quitta dès lors Villeurbanne pour Vaulx-en-Velin où il fut élu conseiller municipal communiste en 1971, puis réélu en 1977 et 1983 sur les listes d’Union de la gauche. Pendant douze ans, il fut délégué au commerce et à l’artisanat, et il présida le supermarché aux puces du pont des Planches. Il fit partie de plusieurs commissions municipales : urbanisme et travaux, enseignement, sécurité, impôts directs. Il siégeait aussi aux conseils d’administration du centre social Georges Lévy, des résidences de personnes âgées, et au conseil de gestion intercommunale des aires de stationnement des nomades. Resté en relation avec certains amis d’autrefois, il mourut dans sa soixante-quatrième année, alors qu’il était le doyen du conseil municipal. La commune de Vaulx-en-Velin, où il avait vécu en dernier lieu, voulut rendre hommage à son passé militant, à son « souci de la justice et à son esprit de conciliation », en donnant, neuf mois après son décès, son nom à une rue de cette ville.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article88698, notice GULON Georges, Louis par André Caudron, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 13 août 2010, dernière modification le 14 mars 2017.

Par André Caudron, Nathalie Viet-Depaule

SOURCES : Arch. Ppo, rapport du 21 décembre 1953, P 13, pièce 675. – Fonds Feltin, DXV5. – Notes de Charles Monier, 6-7 décembre 1952. – L’Humanité, 3 avril 1953. – Cahiers de Maurice Combe, 1954-1955. – Émile Poulat, Naissance des prêtres-ouvriers, Tournai, Casterman, 1965. – Vaulx-en-Velin ma ville, juin, juillet 1983. – Conseil municipal de Vaulx-en-Velin, séance du 7 février 1984. – Témoignage de Marie Gouttebarge, novembre 1995. – Hélène Marcillot, Prêtres et religieuses en mission ouvrière à Lyon après 1945, mémoire de maîtrise, Université Lumière Lyon II, 1999. – Charles Suaud, Nathalie Viet-Depaule, Prêtres et ouvriers. Une double fidélité mise à l’épreuve 1944-1969, Karthala, 2004. – Courrier de Mme Élisabeth Richard, archives municipales de Vaulx-en-Velin, juin 2010.

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