FABÉROT Pascal

Par Justinien Raymond

Né à Bordeaux (Gironde) le 17 mai 1834 ; mort à Saint-Cyr-l’École (Seine-et-Oise) le 26 août 1908 ; ouvrier chapelier ; militant du POSR ; député de la Seine.

Pascal Fabérot, d’humble origine, doté d’une instruction très rudimentaire, était « à peu près », sinon « complètement illettré » (cf. Poujade, et Perrin). Venu à Paris comme ouvrier chapelier, il y fut un des fondateurs et un animateur de la chambre syndicale des ouvriers et ouvrières en Chapellerie. En son nom, il siégea à la commission exécutive de la Bourse du Travail.
Il entra dans le mouvement socialiste après le congrès de Marseille de 1879. À l’issue des scissions qui le fractionnèrent, il appartenait au POSR, par le canal de son groupement d’Île-de-France, l’Union fédérative du Centre auquel se rattachait le syndicat des chapeliers. Ouvrier et syndicaliste, Fabérot se sentait à l’aise dans le parti d’Allemane. « Plein d’ardeur », « la sincérité même », « lui qui se serait fait tuer en période de révolution » (cf. H. Perrin) fut le « docile commis voyageur » (cf. M. Poujade) d’un parti qui l’utilisa sans ménagement, à travers tout le pays, comme orateur de réunion publique ou comme délégué auprès d’ouvriers en grève. « L’ouvriérisme » du POSR, son exigence d’une discipline rigoureuse, sa méfiance envers les personnalités peu malléables et les élus, lui désignaient en Fabérot le militant idéal, d’autant qu’il était doué d’une certaine éloquence. Son « masque léonin » (L. Lévy, p. 45) plaisait aux foules. Il soulevait par sa truculence verbale les auditoires populaires que ne pouvaient choquer ni la barbarie de son vocabulaire ni les irrégularités de sa syntaxe, restées légendaires.
Ainsi dispersé, Fabérot ne put s’attacher profondément à un quartier parisien et, à l’instar de quelques camarades, y conquérir un mandat durable, d’autant que le POSR le paya parfois d’ingratitude. Aussi, la fortune électorale ne lui sourit-elle qu’une fois. En 1893, dans la 1re circonscription du XIe arr. de Paris (quartier de la Folie-Méricourt), où il était pour ainsi dire inconnu des militants locaux eux-mêmes quand le POSR y posa sa candidature, il triompha d’un adversaire de taille, Charles Floquet. Devancé au premier tour (2 913 voix contre 2 078 sur 11 495 inscrits), Fabérot bénéficia du retrait de trois candidats dont deux socialistes, et l’emporta, le 3 septembre, par 4 380 suffrages contre 3 231 à l’ancien président du Conseil dont la présence a pu bloquer sur le nom de son principal adversaire tous les mécontentements, toutes les désillusions provoqués par la politique opportuniste.
Le député ne se distingua pas du militant. Le 31 janvier 1893, au nom des groupes allemanistes du IVe arr., il avait refusé son adhésion à la Ligue d’action socialiste révolutionnaire. Il la dénonçait comme « un tremplin électoral pour les socialistes indépendants » (M. Poujade, p. 62) et repoussait toute compromission avec ses protagonistes « bourgeois » (ibid.) Viviani et Hovelacque. Élu, il resta en dehors du groupe unique formé par les députés socialistes de toutes obédiences et constitua « le groupe des cinq » avec quatre camarades du POSR, représentants de Paris, comme lui, alors que le sixième, Coutant, passé au blanquisme, se ralliait à l’unité parlementaire. En 1896, à l’occasion du conflit qui opposa le POSR à ses élus au sujet des cotisations de ces derniers, Fabérot, bien que marié et ayant charge d’un petit-fils, s’inclina, alors que les députés Groussier et Dejeante, les conseillers municipaux Berthaut et Faillet entraient en rébellion et constituaient un groupe dissident. À la Chambre, il ne passa pas inaperçu. Tantôt, il apparaissait comme le porte-parole stylé et documenté de son parti, quand il se contentait de porter à la tribune les interventions préparées dans les bureaux de l’Union fédérative du Centre, comme le 10 février 1894, lorsqu’il interpella sur la fermeture prolongée de la Bourse du Travail de Paris ; tantôt, il se laissait aller à ses impulsions et alors il étonnait par la violence de ses propos, ou amusait par ses improvisations imagées et par les libertés qu’il prenait avec l’histoire. En octobre 1893, à l’occasion de la visite de l’escadre russe en France, il fit ses débuts à la tribune pour rappeler que le tsar « reste l’assassin des socialistes russes » (M. Poujade, p. 71), et il fut rappelé à l’ordre. En 1896, attaquant la « politique cléricale » du gouvernement Méline, il dénonça le Concordat et cloua au pilori son auteur, « un soi-disant capitaine qui vivait au commencement du siècle » (ibid., p. 24). Il se signala, en outre, par quelques interpellations, notamment sur le marchandage, le chômage et la suppression des bureaux de placement.
Au cours de son unique législature, Fabérot participa aux VIIe, VIIIe et IXe congrès nationaux corporatifs : de Limoges, septembre 1895, constitutif de la CGT, de Tours, septembre 1896, de Toulouse, septembre 1897. Il participa également au congrès international de Londres, en août 1896, non comme député, mais comme délégué porteur des cinq mandats du syndicat de la chapellerie de Paris. Au renouvellement de 1898, il fut écarté de la Chambre des députés. Sur 12 569 inscrits, avec 2 903 voix il fut largement distancé, le 8 mai, par les 4 448 suffrages du conseiller municipal Pierre Baudin. Celui-ci l’emporta, le 22 mai, par 5 710 voix contre 3 143 à Fabérot qui retourna à son travail de chapelier. Il représenta le POSR de la 1re circonscription du XIe arr. de Paris et un des deux groupes allemanistes des Bouches-du-Rhône, « l’Avenir social » de Châteaurenard au premier congrès général des organisations socialistes de la salle Japy à Paris (décembre 1899). Il y défendit la grève générale. Il s’y montra ardemment unitaire, préconisant la représentation de tous les partis sur la base de l’égalité. Au congrès de la salle Wagram (1900), il représenta le syndicat coopératif et social, « l’Avenir », de Manduel (Gard). En 1901, les groupes allemanistes du XIe arr. lui offrirent la chance de reprendre son siège en posant sa candidature à une élection partielle. Mais l’instance suprême, l’Union fédérative du Centre, lui opposa Jean Allemane lui-même. Le 3 février, avec 1 295 voix, Fabérot venait derrière Max Régis, paladin de l’antisémitisme, et derrière Allemane, qui en rassemblaient, respectivement, 2 723 et 2 110. Par son désistement, il assura le succès d’Allemane.
Une certaine amertume mit désormais quelque distance entre Fabérot et le POSR. Au congrès socialiste de Lyon (1901), l’ouvrier chapelier suivit Vaillant dans son retrait et, aux élections générales de 1902, s’opposa, comme candidat d’Union socialiste révolutionnaire, à Allemane, député sortant. Il tomba à 1 009 voix et son abandon, au second tour, ne sauva pas ce dernier. Le 19 juillet 1903, à une élection complémentaire dans la 1re circonscription de Sceaux, Fabérot, toujours sous les couleurs de l’USR, mena sa dernière bataille électorale : il eut 1 598 voix et n’affronta pas le second tour.
Il était dans sa soixante-dixième année et vivait alors d’une petite recette buraliste que quelques anciens collègues députés lui avaient procurée. Si l’âge ralentit peu à peu son activité, il laissa intactes ses convictions d’homme simple, un peu fruste, mais sincère. Enterré le 29 août 1908, au cimetière de Saint-Ouen, il y reposa jusqu’au jour où sa dépouille fut portée au Père-Lachaise, face au Mur des Fédérés.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article86684, notice FABÉROT Pascal par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Nat. : C. 5342 et 5361, dossiers électoraux. — Arch. PPo. Ba/1068. — Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Comptes rendus des congrès corporatifs nationaux et des congrès généraux des organisations socialistes françaises. — Ch. Vérecque, Dictionnaire du Socialisme, op. cit., p. 172. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, III, op. cit., pp. 143, 144, 146. — Paul Louis, Le Parti socialiste en France, p. 140. — Louis Lévy, Vieilles histoires socialistes, pp. 45-46. — Maurice Poujade, Les Allemanistes à Paris de 1890 à 1905, DES, Paris. — Jean Verlhac, La Formation de l’Unité socialiste..., DES, Paris, pp. 135 et 144. — Henri Perrin, Document de la Bourse du Travail de Besançon, n° 29. — Renseignements fournis par un compagnon de combat, Arthur Groussier, quelques semaines avant sa mort. — L’Humanité, 30 août 1908.

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