ROULLIER Édouard [ROULLIER Edmond, Louis, Henri, Charles, Édouard]

Né le 31 mars 1830 (ou 1831 ?) à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise) ; savetier ; proudhonien ; membre de l’Internationale (il adhéra le 1er janvier 1867 et reçut la carte n° 546 qui se trouve au Musée social, cote 6307) ; militant de la Commune de Paris.

Maxime Vuillaume, qui connut bien Roullier et affirma qu’il était « un vieux de juin et de décembre », nous le présente ainsi à la brasserie Saint-Séverin dans les derniers mois de l’Empire : « Édouard Roullier entre, un volume de Proudhon sous le bras, traînant après lui, accrochés à sa longue blouse bleuâtre, déteinte par les multiples lavages de la citoyenne Roullier, deux ou trois mioches geigneux ». Ce livre de Proudhon auquel fait allusion Vuillaume était les Confessions d’un révolutionnaire et, si l’on en croit la légende, Roullier, qui ne s’en séparait jamais, n’en avait pas coupé les pages. Toujours selon Vuillaume, Roullier était un des fondateurs d’une « Ligue des Antiproprios » en vue de déménagements « à la cloche de bois » de ceux que menaçait M. Vautour. Une telle pratique connaîtra une grande faveur en milieu ouvrier jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Jules Vallès, de son côté, a campé ainsi ce savoureux personnage : « Fort gaillard de quarante ans, charpente vigoureuse, et dont le visage est comme barbouillé de lie. Il se balance en marchant, porte des pantalons à la hussarde, son chapeau sur l’oreille et le pif en l’air. Il semble vouloir faire, avec ses moulinets de bras et de jambes, de la place au peuple qui vient derrière lui. On cherche dans sa main la canne du compagnon du Devoir ou celle du tambour-major, qu’il fera voltiger au-dessus d’un bataillon d’irréguliers ». Sa boutique était accrochée à la Montagne-Sainte-Geneviève, 9, place Marcelin-Berthelot (Ve arr.) (maintenant occupée par le Collège de France) ; il habita également, 106, rue Mouffetard ; 29, rue Gracieuse ; 61, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, toujours fidèle au Ve arr. Il signait avec orgueil « Roullier, savetier », ignorait l’orthographe et s’insurgea lorsque Vuillaume, à qui il avait, en février 1870, envoyé un article pour La Misère, en corrigea les fautes de français.

Orateur de clubs et de cafés, Roullier aimait dire : « Je chausse les gens et je déchausse les pavés ! »

Après le 4 septembre 1870, il se rendit adjudicataire de la fourniture des chaussures pour plusieurs bataillons de la Garde nationale du quartier.

Avec ses amis du Comité central des vingt arrondissements auquel il appartenait, il présenta, le 15 septembre, les mesures d’urgence que le gouvernement de la Défense nationale aurait dû, selon les signataires, se hâter « de transformer en décrets pour le salut de la patrie et de la République ». Ces mesures intéressaient la sécurité publique, les subsistances et les logements, la défense de Paris et des départements. Voir Chassin Ch. L.

En tant que délégué des vingt arrondissements, il fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer la « trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! » Voir Ansel.

Il fut au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés aux élections du 8 février par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la délégation des vingt arrondissements de Paris.

Sous-chef de la police municipale durant la Commune, Roullier appartint également au Comité démocratique socialiste du Ve arr. et, à partir du 5 avril, à la commission du travail et de l’échange à la délégation au Commerce. Il fut condamné par contumace, le 28 décembre 1872, par le 16e conseil de guerre, à la déportation dans une enceinte fortifiée. Sous l’Empire, il avait déjà encouru deux condamnations : deux mois de prison et 500 f d’amende le 6 mai 1870 pour contravention aux lois sur les réunions publiques et huit mois de prison et 100 f d’amende le lendemain pour offenses envers l’empereur et apologie de faits qualifiés crimes.

Roullier s’était réfugié à Londres en juin 1871. Il appartint à la section fédéraliste française de 1871, puis à la « Section parisienne de 1872 » — voir Dict., t. IV, pp. 78-79. En novembre 1871, il prétendait avoir été le délégué de la Section sociale des Écoles au conseil fédéral parisien (cf. Dict., t. IV, p. 63) et c’est à ce titre qu’il signa une protestation de la section française de 1871 dirigée contre Serraillier et le Conseil général (d’après Archives Bakounine, op. cit., vol. II, pp. 445-446). Le 7 mai 1877, il assista au banquet offert par un groupe de réfugiés à quelques conseillers municipaux parisiens en mission à Londres. Il y prit la parole et fit le procès des députés de Paris auxquels il reprocha leur attitude « pitoyable » pendant la Commune. Un nommé Roullier — il y a sans doute identité — adressa de Londres, en octobre 1879, avec un groupe de Communards exilés, ses encouragements aux participants du congrès ouvrier socialiste de Marseille (cf. c. rendu du congrès, pp. 378-386). Il fut gracié le 27 novembre 1879 et revint à Paris où Vuillaume le retrouva, travaillant toujours en échoppe, cette fois rue Beaubourg, dans le IIIe ou IVe arr. Il vécut par la suite d’une petite somme que, mensuellement, lui versait l’Assistance publique. Vuillaume le revit à l’enterrement de Charles Longuet, le 9 août 1903. « Quelques jours après, on m’apprenait la fin de Roullier ».

« Le vieil insurgé avait été, un matin, trouvé mort dans son étroite chambrette de la rue Beaubourg, où l’apoplexie, clémente, l’avait terrassé ».

« Il avait quatre-vingts ans » (Vuillaume doit faire erreur, puisque Roullier était né en 1830 ou 1831).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article70186, notice ROULLIER Édouard [ROULLIER Edmond, Louis, Henri, Charles, Édouard] , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 26 mars 2017.

COLLABORATION : E. Roullier figure parmi les collaborateurs de La Solidarité, organe des sections de la Fédération romande de l’AIT, Neuchâtel, 11 avril 1870, Genève, 12 mai 1871 (nouvelle série, rédacteur en chef J. Guillaume).

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/864, n° 6591 et BB 27. — Arch. PPo., B a/465 (fiche 1912 par Testut, 26 juillet 1879), listes de contumaces et listes d’amnistiés. — Musée social, 6307. — J. Dautry, L. Scheler, Le Comité central républicain... op. cit. — Archives Bakounine... op. cit. — M. Vuillaume, Mes Cahiers rouges..., op. cit. — Murailles... 1871, op. cit., p. 149. — J. Vallès, L’Insurgé, Paris, Fasquelle, 1926, p. 282. — J.O. Commune, 21 mars 1871.

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