ROSSEL Louis, Nathaniel

Né à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) le 9 septembre 1844 ; fusillé à Satory le 28 novembre 1871. Officier du Second Empire et l’un des principaux chefs militaires de la Commune.

Par son père, Louis Nathaniel Rossel se rattachait à une vigoureuse lignée de protestants cévenols jadis persécutés pour leurs croyances. Son grand-père servit aux armées républicaines de 1792. Son oncle, maire d’une petite commune du Gard, fut destitué après le coup d’État du 2 décembre 1851 tandis que son père, officier d’artillerie, avait osé lui aussi voter « non » au plébiscite. Sa mère, Sarah Campbell, était anglaise et protestante.
L’enfant naquit en Bretagne où son père tenait garnison ; et ses premières études varièrent au gré des nominations paternelles : lycée de Mâcon ; collèges de Saint-Brieuc, de Nîmes. On le tenait pour bon élève et bon camarade. Il entra à onze ans avec le n° 2 au Prytanée de la Flèche pendant que son père était en Crimée ; brillant élève, il fut admis à dix-huit ans à l’École polytechnique avec le n° 79 et en sortit 12e sur une promotion de 131. Ses chefs le disaient intelligent, sévère, bien élevé, et notaient chez lui une aptitude particulière aux langues : héritage familial peut-être, mais aussi robuste personnalité. Rossel d’abord s’absorba dans le métier qu’il avait choisi ; nommé sous-lieutenant à Metz, en 1864, il y fréquenta l’école du Génie. À la veille de la guerre, il était capitaine et habitait Bourges ; il fit campagne dans l’armée de Bazaine et, arrivé à Metz le 4 août 1870, travailla aux fortifications. Il tenta ardemment, mais en vain, d’organiser une sortie, à partir de Metz, et, fait prisonnier avec ses compagnons, le 28 octobre, s’évada le même jour pour rejoindre la France, par Luxembourg, Bruxelles et l’Angleterre. Chargé par de Freycinet d’une mission à l’armée du Nord, il regagna ensuite le Centre et organisa le camp de Nevers avec le titre de colonel du génie ; son père commandait alors à Paris le 105e bataillon ; lui-même prévoyait la défaite et la révolte sociale. Bouleversé par l’armistice, il accourut à Paris dès le 20 mars 1871 : « Je me range sans hésitation, dit-il, du côté de celui qui n’a pas signé la paix . » Trois jours plus tard, la XVIIe légion de la Garde nationale l’avait mis à sa tête et, le 3 avril, il fut nommé chef d’état-major au ministère de la Guerre ; des heurts se produisirent parfois entre lui et Dombrowski, Eudes ou Cluseret — qu’il remplaça après la perte du fort d’Issy le 30 avril. Désireux de rétablir la discipline, il accepta la présidence de la Cour martiale et s’emporta contre l’inefficacité de la Commune ou l’activité brouillonne et purement verbale d’un Félix Pyat. Le Comité du XVIIe arr. le fit arrêter un instant pour sa rigueur dans le service, mais c’est finalement lui-même qui démissionna avec éclat le 9 mai parce que ses ordres n’avaient pas été suivis. Il avait annoncé en un communiqué laconique la prise du fort d’Issy dont la garde lui avait été confiée ; la Commune le fit alors arrêter, mais, grâce à son ami Charles Gérardin, il put s’enfuir. Il se cacha sous un nom d’emprunt à l’hôtel de Montebello, 54, boulevard Saint-Germain (Ve arr.), ne prit aucune part à la Semaine de Mai et fut arrêté le 8 juin par la police, sur dénonciation d’un garçon de l’hôtel, en dépit du nom et du titre d’employé au chemin de fer de l’Est dont il se parait.
Il fut traduit devant le 3e conseil de guerre, mais en vit sa condamnation annulée pour une raison qui aurait pu faire jurisprudence : il ne s’agit pas, dit le conseil de révision, de « désertion à l’ennemi », mais de « rébellion armée ». Toutefois, le 4e conseil se montra tout aussi sévère : condamnation, le 7 octobre 1871, à la peine de mort. Toute une campagne se déclencha en sa faveur, de manière fort rare à l’époque : manifestations d’étudiants, articles de la presse libérale. On le présentait comme un patriote rigide, un Saint-Just qui ne s’était nullement privé de blâmer les actes de la Commune et avait été arrêté par elle. Mais le gouvernement avait besoin d’un exemple ; sa grâce fut refusée (26 octobre 1871) et le jugement exécuté le 28 novembre 1871, après qu’il eut subi la dégradation militaire. G. Da Costa  fit observer qu’avec Bazaine et Dreyfus, Rossel fut le seul officier poursuivi par la 3e République et que, seul des trois, il fut condamné à la peine de mort. Son père se plaignit qu’on ait multiplié les difficultés pour lui rendre le cadavre de son fils et le lui laisser enterrer à Nîmes.
Rossel paraît en un certain sens très marqué par son milieu bourgeois, protestant et militaire. Il reste avant tout un officier, exaspéré par l’armistice puis reprochant à la Commune son incapacité ou ses lenteurs. Nous pouvons laisser au second plan les anecdotes édifiantes — petit lycéen qui s’agenouille en classe pour prier, condamné s’entretenant avec un pasteur ; il est plus exact de mettre en lumière l’élévation de son esprit et la justesse de son jugement. Ni socialiste ni jacobin, il écrit pourtant : « Le besoin d’une révolution démocratique est chose certaine. La classe inférieure est trop puissante pour ne pas faire sentir son action dans le gouvernement, et pas assez puissante pour ne pas réclamer sans cesse une part plus grande aux affaires. La classe aisée, qui détient le pouvoir depuis quarante ans [...] a usé de ce pouvoir d’une manière désastreuse pour l’intérêt public . » Ce n’est pas qu’il acceptât une situation de fait ; il pensait « comme les Athéniens, qu’en temps de guerre civile, l’abstention est un crime », mais il tirait de la Commune une conclusion désabusée : c’est, dit-il, « une expérience complète [...] (qui démontre) l’insuffisance des classes ouvrières pour le gouvernement ». Il voyait dans l’Internationale la fraction modérée et saine, rendue impuissante par les désordres du Comité central de la Garde nationale. Ses meilleurs amis étaient tout naturellement parmi les blanquistes, dont le rapprochait une énergie tout ensemble exaltée et lucide qui le fit parfois comparer à Saint-Just.
Il n’était pas sans une certaine nostalgie vis-à-vis du passé et se défendit de connaître particulièrement les questions ouvrières : « Je ne vous dirai pas que j’ai profondément étudié les réformes sociales ; mais pendant la dernière guerre j’ai bien été forcé de voir qu’un ordre social inique agonisait [...] En haine de ceux qui ont livré ma patrie, en haine du vieil ordre social, je suis venu me ranger sous le drapeau des ouvriers de Paris . »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article70102, notice ROSSEL Louis, Nathaniel , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 23 janvier 2019.

ŒUVRE : a) Ouvrages militaires : La Capitulation de Metz (Les derniers jours), Alençon, A. de Broise, 1871, 15 p. — La Défense de Metz et la lutte à outrance, Paris, A. le Chevalier, 1871, 61 p.
b) Autres ouvrages : Papiers posthumes, recueillis et annotés par Jules Amigues, Paris, E. Lachaud, 1871, cinq réimpressions. — Mémoires et correspondance de L.R., 1844-1871, préface de V. Margueritte, Paris, 1871. — R. Stéphane, L.N. Rossel. Mémoires, procès et correspondance, Paris, 1960.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/729. — Arch. Min. Guerre, 3e et 4e conseils ; à ce dernier dossier est jointe une note émanant de J. Bricant, avocat à la cour d’appel d’Alger, qui en 1928 choisit pour sujet de son discours de rentrée le cas juridique du capitaine Rossel. — Arch. PPo., B a/1256 et E a/103. — Gerspach, Le Colonel Rossel. — Prolès, Le Colonel Rossel. — Dauban, Le Fond de la société sous la Commune (p. 247). — P.V. Commune, (notamment séance du 2 mai). — E. Thomas, Rossel, Paris, 1967.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 331. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 234. — Arch. PPo., E a/103-23 et Album 286/43.

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