MARET Henri, Achille [Henry MARET]

Né le 4 mars 1834 à Sancerre (Cher) ; demeurant à Paris ; marié, père de deux enfants ; homme de lettres et journaliste, en particulier sous la Commune.

Maret appartenait à la bonne bourgeoisie : son grand-père était président de Chambre à la Cour royale de Bourges (Cher) et conseiller général. À dix-huit ans, le jeune homme s’installa à Paris où il fut employé à l’Hôtel de Ville, puis très vite gagna sa vie grâce à la littérature. En 1858, il plaçait des articles à l’Illustration ; il collabora ensuite au Charivari, au Figaro, envoya des chroniques théâtrales au Rappel. Durant le Siège, le Combat citait son nom le 7 octobre, le 29 décembre 1870 et le 3 janvier 1871 parmi les auteurs d’articles. Son activité durant la période insurrectionnelle fut consacrée simultanément aux journaux le Mot d’ordre et la Commune ; on trouve son nom du 19 février au 16 mai dans le premier, du 20 mars au 12 mai dans le second. Il collabora également au Vengeur de F. Pyat, 3 février-11 mars 1871, à L’Action, 4-9 avril et au Tribun du Peuple, 17-24 mai.

Il fut préssenti pour faire partie d’une commission qui devait assister Élie Reclus à la Bibliothèque nationale, commission qui comprenait Benjamin Gastineau, Joannis Guigard, Robert Halt, Henri Maret, Jules Troubat. Elle n’eut pas le temps d’entrer en fonctions.

C’est pour vingt-trois articles du Mot d’ordre que Maret, arrêté le 18 juin à Paris, fut condamné, le 31 septembre 1871, par le 3e conseil de guerre, à cinq ans de prison et 500 f d’amende : mansuétude relative née peut-être de son état de santé, peut-être surtout de démarches influentes ; le dossier du conseil de guerre comporte une lettre de Mme Maret, apostillée par Jules Simon, demandant à voir son mari à l’Orangerie, et une lettre du marquis de Vogüe, député du Cher, sollicitant la clémence des juges. Sa peine fut commuée, le 14 décembre 1871, en quatre mois de prison et l’interdiction d’exercer ses droits civiques.
Après la Commune, il put se réfugier à Jersey où il appartint à la Société des républicains-socialistes réfugiés, fondée en juin 1872.

Maret s’était défendu devant le conseil de guerre d’avoir fait « de la politique sérieuse », et le rapport conclut qu’il n’est pas à sa place dans le journalisme de la période communale, [...] il se refuse à apporter dans ses articles la passion qui dénature tout ; il discute, fait de la critique ». Pourtant la lecture de ses articles révélait chez lui une opinion qui pour être nuancée n’en demeure pas moins vigoureuse. Sans doute, l’ancien collaborateur du Figaro pourrait-il avoir sacrifié à une mode passagère en ridiculisant Aurelle de Paladine (le Mot d’ordre, 9 mars) et Thiers (18 et 25 avril) ; sans doute exprimait-il le patriotisme exaspéré par le Siège lorsqu’il dénonçait comme possible une intervention prussienne en cas de défaite de la Commune (14 avril), quand il assimilait Thiers à Brunswick (11 mai) et vilipendait le gouvernement qui travaillait dans l’intérêt des Prussiens (16 mai). Il dépassait toutefois le stade de la critique destructive lorsqu’il traçait les domaines respectifs de la Commune de Paris et du gouvernement national (11 mars, 22 avril) ; il souhaitait — tout en reconnaissant que le 18 mars, pour spontané qu’il fût, était un fait avec lequel il fallait compter — voir rétablir les communications entre Paris et la province, puis organiser des élections tant générales que municipales (28 avril). Il entrevoyait même le sens donné à la Commune par les générations futures (6 mai) : outre qu’elle visait à renverser un gouvernement odieux et à établir une république démocratique où les franchises communales seraient respectées, elle amenait à la vie politique une classe jusque-là méconnue parce que misérable ; elle consacrait « l’avènement de l’ouvrier, réclamant des réformes sociales ».

Opinions modérées, réformistes, soit. Elles reflétaient les diverses tendances de l’insurrection plutôt qu’elles ne guidaient celle-ci ; et l’approbation donnée par Maret à la tentative conciliatrice du député Jean Brunet qui, à Versailles, souleva un tollé général, est symptomatique. Dans la Revue blanche, il écrira justement, le 15 mars 1897, que son acquiescement à la Commune n’est pas total : il réprouvait sa prétention à gouverner la France, mais, « après les abominables massacres de Versailles, toutes les fautes s’effaçaient et j’étais avec tous les gens de cœur, du côté du vaincu ». Il semble donc avoir dépassé en conviction l’opportunisme influençable que lui prêta le commissaire du gouvernement devant le conseil de guerre.

Il fut, en 1881, l’un des fondateurs de la « Ligue de l’intérêt public - Société protectrice des citoyens contre les abus » créée à l’initiative du docteur Edmond Goupil.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article65352, notice MARET Henri, Achille [Henry MARET], version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 9 mars 2019.

ŒUVRE : Outre les journaux cités et de nombreux ouvrages au tour plus léger, deux livres et une préface expriment la pensée politique de l’auteur : un avant-propos au livre de Pierre-Alfred Brun : Leur utopie et la mienne, Paris, Marpon et Flammarion, 1886, où Henry Maret dit sa préférence pour le gouvernement direct. — Pensées et opinions, Paris, Flammarion, 1903, qui juxtapose des maximes rangées par chapitres intitulés La Question sociale, Progrès, Justice, etc. œuvre de langage modéré, où néanmoins Maret loue le « socialisme positif, tranquille, ferme », et reconnaît, si le mot et l’idée de parti ouvrier sont ambigus, qu’ » il n’y a guère, il faut en convenir, que les grandes catastrophes qui fassent faire un pas à l’humanité ». — Le Parlement, réflexions d’un « sauvage » sur le régime, Paris, Rieder, 1920.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/729. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — La Comune di Parigi (G. Del Bo) op. cit. — H. Dubief, « L’Administration de la Bibliothèque Nationale pendant la Commune », Le Mouvement social, n° 37, octobre-décembre 1961. Livres et articles de l’auteur.

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