JOHANNARD Jules, Paul

Né à Beaune (Côte-d’Or) le 22 janvier 1843, mort le 16 novembre 1882 à Londres ; placier en fleurs artificielles ; célibataire ; franc-maçon — Voir Thirifocq E., ; membre du Conseil général de l’Internationale ; membre de la Commune.

Fils d’un marchand de nouveautés qui fit faillite en 1856, Jules avait un frère aîné, François, Auguste, né le 14 décembre 1837. Celui-ci ne participa pas à la Commune et c’est par erreur que ses prénoms ont été attribués à Jules lors du jugement prononcé par le conseil de guerre le 7 mars 1873.
Johannard se réfugia à Londres à la suite de la publication d’un article dans le Courrier français et des poursuites qui en étaient résultées. C’était en 1867 ; il adhéra à l’Internationale, devint membre du Conseil général en 1868. Il l’était encore en 1872. Il fut, en 1869, secrétaire-correspondant pour l’Italie. Dans ces fonctions, il contresigna toutes les publications du Conseil général (cf. La Première Internationale, vol. II, Imprimés 1864-1876, A. Colin, 1961). Il rentra en France après l’amnistie de 1869.
Après le meurtre de Victor Noir, 10 janvier 1870, l’arrestation de Rochefort, le mois suivant, 7 février, Johannard fut de ceux qui exhortèrent les ouvriers au calme afin de ne pas compromettre l’issue de la lutte par une action trop précipitée (appel du 9 février).
Arrêté le 30 avril, il fut inculpé dans le troisième procès de l’Internationale, le 8 juillet 1870, pour avoir fait partie d’une société secrète (l’AIT non autorisée) ; il fut condamné à un an de prison, 100 F d’amende, quatre mois de contrainte par corps le cas échéant et un an de privation des droits civiques. Voir Varlin.
Membre de l’Association Internationale des Travailleurs — il fut le fondateur et le secrétaire-correspondant, en février 1870, de la section de l’Est dite aussi du Faubourg-Saint-Denis (cf. Dict., t. IV, p. 52) ; il signa, ce même mois, le manifeste contre la guerre adressé aux travailleurs de tous pays (cf. Dict., t. IV, p. 45). Johannard habitait alors, 130, rue d’Aboukir, à Paris, IIe arr.
En septembre, avec Briosne, Rochat, Serraillier, il fit partie du Comité républicain du IIe arrondissement. Le 15 septembre, avec ses amis du Comité central républicain des vingt arrondissements, il présenta les mesures d’urgence que le gouvernement de la Défense nationale devrait, selon les signataires, se hâter « de transformer en décrets pour le salut de la patrie et de la République ». Ces mesures intéressaient la sécurité publique, les subsistances et les logements, la défense de Paris et des départements — Voir Ch.-L. Chassin
Lors de la journée révolutionnaire du 31 octobre, il aurait fait partie de la compagnie des francs-tireurs qui envahit l’Hôtel de Ville.
En tant que délégué des vingt arrondissements, il fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! » — Voir Ansel.
Le 8 février, Johannard fut candidat à l’Assemblée nationale, mais non élu. Orateur de réunions publiques, il parla notamment au Club de la Cour des Miracles, place du Caire, IIe arr., pendant le Siège, au club Nicolas-des-Champs, IIIe arr. avant et pendant la Commune. « C’était, selon Clère — Les Hommes de la Commune — un beau parleur, plein de lui-même, qui portait avec suffisance son uniforme de capitaine d’armement du 100e bataillon de la Garde nationale ». Un rapport de police prétend qu’on l’appelait « la clé des cœurs ». Délion — Les Membres de la Commune et du Comité central — hostile aux Communards, en a laissé un portrait peu flatté et qui a peut-être inspiré le rédacteur de la notice contumace du 2 avril 1879. Quoi qu’il en soit, nous rappelons ici, et sous réserves, les considérations les plus anodines de Delion en même temps que le portrait physique qu’il a tracé du personnage :
« Entre une partie de billard et une ruelle, notre Gaudissart songeait à l’affranchissement des travailleurs.
« Il était blond, d’une figure mâle, et avait toute la désinvolture voulue pour être dit « un beau garçon ». Il avait un œil de verre, chose cachée avec grand soin et qui le faisait loucher un peu ».
À la veille des premières élections de la Commune, il signa en qualité de membre du Comité central républicain des vingt arrondissements l’appel aux électeurs de Paris qui fut publié par le Cri du Peuple du 25 mars. Le 16 avril, il fut élu dans le IIe arr. par 2 804 voix sur 3 601 votants. Il fit partie de la commission des relations extérieures (21 avril) et de la commission de la guerre jusqu’au 15 mai. Adjoint à Avrial pour la surveillance du matériel de guerre, le 6 mai, il fut nommé commissaire civil, le 16 mai, auprès du général La Cécilia. Il vota pour le Comité de salut public.
Après la défaite de la Commune, Johannard réussit à gagner Londres, et c’est par contumace que le 19e conseil de guerre le condamna à mort le 7 mars 1873. Au 5e congrès de l’Internationale tenu à La Haye du 2 au 7 septembre 1872, il représenta « une section française » — Voir Serraillier. Il se prononça pour l’expulsion de Bakounine et de J. Guillaume, mais non de Schiwtzguébel. Il vota pour que les pleins pouvoirs soient accordés au conseil général et pour que le siège soit changé, mais il s’abstint en ce qui concerne le transfert à New York. Sept ans plus tard, avec Lissagaray, Langevin, Longuet, Theisz et autres, il signa un manifeste que les proscrits adressaient au troisième congrès ouvrier, celui de Marseille, 23-30 octobre 1879.
Voyageur de commerce pour une maison de Manchester, Johannard mourut subitement à Londres, sur le quai de la gare de Waterloo, alors qu’il revenait de Paris.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article62385, notice JOHANNARD Jules, Paul , version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 30 mai 2019.

œUVRE : Manifeste antiplébiscitaire des Sections parisiennes fédérées de l’Internationale et de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières. À tous les travailleurs français. Citoyens ! (signé) pour l’AIT : A. Combault, Reymond, Germain Casse, Berthomieu, Lafargue, E. Lefèvre, J. Johannard, J. Franquin ; pour la Chambre : A. Theisz, Camélinat, etc..., Paris, Impr. E. Voitelain et Cie, s.d. [mai 1870] in-8°, Bibl. Nat., Lb 56/2648.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Nat., BB 24/863, n° 6397. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. PPo., B a/441 et a/1128, a/430, a/434, a/437. — Procès-Verbaux de la Commune de 1871, op. cit. — La Première Internationale (J. Freymond), op. cit. — J. Dautry, L. Scheler, Le Comité central..., op. cit. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit. — Minutes..., op. cit., vol. IV. — Labour Monthly, vol. XL, n° 5, May 1858.

ICONOGRAPHIE : Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 134. — G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, op. cit., p. 234. On trouve une signature autographe de Johannard à Arch. PPo., B a/441, pièce 6543.

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