BILLIORAY Alfred, Édouard

Né en 1841 à Naples (Italie), mort le 27 février 1877 en déportation. Marié et père de trois enfants. Artiste peintre. Membre de la Commune, du Comité de Salut public, orateur de clubs pendant l’hiver 1871 et l’insurrection.

Billioray était né à l’étranger, mais de parents français ; il fut élevé à Paris par sa mère et « devient plus tard même un peu artiste », dit son avocat ; il fut élève de Rosa Bonheur. « Artiste médiocre », tranche Clère en sa biographie, parce que son tableau de 1866, Sollicitude maternelle, fut exposé au Salon des Refusés. De Ploeuc, gouverneur de la Banque de France, le prit pour un modèle d’atelier ; mais il n’était pas ce joueur de vielle qu’on avait sans doute fusillé en mai sur la rive gauche et avec qui il fut souvent confondu.
Jusqu’au 18 mars 1871, il était peu connu des milieux politiques ; le Siège de Paris lui avait valu une certaine notoriété de quartier : il était brave, avait su organiser le rationnement du pain dans la 5e compagnie du 103e bataillon de la Garde nationale, et siégeait au Comité central du XIVe arr. Il prit la parole au club de la rue Maison-Dieu, le 3 mars, et le lendemain à la Chapelle, salle Pérot ; sa première apparition dans une séance de ce genre doit remonter à janvier 1871 et il y prit goût en même temps qu’elles lui révélaient ses capacités.
Il fut élu à la Commune par le XIVe arr. le 26 mars (6.100 voix sur 6.570 votants et 17.769 inscrits) sans avoir fait acte de candidature. Il siégea, le 29 mars, à la commission des Services publics, le 21 avril à celle des Finances et ne dut pas réaliser la fortune qu’on lui prêta puisque, après sa condamnation, ses trois enfants restèrent dans la misère. Il prit très au sérieux son rôle, les besoins du peuple, la conduite des affaires. Ses interventions furent nombreuses ; pour faire remise aux locataires de garnis des sommes dues (29 mars, deuxième séance) ; pour continuer de verser aux femmes et ascendants des mobiles prisonniers les allocations du Siège (1er avril), pour demander que soient laïcisées les écoles congréganistes et que la Commune élabore un programme qui serait diffusé en province (9 avril). Il était soucieux d’efficacité : « Je demande que nous décrétions un peu moins et que nous agissions davantage » (26 avril). Partisan déclaré du Comité de Salut public (28 avril), il y fut élu le 11 mai à la place laissée vacante par la nomination de Delescluze à la Guerre, avec une voix de plus que le minoritaire Varlin. Le lendemain, il demanda la suppression du travail de nuit des ouvriers boulangers... et la suppression des journaux. Il distribuait ainsi la tâche entre Commune et Comité (Procès-Verbaux, séance du 12 mai) : « Ne pouvant par vous-mêmes être une commission active. Vous avez délégué vos pouvoirs à un comité qui vous remplace pour l’action et vous donne ainsi le temps de vous occuper des questions très importantes de législation et d’économie sociale ». Ses vues dépassaient l’immédiat, lorsqu’il dit, à la même séance : « Je voudrais que la Commune n’accordât de travaux qu’aux associations ouvrières. Ce serait le premier pas sérieux fait dans la voie du socialisme. » Le 21 mai, seul présent au Comité de Salut public, il reçut la dépêche de Dombrowski informant de l’entrée des soldats de Versailles dans Paris, et vint la lire à la Commune.
Il partageait le goût des blanquistes pour l’action directe, mais une santé très déficiente le contraignait à des pauses fréquentes ou même lui causait des défaillances ; au début de mai il s’était fait préparer une feuille de route sous un faux nom et se cacha, après le 25, chez sa sœur, sous le nom de sa concubine. Il fut arrêté le 3 juin, à 9 heures du soir, par des soldats, rue des Canettes (VIe arr.), et déféré au 3e conseil de guerre. Le journal la Patrie du 13 août le dépeignit ainsi : « L’accusé s’exprime avec facilité ; sa voix est très douce ; il se fait aussi humble, aussi petit que possible... Il appartient à la catégorie de ces accusés auxquels on donnerait, dit-on, le bon Dieu sans confession. » Il accepta sa part de responsabilité générale dans les actes de la Commune, mais non celle des vols, des incendies, et blâma « l’assassinat des généraux ».
Il fut condamné, le 2 septembre 1871, à la déportation dans une enceinte fortifiée, et son pourvoi fut rejeté en 1872 ; mais on jugea que déporter un phtisique serait le tuer et on le transféra du fort de Quélern à la prison de Thouars. Il s’évada le 11 mars 1875, avec son codétenu Huin — ils avaient écarté les barreaux à l’aide d’une pince de serrurier et sauté de trois mètres de haut — mais ils furent repris aux environs de Parthenay. Billioray fut ramené à Brest, d’où il sollicita son départ pour la Nouvelle-Calédonie parce que ses compagnons lui rendaient la vie impossible. Dès juin 1875, il fut embarqué sur le transport l’Orne et mourut poitrinaire à l’hôpital de Numbo, presqu’île Ducos.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article52899, notice BILLIORAY Alfred, Édouard, version mise en ligne le 26 juillet 2009, dernière modification le 21 novembre 2018.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/733. — Arch. Min. Guerre, 3e conseil. — Arch. PPo., E a/34. — Procès-Verbaux de la Commune de 1871, Édition critique par G. Bourgin et G. Henriot, tome I, Paris, 1924 ; tome II, Paris, 1945. Publiés par le Service des Travaux historiques de la Ville de Paris. — Patrice O’Reilly, Calédoniens, répertoire biobibliographique de la Nouvelle-Calédonie, Paris, Société des Océanistes, 1953.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, Éditions Flammarion, Paris, 1938, p. 225. — J. Bruhat, J. Dautry et E. Tersen, La Commune de 1871, Paris, Éditions Sociales, 1960, p. 138.

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