Né le 2 octobre 1896 à Louey (Hautes-Pyrénées), mort le 25 avril 1975 à Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’un des trois principaux dirigeants du Parti communiste français durant près de cinquante ans en compagnie de Maurice Thorez et de Benoît Frachon ; ouvrier pâtissier jusqu’en 1926, puis permanent, Jacques Duclos entra au comité central en juin 1926 pour y rester toute sa vie ; membre du bureau politique en 1931 et au secrétariat de 1933 à 1964 ; élu au comité exécutif de l’Internationale communiste en 1935, il devint un des principaux responsables du mouvement communiste international ; sous l’Occupation, J. Duclos eut en France, avec Benoît Frachon, l’essentiel de la responsabilité du Parti ; député de la Seine (1926-1932, 1936-1940 et 1944-1958 ; sénateur de la Seine (1959-1975) ; candidat à l’élection présidentielle de juin 1969.

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]
[Sénat]
Jacques Duclos, second de trois garçons (Jean Duclos - voir Marie, François Duclos* dit Jean Duclos - et Louis Duclos de huit ans son aîné, mort dans la nuit du 19 au 20 novembre 1965) est né à Louey, petit village du Béarn, situé à quelques kilomètres de Tarbes. Il était issu d’une famille de paysans pauvres mais possédant néanmoins une maison construite grâce à la solde du grand-père maternel, amassée après quatorze années de service militaire dont sept en remplacement d’un de ses concitoyens. Son père exerçait la profession de charpentier (il avait une réputation d’alcoolique) et sa mère celle de couturière. La grande salle du logis servait épisodiquement de salle d’auberge et c’est là, sans doute, que Jacques Duclos eut ses tout premiers contacts avec la politique : des ouvriers de l’Arsenal de Tarbes s’y réunirent et chantèrent l’Internationale lors du soulèvement des viticulteurs en 1907. Sa formation première se partagea entre l’instituteur laïc et le curé qui lui inculqua une solide éducation chrétienne et l’amena à faire sa confirmation. Doué pour les études, Jacques Duclos passa son Certificat à douze ans. Mais, faute de moyens financiers, l’adolescent dut, comme alors la plupart des jeunes de son milieu, entrer en apprentissage. Ce brutal coup d’arrêt le marqua profondément et détermina deux traits constants de son caractère : comme chez tout autodidacte, une extraordinaire boulimie de lectures et de connaissances et la volonté enracinée de lutter contre une société qui ne permettait pas aux couches les plus pauvres d’accéder à la culture et de bénéficier d’une promotion sociale.
Apprenti pâtissier à Tarbes, il était déjà, à quinze ans, un ouvrier qualifié et il décida de « monter » à Paris. Il se constitua un petit pécule au cours de l’été 1912 comme ouvrier pâtissier à Bagnères-de-Bigorre et, au début d’octobre, il arriva dans la capitale où il travailla chez un pâtissier de la place La Fayette, Xe arr., à qui il avait été recommandé. De 1912 à 1914, il élargit sa culture et commença à s’intéresser à la politique. Il suivit les cours de l’Université populaire où il écouta Anatole France*, participa parfois aux conférences de l’Université des Annales et poursuivit ses lectures occasionnelles. Sous l’influence d’un camarade socialiste, il lut de temps en temps l’Humanité et aborda les questions sociales. Mais son journal favori était la Guerre sociale de Gustave Hervé dont il appréciait les charges antimilitaristes. Jeune provincial avide d’étendre le champ de ses connaissances, il fréquenta assidûment les théâtres et en profita pour améliorer ses fins de mois au titre de la « claque » ou comme figurant. Il suivit avec enthousiasme la naissance de l’aviation, assista aux premiers meetings aériens à la Porte de Versailles et, à la fin de 1913, à une séance de la Chambre des députés où il vit Jaurès dans une courte intervention. Installé depuis 1912 dans un hôtel meublé de la rue Polonceau dans le XVIIIe arr., il déménagea fin 1913 et s’installa rue des Petites-Écuries (Xe arr.), dans une chambre. En avril-mai 1914, il participa à la campagne électorale dans le Xe arr., secteur Goutte-d’Or-la-Chapelle, où Marcel Cachin* était candidat. Cette même année et pour la première fois, il alla à la manifestation du Mur des Fédérés et découvrit à cette occasion l’histoire de la Commune et ses survivants (Éd. Vaillant, Camélinat) qui l’impressionnèrent fortement.
Parti le 30 juillet 1914 dans les Vosges, à Martigny-les-Bains, pour la saison thermale, Jacques Duclos dut rentrer à Paris le 2 août, immédiatement après la déclaration de guerre et il put ainsi assister aux obsèques de Jaurès. Sans travail, il fut un temps vendeur de journaux puis, après la bataille de la Marne et sur les conseils de sa mère, il regagna Tarbes dans la deuxième quinzaine de septembre et il fut embauché à l’Arsenal.
Mobilisé le 1er avril 1915 avec la classe 16, incorporé au 18e régiment d’infanterie de Pau, il fut envoyé après six mois d’instruction, dans les Vosges, au 418e régiment de marche puis au 407e régiment d’infanterie et monta au front devant Bezanges dans un secteur calme, avant d’être dirigé sur Verdun en juin 1916. Souffrant terriblement des pieds après dix jours de première ligne, il fut soigné à l’arrière et évita l’amputation. Renvoyé au front après guérison, il apprit que son frère Jean avait été gravement blessé à la face, et il reçut l’autorisation de lui rendre visite en octobre 1916 au Val-de-Grâce où il était soigné comme « gueule cassée ». Cette visite le marqua profondément.
Affecté au 60e régiment d’infanterie et à nouveau sur le front aux environs de Reims, il participa à l’offensive du 16 avril 1917, sanglant échec qui provoqua des mutineries. Fait prisonnier et envoyé en Allemagne au camp de Meschede en Westphalie, il y rencontra des Russes déjà touchés par la Révolution de février 1917. Puis, placé chez un paysan en Hesse, il tenta une évasion, sans succès ; ramené à Meschede au début de 1918 et tombé malade, il guérit et se retrouva affecté à une papeterie dans la région de Hanovre où le trouva l’armistice. Il rentra alors en France et, après une permission d’un mois, réintégra l’armée à Tarbes. Démobilisé le 19 septembre 1919, il arriva à Paris en octobre et fut réembauché comme ouvrier pâtissier. Pour Jacques Duclos, comme pour tous ceux de la « génération du feu », cette expérience de la guerre fut décisive et marqua son engagement de toute une vie.
Rapidement, il adhéra à l’ARAC (Association républicaine des anciens combattants) et assista aux réunions de la section socialiste SFIO du Xe arr. bien que non-membre du Parti. S’intéressant dès lors activement à la politique, il participa à la campagne électorale du 16 novembre 1919 au 17 janvier 1920 avec Raymond Lefebvre*, Paul Vaillant-Couturier et Marcel Cachin*. Le 13 août 1920, il fut au grand meeting du Cirque de Paris où Cachin et Frossard rendirent compte de leur délégation en Russie. Son militantisme à l’ARAC se renforça et il suivit de plus en plus la vie de la section socialiste du Xe au point que le 30 décembre 1920, au soir du congrès de Tours, il adhéra au nouveau Parti.
De son adhésion au Parti le 30 décembre 1920 (cf. Mémoires, t. I, p. 189) à sa candidature en avril-mai 1924 à une élection législative, Jacques Duclos fit, dans sa section du Xe arr., forte de plusieurs centaines d’adhérents, son apprentissage de militant communiste.
C’est ainsi qu’il se familiarisa avec les classiques du marxisme, lisant et étudiant - souci de toute une vie - les ouvrages de Lénine, de Marx et d’Engels notamment, puis, « avec beaucoup d’appréhension au début », écrit-il dans ses Mémoires, participant aux discussions de la section tout en prenant part à l’action sur tous les plans : campagne électorale de 1921 dans le 2e secteur de Paris en faveur de Loriot et de Souvarine emprisonnés pour complot, luttes pour l’amnistie de ceux, Badina et Marty en premier lieu, qui avaient défendu en Mer Noire la Révolution russe, lutte en 1923 contre l’occupation de la Ruhr, prises de position face aux congrès syndicaux (Lille, juillet 1921) et surtout à ceux du Parti (Marseille, décembre 1921 et Paris, octobre 1922) alors que des courants : droite gauche, centre traversaient et divisaient le Parti, lui-même s’affirmant, écrit-il en 1968, en faveur de la gauche tout en manifestant réserves, voire antipathie à l’égard de certains militants et notamment Treint et Souvarine.
Si Jacques Duclos fut, dès cette époque, un militant de qualité - il fut choisi par ses camarades (cf. Mémoires) comme secrétaire de la section fin 1921, il ne se montrait pas moins réservé, voire critique, à l’égard de l’organisation du Parti, les positions adoptées par le sommet étant loin d’être défendues par la totalité des adhérents.
Désigné donc comme candidat du PCF de la 10e section pour les élections législatives de 1924, Jacques Duclos fut particulièrement actif. Sans doute remarqué par Marcel Cachin* avec qui il fit campagne, il fit preuve, déjà, de grandes qualités d’orateur populaire. Conteur né, il avait la répartie vive, de l’humour, le sens de l’improvisation, une voix chaude et rocailleuse de la Bigorre et un dynamisme à toute épreuve. Il manqua son élection de peu mais cette candidature n’en marqua pas moins son entrée dans la politique professionnelle et publique puisque, pour elle, il avait abandonné sa bonne place de l’Hôtel Lutétia. Sans travail après les élections, il partit faire, en septembre, la saison à l’hôtel Eskualduna de Hendaye où il n’hésita pas à porter la contradiction à un avocat, orateur de droite, puis à organiser, peu après, avec des camarades du Parti, une réunion publique où il prit la parole, non sans succès.
Rentré à Paris à la fin de l’été, il vit enfin ses vœux exaucés : Suzanne Girault* le désigna pour participer à la première école centrale de formation du PCF, l’École de Bobigny. Il s’y montra un élève doué et c’est lui qui fut chargé de remercier le Parti au nom de ses camarades d’école, lors du Ve congrès du PCF tenu à Clichy du 17 au 21 janvier 1925. À vingt-neuf ans, Jacques Duclos devenait permanent et il le restera jusqu’à sa mort ; malgré son jeune âge, il faisait figure d’homme mûr parmi tous les jeunes qui étaient déjà en poste à la direction du Parti (Thorez, 24 ans, Doriot, 27, Ferrat, 23).
De 1926 à 1928, Jacques Duclos allait connaître sa première notoriété politique. Le PCF le choisit, en compagnie d’Albert Fournier, comme candidat à une élection partielle dans le 2e secteur de Paris, qui constitua un véritable test national, d’autant que la droite avait décidé de présenter deux brillants sujets dans ce secteur ouvrier : Paul Reynaud et De Kérillis. La campagne sera intense pendant plusieurs mois, menée en tête par Cachin dans l’Humanité. Grâce à une tactique habile (ouverture spectaculaire vers les petits commerçants, les socialistes et les radicaux, attaques personnelles contre De Kérillis) et à un travail acharné, Jacques Duclos et Alb. Fournier furent élus triomphalement au second tour le 28 mars 1926. Au premier tour Duclos avait recueilli 37 658 voix et l’avocat Fournier 37 614, sur 191 730 inscrits et 118 555 votants. La liste d’Union républicaine les devançait nettement avec plus de 47 000 voix contre environ 15 000 à la liste socialiste SFIO et 11 000 à la liste radicale. Le Bloc ouvrier paysan réussit à rassembler la quasi-totalité des voix socialistes et radicales et à conquérir les deux sièges avec 63 254 voix (63 140 à Fournier) contre 61 758 voix à Reynaud (Arch. Ass. Nat.).
Dès lors, l’étoile de Jacques Duclos ne cessa de monter dans le Parti. Fort de sa nouvelle autorité et de son immunité d’élu du peuple, il fut chargé, en tant que secrétaire général, de reprendre en main l’ARAC et de susciter en son sein l’organisation de groupes constitués sur le modèle du « Rote Front » allemand. Ainsi naquirent les Groupes de défense antifasciste (GDA) et les Jeunes Gardes antifascistes (JGA) qui rapidement, et souvent sous la direction personnelle de Duclos, allaient mener une campagne d’agitation qui culmina lors d’un grand rassemblement en « uniforme » le 11 novembre 1926 à Saint-Denis. Tous ces succès furent reconnus au VIe congrès du Parti réuni à Lille du 20 au 26 juin 1926, où Jacques Duclos fut au nombre des soixante membres du nouveau Comité central ; et ce, au moment même où Suzanne Girault*, qui l’avait distingué, se trouvait écartée de la direction ainsi que Treint.
Parallèlement, Jacques Duclos était nommé gérant du journal antimilitariste du PC La Caserne qui, au début de juillet 1926, lançait une grande campagne contre les gradés, surnommés les « gueules de vache ». Les ventes doublèrent mais, rapidement, la justice sévit. Le 21 octobre 1926, Duclos était inculpé avec Barbé de provocation de militaires à la désobéissance et il fut condamné le 3 janvier 1927 à deux ans de prison et 2 000 F d’amende. Huit jours plus tard, il était à nouveau condamné : huit mois avec André Marty*, pour un article paru dans La page de Jean le Gouin, édition spéciale de La Caserne destinée aux marins. Le 10 mai 1927, dans un discours resté célèbre (« Le communisme, voilà l’ennemi »), Sarraut demandait la levée de l’immunité parlementaire de Duclos, Doriot, Vaillant-Couturier. La Chambre refusa mais, en appel, Duclos vit confirmer le 18 mai ses deux ans de prison (alors que Doriot lui-même n’était condamné qu’à dix-huit mois). Duclos devint la cible principale de la justice : le 20 juillet, ses huit mois étaient confirmés en appel et, le 11 août, la Cour de cassation rejetait son pourvoi ainsi que celui d’André Marty.
Le 14, ce dernier était arrêté mais Jacques Duclos, lui, participait au congrès national de l’ARAC à Clichy puis il partait discrètement pour Tarbes où il était arrêté le 9 septembre. Ramené à Paris, il était incarcéré à la Santé où il retrouvait Cachin, Doriot, Monmousseau, Barbé, etc. Début septembre, il était à nouveau condamné pour des articles de La Caserne : il totalisait alors trente ans de prison et 18 000 F d’amende.
Le 2 novembre, Duclos, Cachin, Doriot et Marty étaient remis en liberté provisoire pour assister à la session parlementaire. En décembre, à la veille de la clôture de cette session, Duclos passait dans la clandestinité, caché chez Jules Lauze*, maire communiste de Villetaneuse. Au début de 1928, signe de son ascension, il était envoyé clandestinement à Moscou. Il présenta un rapport sur la situation française, fut invité au congrès de l’ISR et fit partie de la délégation française reçue par Staline (Mémoires, t. I, p. 284). C’est à Moscou qu’il apprit sa désignation comme candidat communiste aux législatives de 1928, dans le XXe arr., face à Léon Blum*. De toute évidence, les directions française et internationale avaient une confiance croissante en lui. Rentré clandestinement en France et toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt, Duclos, comme Thorez et Doriot, dut mener sa campagne par personnes interposées. Une seule fois, il participa par surprise, à un meeting le 19 avril à Saint-Denis. Le préfet Chiappe en personne avait mobilisé ses troupes pour saisir l’insolent, mais sans succès, et, le 21 avril, au premier tour, Duclos arrivait en tête (7 700 voix contre 6 000 à Léon Blum*). Celui-ci se maintint au second tour, geste peu apprécié de l’électorat ouvrier et, le 29 avril, Duclos fut élu avec plus de mille voix d’avance sur son concurrent socialiste qui se trouva ainsi privé de toute tribune au Parlement. Le gouvernement, toutefois, maintint sa politique fermement anticommuniste, la Chambre refusa l’immunité pour les députés poursuivis et Duclos fut donc contraint de demeurer caché. À l’été 1928, il était envoyé à Berlin pour s’occuper de l’Internationale des anciens combattants. Fin 1928, il demanda à être rapatrié en France pour suivre de plus près, de sa « cache », le VIe congrès du Parti à Saint-Denis, 31 mars, 7 avril. Le 9 juin, il participa à la réunion secrète du comité central à Achères, réunion au cours de laquelle Thorez fut arrêté par la police. Clandestin, Duclos parvint à s’enfuir ainsi que Ferrat et il passa toute la fin de 1929 de planque en planque, en France et en Belgique, alors que la direction était décimée par des arrestations successives, notamment à l’occasion du 1er août.
Au début de janvier 1930, rappelé à Moscou par le CE de l’IC, il fut chargé d’une mission en Espagne et dut reprendre en mains le PC espagnol très faible et déchiré de tendances. Il passa quelques mois dans ce pays, clandestin, et contribua à faire accéder à la direction du PCE des cadres qui seront de fidèles kominterniens (Dolorès Ibarruri dite « La Passionaria », José Diaz, etc.). Revenu à Moscou pour rendre compte, il repartit ensuite pour Madrid puis pour Barcelone où il engagea la lutte contre les tendances trotskistes.
Au début de janvier 1931, le nouveau gouvernement français fit voter une loi de suspension de peine pour les députés communistes poursuivis et Duclos, dès l’arrivée d’Humbert-Droz, son remplaçant en Espagne, revint à Paris où il reprit sa campagne de propagande à l’Assemblée et dans les meetings. En avril 1931, la monarchie espagnole s’effondrait, la République était proclamée, des élections se préparaient : Duclos fut aussitôt envoyé en Espagne pour conseiller la direction du PCE et tenir quelques meetings.
Au mois de juillet, le PCF allait connaître un profond bouleversement. Le comité central se réunit en la présence inattendue de Manouilski, principal responsable de l’IC ; Barbé, Célor et le groupe des jeunes étaient dénoncés comme gauchistes et sectaires, la direction remaniée. Jacques Duclos entra simultanément au bureau politique et au Secrétariat du Parti, chargé de l’organisation, poste de confiance par excellence et réorganisé sur le modèle soviétique : service des cadres, des biographies, etc. Contraint de replonger dans la clandestinité en dehors des sessions parlementaires, Duclos disparut le 4 juillet puis, revenu à la légalité, participa en décembre à la réunion du Comité central où il présenta un très violent rapport contre déviationnistes et trotskistes qu’il renouvellera, sous la forme d’un rapport d’organisation devant le VIIe congrès du parti, 11-19 mars 1932, en présence des principaux leaders de l’Internationale.
En janvier 1933, à l’occasion du vote d’une amnistie, Jacques Duclos rentra à Paris via Berlin où il rencontra Dimitrov. Puis il travailla activement à la préparation du congrès de Pleyel contre la guerre et le fascisme qui se tint le 4 juin. La veille de la fête de l’Humanité, début septembre, il fut victime d’une septicémie due au surmenage, à une mauvaise alimentation, à un excès de tabac et de café. Seul dans la chambre qui lui servait de logement, il fut découvert par un camarade qui le fit transporter d’urgence en clinique. Fortement ébranlé, il dut se soigner et se reposer plusieurs mois à Louey. Il cessa alors de fumer et c’est le 8 novembre qu’il fit sa réapparition plupart des responsables, il se montra le défenseur intransigeant des principes et de la ligne « classe contre classe » et concluait ainsi un article dans l’Humanité du 21 janvier 1934 : « Seule la voie de Lénine peut conduire le prolétariat à sa libération, à l’écrasement de la bourgeoisie. C’est ce que nous proclamons aujourd’hui avec plus de force que jamais alors que les faits parlent, condamnent irrémédiablement la politique criminelle de la social-démocratie et montrent aux masses leur signe de ralliement pour la lutte et pour la victoire : le drapeau de l’Internationale communiste. »
Dans la nuit du 6 février 1934, alors que l’ARAC avait appelé à manifester en même temps que les anciens combattants de l’UNC « afin de ne pas laisser [à ceux-ci] le monopole de la lutte pour la propreté » (Mémoires, t. 1, p. 400), il fut arrêté le matin à Ivry, à la sortie d’une réunion des Jeunesses puis relâché. Après le 6 février, il se fit dans l’Humanité le porte-parole de la ligne. Il attaqua violemment les socialistes, Blum, Paul Faure*, Zyromski et « leur politique anti-ouvrière et contre-révolutionnaire » (l’Humanité du 7 mars), attaques reprises par Thorez (l’Humanité du 8 mars) et confirmées par un appel du Comité exécutif de l’IC le 14 mars. Simultanément, il prit la direction des opérations d’isolement et d’exclusion de Doriot et de son groupe.
Mais lorsque l’IC le recommanda, le Parti communiste, réuni en conférence nationale à Ivry du 23 au 26 juin, se prononça pour un rapprochement avec les socialistes. Et dès le 25 juin, c’est Duclos qui, à la tête d’une délégation communiste, conclut un accord avec la fédération socialiste de la Seine. Dès ce moment et jusqu’en 1939, il apparut comme le grand responsable de la Région parisienne du Parti. En août 1934, il fut mis à contribution pour stigmatiser les Jeunesses communistes belges qui venaient de s’entendre avec les Jeunesses socialistes et trotskistes et écrivit dans l’Humanité du 31 août que « la lutte pour l’unité d’action ne saurait [...] se séparer de la lutte contre les trotskistes qui sont les ennemis les plus haineux de l’URSS et de l’action commune des prolétaires ». Et c’est sous l’autorité de Duclos que l’IC envoya un militant chargé de redresser le PC belge, Andor Berei, qui en restera le conseiller pendant plus de dix ans. Le 11 octobre, dans l’Humanité, Duclos reprit ses attaques contre Trotski, et le 18 décembre, après l’assassinat de Kirov et la répression qu’il provoqua, il écrivit encore un article en première page intitulé « La révolution se défend », où il justifiait par avance toutes les mesures qui seront prises contre le groupe Zinoviev. Encore le 28 décembre, en première page, il titra : « L’acte d’accusation de Nicolaiev montre la complicité de Trotski dans l’assassinat de Kirov » et le 7 janvier 1935 : « Trotsky et l’assassinat de Kirov ». Ainsi, Duclos apparaissait comme l’ennemi de tout « déviationnisme ».
Doriot l’ayant désigné dans son journal L’Émancipation nationale, comme le haut responsable qui avait introduit l’agent provocateur Requier à la direction de l’Humanité, agent qui avait déclenché l’affaire « Fantomas », le PCF publia alors le 27 octobre 1934, une déclaration signée de tout le bureau politique, qui renouvelait sa confiance à Duclos.
Durant tout le deuxième semestre 1934, il apparut comme l’un des principaux éditorialistes de l’Humanité et il participa à de très nombreuses réunions publiques, en particulier à des meetings communs SFIC-SFIO à Lyon le 13 octobre, à Albi le 20, à Toulouse le 21, à Blois le 27, à Tours le 28. Dès ce moment, il devint le grand responsable et l’élément moteur de toute la propagande du Parti. Il intervenait en outre très souvent dans l’Humanité et se montrait fréquemment en public : meetings, débats, conférences de presse Très doué pour les « public relations », il pouvait, en cette période d’ouverture de la politique communiste, donner toute la mesure de son talent et de son efficacité par un travail acharné, ne dormant que quelques heures par nuit.
Au début de 1935, à nouveau fatigué, il prit du repos. Rentré à Paris, il poursuivit sa campagne contre Doriot et lui fut opposé aux élections municipales de Saint-Denis. Lors d’un meeting électoral le 18 avril, il faillit être poignardé mais un communiste s’interposa et fut blessé à sa place ; Jacques Duclos recueillit 30 % des voix au premier tour. Parallèlement, il menait les démarches en direction des radicaux et des socialistes, et représenta le PCF au Stade Buffalo le 14 juillet, aux Assises de la Paix où, pour la première fois, il fit chanter la Marseillaise par des militants communistes.
Fin juillet, il était à Moscou où il participa au très important VIIe congrès de l’Internationale communiste qui décida d’une nouvelle politique antifasciste. Dans ce congrès qui s’ouvrit le 26, le PCF, grâce à ses succès, apparut en vedette et Duclos fut nommé membre du Comité exécutif. Rentré plus tôt que le reste de la délégation, il eut alors en charge tout le Parti. À l’automne, il dirigea la délégation communiste dans les pourparlers de réunification SFIC-SFIO mais qui n’aboutirent pas. En décembre 1935, l’IC lui demanda de rencontrer Largo Caballero, leader des socialistes espagnols et de le convaincre de la nécessité d’un front populaire en Espagne, à l’image et à l’exemple français, mission couronnée de succès dont il rendit compte fin décembre à Moscou avant d’apparaître au VIIIe congrès du PCF à Villeurbanne (22-25 janvier 1936) où il présenta un important rapport sur l’avenir de la jeunesse et devint « officiellement » le responsable de la propagande du Parti.
Candidat à Montreuil-sous-Bois lors des élections législatives de mai 1936, il fut élu au deuxième tour (14 776 voix contre 9 595 à son concurrent, sur 28 737 inscrits) et désigné secrétaire général du groupe communiste à la Chambre le 26 mai. Le 4 juin, il était élu vice-président de la Chambre des députés. Pendant tout l’été 1936, il participa, avec Maurice Thorez, tous les mercredis matins, à des rencontres en tête-à-tête avec Léon Blum*. Dès que la rébellion franquiste éclata en Espagne, il fut chargé de superviser l’action du PC espagnol. En août, il participa à la conférence européenne pour la défense de la République espagnole et de la paix qui, ironie de l’histoire, se tint à l’Hôtel Lutétia dont il connaissait mieux les cuisines que les salons. Désigné comme membre d’une délégation, il partit pour l’Espagne le 27 août avec Jean Zyromski*, Eugène Hénaff* et le sénateur socialiste suédois Branting. Reçu par Companys à Barcelone et par Azana à Madrid, il conseilla au PCE, - le problème de la présence de communistes au gouvernement étant posé - de participer, ce qui fut réalisé.
Rentré à Paris le 15 septembre, il reçut à l’occasion de son quarantième anniversaire un hommage appuyé dans plusieurs articles de l’Humanité qui, le 9 novembre, citait « la camarade Duclos ». Et, le 4 janvier 1937, Jacques Duclos épousait Gilberte Roux (on trouve parfois Gilberte Boulnot, sa mère s’étant remariée). Née le 18 décembre 1911, à Lyon dans une famille ouvrière, son père était mort au front en décembre 1914. Son beau-père était ouvrier à la TCRP, militant communiste et syndicaliste. Elle s’installa à Paris en 1924 et devint infirmière. Elle adhéra aux Jeunesses communistes puis au Parti communiste et fut secrétaire de la cellule des Cochers-Chauffeurs dans le XIXe arrondissement. Elle cessa ses activités professionnelles après la guerre en raison d’une grave maladie pulmonaire. Gilberte Duclos fut vice-présidente de l’Amicale des vétérans du Parti communiste français jusqu’à sa mort survenue le 8 août 1990.
C’est après ce mariage qu’il emménagea dans un petit logement 258 bis rue de Paris à Montreuil puis, début 1939 dans un pavillon de Montreuil mis à sa disposition par le Parti et qu’il habitera jusqu’à sa mort.
De février à avril 1937, il s’occupa très activement de l’Espagne. Fin février, il rencontra à nouveau L. Caballero et, surtout, supervisa la préparation d’un important congrès du PC espagnol. Le 11 mars, il partit pour Londres représenter le PCF au Comité international de coordination et d’information pour l’aide à l’Espagne républicaine. Le 21 avril, il fut le principal organisateur d’une réunion secrète des partis communistes européens qui se tint à Paris, réunion destinée à intensifier l’aide à l’Espagne, à étudier les problèmes s’y rattachant et à assurer la prédominance du PC espagnol.
Parallèlement, Jacques Duclos consacra toute l’année 1937 à de grandes campagnes politiques qui seront reprises en 1938-1939 : soutien aux petits propriétaires, aux retraités, aux commerçants, aux fonctionnaires, lutte contre la fiscalité trop lourde, pour la révision du budget, etc. Il devint ainsi le responsable attitré de l’ouverture communiste vers les classes moyennes. En septembre-octobre, il fut à la tête de la campagne pour les élections cantonales, multiplia les meetings puis participa au congrès d’Arles des 25-29 décembre 1937 où il prononça un rapport sur l’unité socialiste-communiste et fut reconduit dans ses fonctions de secrétaire du Parti.
Le 13 janvier 1938, il fut réélu vice-président de la Chambre. Fin mars, il était à nouveau en Espagne. Puis il se consacra au problème des intellectuels et de la culture. Il prononça le 1er juin à la Maison de la Chimie à Paris, une conférence restée célèbre, éditée sous le titre Les droits de l’intelligence, complétée par un article le 1er août dans l’Humanité (« Communisme et liberté de création ») et il mena à son terme, avec l’aide de Fried assisté de Jean Bruhat*, la fondation d’un Musée de l’Histoire, inauguré en sa présence à Montreuil le 25 mars 1939. Il consacra aussi beaucoup de temps à représenter le PCF dans de nombreux congrès : Paix et Liberté, Secours populaire de France, congrès national des Vieux, congrès national des Jeunesses communistes, etc.
C’est en vacances dans les Pyrénées que Jacques Duclos apprit, le 23 août 1939, la nouvelle du Pacte germano-soviétique. Rentré d’urgence à Paris, il prépara dès ce moment, le passage de la direction dans la clandestinité, tout en participant aux différentes réunions du groupe parlementaire communiste qui fut secoué par une vague contestataire. Une nouvelle fois, il se montra totalement fidèle à l’URSS, à Staline, à l’IC et soutint fermement Maurice Thorez. Ce dernier étant mobilisé, Duclos devint le dirigeant suprême du Parti. Après la dissolution du PCF par le gouvernement, survenue le 26 septembre et la constitution le 28 d’un « groupe ouvrier et paysan français » présidé par A. Ramette et dont le secrétaire était F. Bonte, il appliqua l’évolution, voulue par l’IC, de la politique communiste qui, d’abord favorable à la défense nationale et à la lutte antifasciste, s’orienta bientôt vers la dénonciation de la « guerre impérialiste ». Il contrôla personnellement la rédaction, l’impression et la diffusion de la Lettre signée de F. Bonte et de A. Ramette, remise le 1er octobre au nom du groupe parlementaire ex-communiste au président Herriot et qui, en demandant l’ouverture de négociations de paix avec l’Allemagne, marquait nettement la transformation de la politique antifasciste et patriotique du PCF et son alignement sur la stratégie stalinienne.
Puis Jacques Duclos passa dans la clandestinité. D’abord caché en grande banlieue, il rejoignit E. Fried en Belgique d’où, d’octobre 1939 à juin 1940, il dirigea le PCF alors que M. Thorez était parti pour Moscou.
Depuis la mi-septembre, Jacques Duclos ne dormait plus chez lui et passait le plus souvent la nuit à la « Maison des carpes » d’Épernon, louée par Émile Colin*, député du XVIIIe arr. Sa présence fut cependant signalée au Palais-Bourbon jusqu’au début octobre. Selon G. Bourgeois, Duclos informa, le 4 octobre dans l’après-midi, Ramette de leur départ pour Bruxelles afin de rencontrer des représentants des Parti communistes d’Europe du Nord. C’est dans la nuit, à Tourcoing, qu’ils apprirent par la radio les perquisitions entreprises chez les signataires de la « Lettre à Herriot ». Ils se rendirent d’abord à Bruxelles pour constater que la réunion était décommandée (témoignage de Ramette). Les communistes français clandestins présents en Belgique se réunirent à Bruges, le 8 octobre, dans une maison achetée par Auguste Jory* et où logeait le couple Tréand. Gilberte le rejoignit à Bruges courant décembre. Ils vécurent à Uccle puis à Ixelles (pour plus de précisions, voir Guillaume Bourgeois, Communistes et anticommunistes pendant la drôle de guerre, Thèse de IIIe cycle, Paris X, septembre 1983).
Selon Crémieux et Estager (op. cit.), Duclos quitta Bruxelles le 6 juin en compagnie de Fried et Tréand, dans une voiture conduite par Alphonse Pelayo. Après un arrêt de plusieurs jours aux abords d’Arras, Duclos d’une part et Tréand de l’autre gagnèrent Paris par des voies encore ignorées. Il semble que Duclos arriva dans la capitale le 12 ou le 13 juin. Caché, selon son témoignage, rue de la Verrerie, IVe arr., il assista à l’entrée des Allemands dans Paris. En l’absence de la direction « intérieure » (Benoît Frachon, F. Cadras, A. Dallidet) sur la route de l’exode, Duclos était le principal responsable communiste présent à Paris lorsque son adjoint Maurice Tréand* prit contact, le 17 juin, avec les occupants pour obtenir la reparution de l’Humanité. Ces négociations finalement échouèrent.
On discute encore pour savoir dans quelles conditions ces démarches purent avoir lieu. Dans le tome 3, 1re partie, p. 55 de ses Mémoires, Jacques Duclos s’en est ainsi expliqué : « Des camarades animés sans aucun doute de bonnes intentions et qui, par la suite, se battirent courageusement contre les occupants, pensèrent que la presse du Parti pourrait paraître légalement puisqu’aussi bien d’autres journaux étaient publiés. Ils firent donc des démarches en ce sens. La direction du Parti désavoua ces démarches, et les auteurs reconnurent leur erreur.
« Mais le Parti fut amené, par contre, à exclure deux adhérents qui avaient eu dans cette affaire des préoccupations tendant à nuire au Parti dans l’intérêt des occupants hitlériens et des traîtres de Vichy. »
L’historien peut légitimement douter que les démarches qui durèrent du 17 juin au 27 août 1940, en vue de la parution légale de la presse communiste, aient été accomplies par des militants comme Maurice Tréand*, Jean Catelas*, Denise Ginollin* et Robert Foissin* sans qu’ils en aient reçu consigne de l’IC et de la direction du PCF, de Jacques Duclos en l’occurrence (cf. Denis Peschanski, « La demande de parution légale de l’Humanité », Le Mouvement social, n° 113, octobre-décembre 1980). Denise Ginollin n’avait-elle pas été arrêtée par la police française le 20 juin, porteuse des manuscrits du projet d’Humanité légale et d’un billet signé « Léo », le pseudonyme employé alors par J. Duclos (Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, Temps actuels, 1983, p. 358).
Compte tenu de la permanente menace qui pesait sur lui, Jacques Duclos fut amené à changer à maintes reprises de domicile. De la rue de la Verrerie, il passa boulevard Mortier dans le XXe arr. puis, après un bref séjour à Antony, il logea dans le XVe arr., d’abord rue de l’Abbé Groult puis fin 1940, toujours dans le XVe arr., avenue de la Porte de la Plaine où il se trouvait encore lorsque Hitler attaqua l’URSS le 22 juin 1941. Après avoir séjourné quelque temps à Bourg-la-Reine, il vint s’installer dans un autre pavillon près de Palaiseau, au début de 1942.
S’apprêtant à écrire le tome 3 de ses Mémoires 1940-1945, « j’ai décidé, écrit Duclos, de prendre l’Humanité clandestine, dont je fus à l’époque le principal rédacteur, comme trame de mon récit » (cf. p. 11). Il ne saurait être question de résumer cette histoire de la France occupée et des luttes de communistes vues par le principal dirigeant du Parti et nous nous bornerons à noter que Jacques Duclos affirme que c’est bien le 10 juillet que le texte de l’Appel ainsi daté fut remis à l’imprimeur R. Tirand dont l’atelier était situé boulevard Poniatowski dans le XIIe arr. Cet Appel, sur fond de lutte contre la guerre impérialiste mais aussi contre le gouvernement de Vichy comportait des accents patriotiques.
C’est le 15 mai 1941 que le Parti communiste lança l’appel à la formation d’un « Front national de lutte pour l’indépendance de la France » et des contacts furent pris peu à peu avec les milieux résistants les plus divers : laïcs et religieux, médecins, écrivains, syndicalistes Et puis, le 22 juin 1941, ce fut la ruée des armées hitlériennes vers l’URSS et, bien évidemment, le Parti communiste et son principal leader mirent tout en œuvre pour donner à la lutte un nouvel élan.
Cette lutte entraînait de sévères représailles (arrestations et fusillades d’otages), qui affectèrent personnellement Jacques Duclos. Mais, il poursuivit dans cette voie malgré les pertes et bien qu’en février 1942, ses adjoints les plus proches aient été arrêtés (F. Cadras, G. Politzer, D. Casanova, etc. et surtout A. Dallidet, son principal agent de liaison). Faisant preuve d’une volonté et d’un courage peu communs, il réussit à renouer les fils de l’organisation centrale qui, sous l’impulsion de R. Dallidet et de A. Lecœur, fut rendue quasiment inviolable grâce à des mesures de sécurité draconiennes.
Dès la fin de 1942, sous l’effet du renversement du rapport des forces militaires (Stalingrad, El Alamein, débarquement allié en Afrique du Nord) et politiques en France même (lutte accrue de la classe ouvrière en zone sud contre la Relève, puis de la jeunesse contre le STO et apparition des premiers maquis), Duclos put à loisir développer une politique d’alliance avec les forces gaullistes, tout en renforçant au maximum les positions communistes dans tous les secteurs (au CNR, au CFLN, au COMAC, dans la CGT, etc.) et en combattant l’attentisme.
Le 25 août 1944, Jacques Duclos, par la rue Didot, XIVe arr., faisait son entrée dans Paris avec Benoît Frachon à bord d’une voiture FFI. Après avoir réintégré le siège du Comité central, Duclos se remit au travail comme premier dirigeant du PCF, de Gaulle n’ayant pas autorisé Thorez à rentrer en France. Dès le 31 août, il organisa une réunion du Comité central où il prononça un discours pour lequel, après avoir salué les morts de la Résistance, il passa en revue ce qu’avait été l’action du Parti durant les cinq années écoulées puis traça, mais en termes très généraux dans l’attente du retour de Maurice Thorez, ce que pouvaient être maintenant les tâches qui attendaient le Parti et ce que devait être le gouvernement de la France.
Le 6 septembre, il fut reçu par le général de Gaulle qui le 9 septembre accorda aux communistes deux ministres dans son gouvernement : Charles Tillon* à l’Air, François Billoux* à la Santé publique. Simultanément, Jacques Duclos prit place à l’Assemblée consultative comme leader du groupe communiste. Dès que Thorez rentra à Paris le 27 novembre 1944, Duclos redevint le numéro deux du PCF. Jamais il n’aura cherché au cours ou au lendemain de la guerre, à supplanter le secrétaire général - qui lui en demeurera reconnaissant - et avec qui il travaillera en totale complémentarité. Mais Duclos restera l’homme clef du PCF et en supervisera quotidiennement l’activité, tout en s’occupant particulièrement de la propagande et des élections.
De 1945 à 1947, Duclos joua un rôle politique et parlementaire de tout premier plan. Le 19 juin 1945, c’est lui qui proposa à l’assemblée la nationalisation des banques, assurances, électricité, sidérurgie, chimie et de la marine marchande. Le 8 novembre, il était élu vice-président de l’Assemblée constituante. Il rencontra à nouveau de Gaulle les 14 et 20 novembre, d’abord seul puis avec Maurice Thorez, et ils obtinrent cinq ministères. Le 29 novembre, il fut élu vice-président de la commission des finances à l’Assemblée.
Il participa aussi très activement aux campagnes électorales et exerça sa propagande en toutes directions, que ce soit le 17 mars 1946 assistant au banquet des Amis de la Commune ou le 20 mars prononçant aux Ambassadeurs une conférence sur le thème « La France et son destin » devant une assistance choisie. Il fut durant ces deux années, le principal responsable communiste dans les négociations de réunification PCF-SFIO qui finalement échoueront avant de voir l’exclusion des communistes du gouvernement le 5 mai 1947. C’est d’ailleurs sur ce thème de « l’Unité » qu’il présenta un important rapport au Xe congrès du PCF (25-27 juin 1945) à Paris. Comme au temps du Front populaire, précédente période « d’ouverture politique », Duclos a donné, dans les trois années qui ont suivi la Libération toute la mesure de ses talents de politique, de tacticien, de négociateur et de propagandiste.
L’attrait qu’il éprouvait pour le parler, pour l’éloquence, qu’elle soit parlementaire ou publique, fit qu’il consacra une dizaine de pages à cette question dans son Introduction au tome 4 de ses Mémoires (cf. « Sur la brèche », 1945-1952). Passant en revue les discours des grands orateurs français de la Révolution de 1789 à nos jours, il leur consacra des pages passionnées, qu’il s’agisse de Danton ou de Robespierre, de Jaurès ou de De Gaulle, sans négliger pour autant un « populaire » comme Jean-Pierre Timbaud*. Sachant qu’il avait conquis lui-même en ce domaine « une certaine audience » et qu’il était conseillé dans une école d’orateurs du Quartier latin de « travailler Jacques Duclos », il s’est plu à rappeler le jugement de Marcel Cachin* qui le considérait comme « l’un des meilleurs orateurs populaires » du pays et il sut jouer de ce don et le mettre au service du Parti.
Jacques Duclos conservait également à cette époque d’importantes fonctions dans le mouvement communiste international. Dès avril 1945, il signait un long article dans les Cahiers du Communisme, paru en juin sous forme de brochure, où il stigmatisait les dirigeants du PC américain, en particulier Earl Browder qui, en 1944, ayant interprété à leur manière la dissolution de l’Internationale communiste survenue en mai 1943, avaient dissous le parti et l’avaient remplacé par une sorte de Cercle de propagande dénommé Association politique communiste. Son article sera répercuté dans toute la presse communiste et Browder remplacé à la tête de l’organisation américaine qui se reconstituera en tant que parti. En avril 1946, Duclos se rendra en Tchécoslovaquie pour représenter le PCF au congrès du PC tchèque. En juillet, il était à Bruxelles où il reprenait contact direct avec la direction du Parti belge qu’il supervisait déjà avant la guerre.
L’exclusion, début mai 1947, des ministres communistes du gouvernement, en inaugurant la période de guerre froide, allait jeter le PCF dans un processus d’isolement et amener Jacques Duclos à présenter une face très différente de sa personnalité, rappelant le révolutionnaire « pur » et « dur » des années 1928-1934. Le 6 mai 1947, encore optimiste et envisageant un rapide retour des communistes au pouvoir, il déclarait : « Nous continuerons à agir en grand parti de gouvernement. » Le 7 mai, dans une interview au New York Herald Tribune, il confirmait que le PCF n’est que « momentanément » exclu du gouvernement. Encore le 25 juin, au XIe congrès du PCF à Strasbourg, il présentait un rapport sur l’unité PCF-SFIO. Mais la modification des rapports internationaux et la création du Kominform bouleversera brutalement cette vision optimiste et conciliatrice, caractéristique, semble-t-il, du tempérament profond de Duclos. Du 22 au 27 septembre 1947, se tint en Pologne, à Szklarska-Poreba, une conférence de neuf Partis communistes des PC d’Europe de l’Est, d’URSS, de France et d’Italie. Jdanov y prononça son fameux « Rapport » annonçant la coupure du monde en deux camps. Duclos assisté de Fajon, y représenta la délégation française. Dans ses Mémoires, il a noté que « cette conférence fut assez pénible pour nous, délégués français, car certaines délégations [yougoslaves et bulgares] semblaient décidées à faire en quelque sorte notre procès ». Jdanov de son côté, se montra très critique envers les communistes français qui s’engagèrent à corriger leurs fautes politiques.
Dès lors, le PCF se tourna résolument vers l’agitation et la propagande « anticapitaliste » et « anti-impérialiste » et Duclos adopta sans problème apparent le ton nouveau. De 1948 à 1953, il se fera remarquer par des discours « de combat », en particulier celui du 19 novembre 1948 à l’Assemblée contre Jules Moch*, ministre de l’Intérieur ; il était aussi à la tête de toutes les campagnes contre la guerre d’Indochine, contre la vie chère, contre la présence américaine en France, et il participait bien entendu aux campagnes électorales. En mai-juin 1949, il dirigea une délégation en Algérie, pour le Ve congrès du PC algérien, et acheva sa tournée par un grand meeting à Alger le 6 juin. Depuis les sévères critiques qu’il avait dû subir en septembre 1947, Duclos se montrait en toutes occasions fidèle aux orientations politiques définies par Staline, ainsi lors d’une conférence, il justifia, avec Pierre Courtade et Jean Baby*, les procès dans les pays de l’Est, en particulier la sentence de mort contre Rajk et il écrivit dans la revue du Kominform de nombreux et violents articles contre Tito mis au ban du mouvement communiste depuis juin 1948 (Pour une paix durable, pour une démocratie populaire, 1er juillet 1949 : « Les nationalistes yougoslaves agents de l’impérialisme », 4 juillet 1950 : « Le peuple yougoslave se débarrassera de la clique des traîtres »).
À la même époque, Jacques Duclos, spécialiste à la Chambre des questions économiques et financières, mit en place la Section économique du PCF. Sous sa présidence, elle réunit des syndicalistes, des économistes, des enseignants (en particulier J. Baby, H. Claude, J. Berlioz, C. Hilsum) et des invités. Elle prendra une forme plus adaptée avec la création de 1954 d’Économie et politique sous la responsabilité de J. Pronteau (Henri Jourdain*, Comprendre pour accomplir, Éditions sociales, 1982, p. 99).
Le 10 octobre 1950, Maurice Thorez était victime d’une hémiplégie et tout naturellement c’est Duclos qui fut désigné comme secrétaire général par intérim, tandis que Thorez était transporté en URSS pour y être soigné. Après quelques mois d’une direction routinière (réunions du bureau politique, interventions à la Chambre, etc.), Jacques Duclos se heurta à de graves difficultés, à la fois dans et hors du Parti. Dans le Parti, il dut sans cesse tenir compte des luttes personnelles qui se développaient en raison de l’éloignement momentané du leader incontesté, Thorez, et qui entraînaient un certain désordre dans l’établissement de la ligne politique. En dehors, il se heurtait en pleine guerre froide, à des gouvernements violemment anticommunistes qui adoptaient une politique de répression ouverte contre le PCF.
D’entrée de jeu, les Soviétiques montrèrent la grande importance qu’ils attachaient à la lutte du PCF contre les impérialismes français et américain, et la haute estime où ils tenaient Duclos. Celui-ci, en vacances « de travail » en URSS du 15 juillet au 5 août 1951, fut reçu longuement à Moscou par Staline qu’il revoyait pour la première fois depuis 1928. Avec sa femme qui l’accompagnait, il rencontra aussi à plusieurs reprises à Naltchik, capitale de la République caucasienne de Kabardri, Maurice Thorez à qui il ne cessait de prouver sa fidélité (articles dans l’Humanité : 24 avril 1951 « À l’exemple de Maurice Thorez », 16 juillet 1951 « L’immense portée des Œuvres de Maurice Thorez », etc.).
De retour à Paris, il continua à appliquer une ligne dure et c’est sous son autorité que furent lancés des appels de plus en plus véhéments à la lutte contre la guerre d’Indochine (fraternisation avec le Viet-Minh, refus des dockers de charger les bateaux d’armes, travail antimilitariste dans l’armée et la jeunesse). Mais derrière l’impérialisme français, c’est l’impérialisme américain qui était visé et c’est sous la responsabilité de Duclos et de Guyot que s’organisa une très violente manifestation (interdite) contre la venue du général Ridgway à Paris, le 28 mai 1952. Au soir de cette journée d’émeute, et alors que, venant du siège de l’Humanité il rentrait chez lui en voiture, Jacques Duclos, sa femme, son chauffeur et son garde du corps furent arrêtés. En dépit de son immunité parlementaire et sous le prétexte d’un flagrant délit, Jacques Duclos fut inculpé et incarcéré au quartier politique de la prison de la Santé qu’il avait déjà connu en 1927. Le ministre de l’Intérieur venait de faire coup double : il décapitait le PCF et, en récupérant, dans la serviette de Duclos, son cahier de notes du bureau politique, il alimentait la thèse d’un complot communiste (« le complot des Pigeons ») imaginaire, il convient de le dire, et s’efforçait de justifier la répression qui se renforçait.
Malgré une faible mobilisation populaire et grâce à l’intervention de nombreuses personnalités françaises et étrangères, Duclos fut remis en liberté le 1er juillet, après un mois de détention et il défila en tête du cortège communiste le 14 juillet à Paris. Le gouvernement poussa son avantage et, le 21 octobre, demanda la levée de l’immunité parlementaire de cinq députés communistes : Duclos, Billoux, Fajon, Guyot, Marty. Lors de la réunion du Comité central du 5 décembre, Duclos se livra à une autocritique personnelle qu’il exprima ainsi (cf. Mémoires, tome 5, p. 43-44) :
« Notre dénonciation de la politique gouvernementale de fascisation aurait donc dû nous conduire à considérer que la manifestation contre Ridgway amènerait le gouvernement à prendre des mesures exceptionnelles.
« C’est parce que nous n’avons pas vu ça, parce que, personnellement, je n’ai pas vu ou que j’ai négligé cet aspect du problème qui découlait cependant de notre propre analyse des événements, que les mesures de vigilance indispensables n’ont pas été prises, comme elles l’avaient été en d’autres circonstances, sous l’impulsion de Maurice Thorez.
« Et c’est à cause de cela que, le 28 mai, mon arrestation put se produire.
« J’ai à peine besoin de rappeler que, de ce fait, la victoire de la classe ouvrière et du peuple de Paris que fut la manifestation du 28 mai fut estompée et que l’orientation générale de l’activité du Parti en direction de la défense de la paix dut être modifiée en direction de la liquidation du complot du fait de la situation [...] ; mais l’exécution de ce plan aurait pu être mise en échec si j’avais fait preuve personnellement d’une plus grande vigilance.
« Je ne vous apprendrai pas grand-chose en vous disant que toutes ces préoccupations m’ont hanté durant tout le temps de mon emprisonnement. »
Les difficultés auxquelles se heurtait le PCF furent encore accrues par plusieurs évictions au sein de la direction. En effet, le 26 mai 1952, devant le Secrétariat présidé par Duclos, Léon Mauvais* présenta un rapport mettant directement en cause André Marty*, numéro trois du PCF, pour « activités fractionnelles » avec Tillon. Après l’arrestation de Duclos, l’affaire fut mise en sommeil mais, dès le 1er septembre, toujours sous la présidence de Duclos, les accusations furent réitérées contre Marty et Tillon. Et, le 4 septembre, le Comité central entérina que les deux accusés étaient déchargés de toute responsabilité de direction. Puis l’affaire s’envenima jusqu’à l’exclusion de Marty du PCF en décembre 1952 tandis que Tillon, profondément atteint, se retirait dans le Midi. Parallèlement, Georges Guingouin*, ancien « préfet du maquis », étaient exclu du Parti le 5 novembre à la suite d’une campagne engagée contre lui par Duclos lors d’un meeting à Nantiat (Haute-Vienne) à la fin de septembre.
Jacques Duclos a donc joué un rôle déterminant dans ces exclusions. Certes, il ne faisait que répercuter en France le processus des grands procès qui s’étaient tenus dans les pays de l’Est depuis 1949. Mais on saisit mieux à cette occasion certains traits de son caractère. Il connaissait très bien Tillon avec qui il avait traversé les dangers de la clandestinité de 1941 à 1944 et avec qui il venait de mener une campagne électorale dans la 6e circonscription de la Seine en juin 1951 ; il connaissait aussi très bien Marty avec qui il avait organisé des tournées de propagande qui les avaient conduits l’un et l’autre en prison en 1927, et avec qui il avait suivi de près l’évolution du PC espagnol. Il n’avait sans doute pour eux qu’une amitié relative mais pouvait apprécier leurs capacités militantes. Il n’en a pas moins dirigé leur éviction pour l’essentielle raison qu’elle était estimée indispensable en haut lieu au renforcement du camp de la révolution. Chez Jacques Duclos « l’intérêt supérieur » du Parti et de l’Internationale a toujours déterminé son attitude politique et il lui a sacrifié au besoin tous sentiments personnels. Cet homme, de tempérament jovial, optimiste mais aussi sensible, a su se montrer le gardien intransigeant de l’orthodoxie au service du Parti. Il a joué d’ailleurs le même rôle dans le mouvement communiste international : Espagne, Italie, Belgique, USA
L’année 1953 fut marquée pour Jacques Duclos et pour tout le mouvement communiste par un événement lourd de conséquences : le 5 mars, alors que venait de s’ouvrir une conférence nationale du PCF à Gennevilliers, éclata la nouvelle de la mort de Staline et c’est Duclos, « d’une voix que voilaient les larmes » (cf. Humanité), qui prit la parole devant un Comité central pétrifié et debout : « Notre camarade Staline est mort. » Après une minute de silence, la conférence fut annulée et une délégation comprenant Duclos partit assister aux obsèques à Moscou. La mort de Staline allait ébranler tout l’édifice communiste. Thorez rentra dès le 10 avril à Paris et Duclos reprit sa place d’adjoint. Dès le 14 juillet, Duclos pour le PCF et d’autres responsables communistes étaient appelés à Moscou. Là on leur annonça la destitution et l’exécution de Béria et on commença à parler des « crimes » de Staline. Duclos fut chargé de rendre compte au PCF, ce qu’il fit devant le bureau politique. Mais, sans doute en accord avec Thorez, il tut ce qui concernait Staline. Quand, en août, Lecœur se rendit en vacances en URSS, il fut questionné et informé par Souslov et, rentré à Paris, il aurait parlé (selon A. Lecœur) du cas Staline au Secrétariat. Mais Thorez et Duclos, totalement à la mémoire de Staline et à la vieille garde stalinienne (Molotov, Malenkov, Kaganovitch) avaient décidé de bloquer tout processus de « déstalinisation ». Devant le Comité central le 23 octobre, Duclos attaqua Lecœur sur des questions d’organisation. Ce n’était qu’un début et l’attaque définitive allait être portée par un rapport de Duclos devant le Comité central le 6 mars 1954, doublée d’un meeting du même Duclos dans le fief de Lecœur à Sallaumines le 19 mars. Duclos en termina avec Lecœur dans un long article de l’Humanité (« Après Marty, Lecœur ! ») qui précédera de peu l’exclusion définitive, le 16 novembre 1954, de celui qui avait été un temps le dauphin.
Les attaques contre Staline avaient ressoudé la direction Thorez-Duclos. Ce dernier présenta un rapport au Comité central de juin 1953 et il fut le principal rapporteur du XIIIe congrès du Parti (3-8 juin 1954). Il cita longuement Thorez, Staline, Malenkov, Molotov mais pas une seule fois Khrouchtchev. Lors du XXe congrès du PC d’Union soviétique en février 1956, la délégation du PCF comprenait Thorez, Duclos, Cogniot et Doize. Rentré à Paris et alors que la délégation française avait eu connaissance du « rapport secret » de Khrouchtchev, Duclos fit ovationner le nom de Staline lors d’un grand meeting le 9 mars et pendant plus de deux ans, il défendit les positions anti-khrouchtchéviennes dans le mouvement communiste international et ce, au nom du PCF et de Maurice Thorez dont il demeurait le fidèle second (ils furent les deux seuls rapporteurs au XIVe congrès du Parti au Havre, 18-22 juillet 1956).
Jacques Duclos se rendit en Pologne en mars à l’occasion des obsèques de Biérut, puis à Bruxelles en juin. Après des vacances en URSS au mois d’août, sa mission la plus importante le conduisit en Chine où il passa un mois, de septembre à octobre 1956, à l’occasion du VIIIe congrès du PC chinois 15-28 septembre. À Pékin, il eut à plusieurs reprises de longues conversations avec Mao Tsé-toung et il approuva pleinement les décisions prises par le congrès et, dans ses Mémoires, t. 5, p. 269-270, il cite en tête des principes directeurs à observer concernant les affaires internationales : « continuer à consolider et à renforcer notre amitié fraternelle, éternelle et indestructible avec la grande Union soviétique et tous les pays de démocratie populaire », ce qui paraît bien condamner la notion de « polycentrisme » avancée le 17 juin par le secrétaire général du Parti communiste italien, Palmiro Togliatti. Pour son 60e anniversaire, Jacques Duclos fut fêté spectaculairement par les Chinois, les Russes, les Bulgares, les Allemands de l’Est, les Hongrois, les Tchèques, tout ce que le mouvement communiste comptait alors d’orthodoxes. Rentré à Paris, Duclos publia coup sur coup, les 3 et 12 novembre 1956, deux éditoriaux dans l’Humanité : l’un « La démocratie soviétique » et l’autre « Vive la Hongrie socialiste » où il approuvait largement l’intervention soviétique.
En décembre, il dirigea la délégation française au VIIIe congrès du PC italien et, après un rituel salut au PCI et à son secrétaire général P. Togliatti, il déclara que le Parti communiste français s’inspirait dans son activité « des décisions du XXe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique qui a ouvert de grandes perspectives au mouvement ouvrier international en montrant la force grandissante du camp socialiste devenu, désormais, un système mondial » ; il combattit « toute tendance à interpréter le XXe congrès dans le sens de l’abandon des principes du marxisme léninisme » et se montra « convaincu de la nécessité de renforcer les liens de solidarité internationale unissant les partis communistes et ouvriers » et, pour finir, célébra « l’unité idéologique et organique de nos rangs » gage de la victoire finale. (Mémoires, t. 5, p. 292-293-294). En mai 1957, il se rendit en RDA puis en novembre, en URSS où, à l’occasion du 40e anniversaire de la révolution d’Octobre, se tenait une réunion des Partis communistes. Il y apparut au premier rang de la tribune. Et, en décembre, il fut à la tête de la délégation française au congrès du PC tunisien. Durant toute cette période, 1956-1958, Jacques Duclos sembla superviser la politique du PCF dans le mouvement communiste, assisté de Jacques Denis. Il y mena une politique en faveur du maintien de la centralisation et de la rigidité du système stalinien, bien que la vieille garde, Molotov notamment, ait été exclue du Comité central soviétique pour « activités fractionnelles » en juillet 1957.
Cependant, en 1957, deux coups l’avaient frappé durement : en juin la mort de son frère Jean et, en décembre, la disparition de sa mère. Et puis ses activités et déplacements incessants l’avaient fatigué et il n’avait pas retrouvé son tonus pour mener sa campagne lors des législatives de 1958 qui furent marquées, au niveau national, par un net recul du PCF face à la vague gaulliste. Le 23 novembre, il fut en ballottage à Montreuil où il fut battu le 30, avec seulement 21 252 voix contre 29 662 à son adversaire UNR. Pas une voix du candidat socialiste ne s’était reportée sur lui. Ce fut un coup qui l’affecta profondément, à la fois comme dirigeant communiste et comme parlementaire qui perdait momentanément sa tribune. Il lui faudra attendre le 26 avril 1959 pour être élu sénateur de la Seine et président du groupe communiste au Sénat.
Au XVe congrès du PCF (24-28 juin 1959) Thorez fut seul rapporteur et Duclos se contenta d’une intervention. En août 1960, revenant d’une délégation au congrès du Parti socialiste de Cuba, il ressentit une forte douleur à la poitrine. À Moscou où il était arrivé en vacances avec sa femme, on détecta un accident cardiaque et il fut contraint à un repos forcé de plusieurs mois dans un sanatorium à une trentaine de kilomètres de Moscou. Il ne rentra en France que le 28 novembre et partit en convalescence dans la Nièvre où sa femme possède une maison. Au XVIe congrès du PCF (11-14 mai 1961), ce fut Waldeck Rochet* qui prononça le rapport général et qui devint secrétaire général adjoint. Duclos n’intervint pas. Pourtant, il s’éleva contre « les positions opportunistes des camarades Marcel Servin et Laurent Casanova », dans un long article des Cahiers du Communisme de mai 1961. Fin 1963, il dut encore subir une intervention chirurgicale et fut opéré d’un calcul de l’uretère. Il apparaissait comme un homme fatigué, malade. Subissait-il en outre une certaine « disgrâce » ? D’une part, dans les dernières années de sa vie, Thorez et sa femme accaparèrent le pouvoir à la tête du Parti. Mais surtout, à partir de la querelle sino-soviétique, Duclos devenait peut-être gênant dans le rapprochement, du moins apparent, que Thorez opérait vers la nouvelle direction soviétique dominée par Khrouchtchev. Les excellentes relations de Duclos avec les Chinois en 1956 avaient été, vraisemblablement, remarquées. La « disgrâce » de Duclos fut particulièrement visible au XVIIe congrès du PCF (Paris, 14-17 mai 1964). Il n’y fit aucune intervention et, surtout, quitta le Secrétariat du Comité central, demeurant toutefois au bureau politique au moment même où Waldeck Rochet*, l’homme de l’aggiornamento, était confirmé dans son statut de successeur de Thorez. C’est l’époque où il se mit à écrire des ouvrages historiques. Mais, en cinq mois, ce processus de marginalisation allait être freiné, stoppé puis inversé à la suite d’une série d’événements qui allaient ramener pour dix ans Jacques Duclos au centre de la vie intérieure du PCF, de la vie politique française et de la vie du mouvement communiste. Le 12 juillet 1964, Maurice Thorez mourut brusquement à bord du bateau soviétique Litva alors qu’il se rendait en vacances en URSS. Dès le 17 juillet, le Comité central se réunit sous la présidence de Duclos et, si W. Rochet insista sur la direction collective du Parti, Duclos insista, lui, sur l’unité du Parti : nuances significatives. Le comité central, réuni les 9 et 10 octobre vit Georges Marchais présenter le rapport général, Duclos celui sur les élections municipales et Roland Leroy celui sur le mouvement communiste. Dès lors des courants divers et opposés se firent jour, semble-t-il, au sein de la direction. La chute de Khrouchtchev le 15 septembre allait provoquer un brutal reclassement des forces et Duclos, à soixante-dix ans, réussit alors un retour sur la scène politique communiste et française En tant que principale figure historique du PCF mais aussi comme fidèle de la fraction la plus stalinienne de la direction soviétique, il n’allait cesser de « suivre » W. Rochet, à la fois caution indispensable au nouveau secrétaire général et permanent contrepoids à toute politique trop libérale. En septembre 1965, il fut le seul membre de la direction aux côtés de W. Rochet qui annonça le soutien du PCF à François Mitterrand, pour les élections présidentielles. Et, image prémonitoire, l’Humanité montra, à la conférence de presse du 17 juin 1966, un W. Rochet entouré à gauche de Jacques Duclos et à droite de Georges Marchais.
Cette activité allait d’ailleurs se porter sur le terrain international. En octobre 1965, Duclos rencontra Novotny, chef du PC tchèque, à Prague, et, en janvier 1966, il dirigea la délégation française au congrès de ce parti. En mai 1966, il accompagna W. Rochet dans une rencontre avec le PC italien à San Remo. En mars 1968, il conduisit une délégation du PCF à Hanoï ; en novembre de la même année, il fut membre de la délégation qui se rendait en URSS demander des éclaircissements aux Soviétiques sur l’intervention en Tchécoslovaquie. En février 1969, il dirigea la délégation du PCF au congrès du PC italien et il intervint en faveur de l’unité et de la cohésion du mouvement communiste international. Encore en décembre 1971, il alla au Chili où il rencontra le Président Allende. Il participa en juillet 1972 à la conférence des PC européens réunis à Paris pour soutenir le Vietnam, et l’Humanité publia sa photo en compagnie de Boris Ponomarev.
Toute cette activité semblait guidée par deux grands principes : la fidélité à la tradition marxiste-léniniste, au souvenir de la révolution d’Octobre, et le soutien inconditionnel à la politique soviétique. De 1967 à 1969, il participa à de nombreuses manifestations commémoratives de la tradition. D’octobre à décembre 1967, à l’occasion du 50e anniversaire d’Octobre 1917, il fit une série de neuf conférences dans les grandes villes françaises. En mai 1968, il participa à Berlin-Est aux fêtes du 150e anniversaire de Karl Marx. Le 14 mars 1969, il publia dans l’Humanité un article en première page, pour le 50e anniversaire de la naissance de l’IC. Encore en novembre 1969, il se rendit à Moscou et intervint longuement lors d’une conférence internationale sur Lénine. En 1970, il participa au n° 4 de La Nouvelle Revue internationale consacré au centenaire de Lénine, en compagnie des dirigeants historiques du mouvement communiste : K. Bagdache, D. Ibarruri, W. Ulbricht, Husak, Jivkov Il fut d’ailleurs très lié à ses vieux compagnons de l’IC, se rendit à Moscou lors des obsèques de Codovilla où il prononça un discours en présence de Ponomarev, Fedosseev, etc. Encore le 30 juillet 1972, il rendit visite à Suzanne Girault*, âgée de plus de 90 ans, l’une des premières dirigeantes du PCF.
Mais Jacques Duclos se distingua par le soutien qu’il apporta à l’URSS, par le respect du principe de « l’internationalisme prolétarien ». Il y revint à plusieurs reprises dans l’Humanité (22 janvier 1965), dans les Cahiers du Communisme (nos 10-11 d’octobre-novembre 1967, n° 12 de 1970), dans la Nouvelle Revue internationale (n° 2 de 1966, n° 2 de 1968, n° 4 de 1970). Encore dans son dernier éditorial aux Cahiers du Communisme, en janvier 1974, il conclut, ainsi un bilan de l’année 1973 : « Une des tâches permanentes des communistes demeure la lutte contre l’antisoviétisme, notamment en faisant connaître les progrès considérables accomplis par l’Union soviétique et les autres pays socialistes dans tous les domaines (économie, démocratie, vie culturelle, progrès social) ainsi que leur rôle décisif en faveur de la paix et des luttes des peuples pour leur indépendance ». Surtout Duclos se rangea résolument aux côtés des Soviétiques dans la question cruciale de la querelle sino-soviétique et, dans un très long éditorial de l’Humanité du 6 décembre 1966, il critiqua violemment Mao Tsé-toung. Le même thème sera d’ailleurs repris et développé par Georges Marchais dans son rapport au XVIIIe congrès du PCF le 4 janvier 1967.
En contrepartie, les Soviétiques le soutiendront régulièrement et de façon spectaculaire. En octobre 1966, le comité central du PC soviétique publia en son honneur pour ses 70 ans un communiqué bientôt suivi de messages des PC de Hongrie, de RDA, de Tchécoslovaquie, d’Argentine. En novembre 1967, il fit partie de la délégation envoyée à Moscou pour le 50e anniversaire de la révolution d’Octobre. Le 4 novembre, il accorda une interview à la radio soviétique et le 5, il représenta le PCF aux fêtes de Léningrad où il prit la parole immédiatement après Leonid Brejnev. En octobre 1971, pour son 75e anniversaire, il fut décoré de l’Ordre de Lénine qu’il reçut à Moscou des mains du Président Podgorny en février 1972. Son effigie illustra la page du 2 octobre 1971 dans le calendrier de l’Armée rouge et, au même moment, la RDA lui décerna l’Ordre de Karl Marx. Le 17 juin 1972, il reçut à Sofia le Prix Dimitrov. Autant de signes qui témoignent de la haute estime où il était alors tenu à Moscou.
La place de choix qui allait désormais lui être réservée lors des congrès du PCF montre qu’il avait retrouvé toute son influence au sein de la direction. Au XVIIIe congrès (4-8 janvier 1967), il intervint longuement sur la lutte du Vietnam, sur l’internationalisme prolétarien, et c’est à lui qu’échut l’honneur de prononcer l’allocution de clôture. Au XIXe congrès (4-8 février 1970) qui vit la désignation de Georges Marchais au poste de secrétaire général adjoint, Duclos prononça l’allocution d’ouverture où il insista sur la continuité du mouvement communiste. Surtout il présida l’avant-dernière séance où furent votés l’approbation au rapport Marchais et le projet de thèses. Enfin, au XXe congrès (13-17 décembre 1972), il apporta un soutien total à Georges Marchais, montrant par-là que la vieille garde historique était aux côtés du nouveau secrétaire général. Depuis 1970, il ne cessa de soutenir ouvertement G. Marchais. Le 21 juillet de cette même année, lors de la polémique qui opposa Ch. Tillon au secrétaire général sur le rôle de ce dernier en Allemagne pendant la guerre, c’est l’ensemble du BP qui prit très violemment à partie Tillon dans l’Humanité. Le 28 octobre 1971, lors de la visite du chef du Parti et de l’État soviétique à Paris, l’Humanité détailla longuement la rencontre entre Brejnev, Marchais et Duclos dans la maison même que Lénine avait habitée. Encore le 15 novembre 1973, il relaya Charles Fiterman dans l’Humanité pour promouvoir le livre de G. Marchais, « un livre indispensable », Le Défi Démocratique. Au printemps 1972, il joua un rôle non négligeable dans le rapprochement PC-PS. En février, il signa un long éditorial dans les Cahiers du Communisme où, sous le titre « La bataille pour changer de cap », il approuva totalement la politique mise en œuvre par G. Marchais de « l’Union populaire [...] rassemblement de toutes les forces ouvrières, démocratiques et nationales aspirant au changement de politique ». En juin, ce fut encore lui qui signa l’éditorial où il était écrit : « Comme l’a déclaré Georges Marchais, avec l’approbation unanime du Comité central, les représentants de notre parti sont prêts à élaborer ensemble avec les représentants du Parti socialiste, et cela immédiatement et sans désemparer, un programme commun de lutte et de gouvernement ayant pour objectif de transformer la société, aussi dépend-il du Parti socialiste qu’il s’engage résolument dans cette voie. » Ainsi Duclos, véritable symbole vivant de la période du Front populaire, apparaît-il comme le lien historique qui relie deux grandes phases d’union entre communistes et socialistes. Et, dans la nuit du 26 au 27 juin, le Programme commun était signé.
Cependant Jacques Duclos ne se contenta pas de mener une action efficace au sein de la direction. Il paya aussi de sa personne dans tous les secteurs de la propagande, en particulier au moment des campagnes électorales. En février-mars 1967, pour les élections législatives, il parcourut la France. En septembre 1968, il fut réélu sénateur de Seine-Saint-Denis. En mars 1969, il participa activement à la propagande contre le référendum du général de Gaulle. Après la retraite du président de la République, il fut désigné par le PCF comme candidat aux élections présidentielles. Malgré ses soixante-treize ans, il mena sa campagne avec l’enthousiasme et l’acharnement du néophyte de 1926. Au moment où le PC ne disposait d’aucun candidat crédible (W. Rochet était déjà malade et discutable orateur et G. Marchais, encore trop jeune dans l’arène communiste), son savoir-faire, ses rondeurs, ses allures de grand-papa, sa remarquable utilisation du petit écran redoublèrent sa popularité et le 1er juin 1969, au premier tour, il arracha un score inespéré. Son appel à l’abstention, avec la fameuse formule « Bonnet blanc, blanc bonnet », fit de G. Pompidou un président assez mal élu. Une fois encore, Jacques Duclos* avait montré ses qualités de « battant » : volonté, dynamisme, capacité de travail, résistance physique.
Cette campagne présidentielle, par son rythme effréné, l’avait toutefois terriblement fatigué et, dès juin, l’Humanité annonça qu’il cessait provisoirement ses activités pour raisons de santé. Mais il ne résista pas au plaisir d’ouvrir l’année politique 1970 par un face-à-face télévisé avec Michel Debré sur le thème de la patrie qui est resté dans les mémoires. Le 2 octobre 1971, à l’occasion de son 75e anniversaire, il fut décoré de l’Ordre de Lénine.
Déjà assez malade lors de son débat au Sénat face à Michel Poniatowski le 12 novembre 1974, Jacques Duclos fut hospitalisé le 10 janvier 1975. Il quitta la clinique le 2 février et partit en convalescence sur la Côte d’Azur où il rencontra Georges Marchais, lui-même en convalescence d’un malaise cardiaque. Le 8 mars, Duclos rentra à Paris et, à la mi-avril, il se rendit à Louey où la télévision commença le tournage d’un film sur sa vie. Mais, après quelques jours, il se sentit mal, fut ramené à Paris et hospitalisé à nouveau pour une congestion pulmonaire. Il décéda à son domicile le 25 avril 1975.
Ses obsèques, suivies par près de deux cent mille personnes furent l’occasion d’un dernier hommage de la vieille garde du mouvement communiste international : B. Ponomarev, secrétaire du PC de l’URSS D. Ibarruri, présidente du PC espagnol, et autres dirigeants des différentes Partis
Nous n’aurons pas la fatuité de croire que la biographie de Jacques Duclos ici présentée est en tous points irréprochable et, surtout complète. Elle est seulement l’honnête essai d’historiens pour atteindre ce qui est aujourd’hui (1985) accessible du militant et de l’homme qu’a été Duclos. Lorsque Jean Bruhat*, Vétéran du Parti, écrivait en 1982 dans son livre de souvenirs Il n’est jamais trop tard, p. 169, note 30 : « Je souhaite beaucoup de bonheur à celui (Jean Bruhat* songeait vraisemblablement à Jean Maitron, lorsqu’il rédigeait cette note) qui tentera de proposer une biographie de Jacques Duclos. Pour l’heure, je m’en suis tenu, chemin faisant, au Duclos, homme public, et au Duclos que j’ai connu, tout en pressentant qu’une partie de sa vie m’échappait. » Nous souscrivons pleinement à cette façon de voir.

ŒUVRE (choix) : J. Duclos a beaucoup parlé, beaucoup écrit. La plupart de ses discours devant les congrès du PCF, les comités centraux, les conférences nationales, devant les Assemblées parlementaires ont été édités en brochures. Il a par ailleurs préfacé de nombreux ouvrages. La liste des publications citées constitue donc un choix.
- aux Éditions Sociales ou aux ESI :
Les Droits de l’intelligence, 1938, 91 p. — Batailles pour la République, préface de M. Cachin, 1947, 480 p. — Écrits de prison, 1952, 127 p. — À « l’assaut du ciel ». La Commune de Paris annonciatrice d’un monde nouveau, 1961. — L’avenir de la Démocratie, 1962, 255 p. — Gaullisme, technocratie, corporatisme, 1963, 199 p. — De Napoléon à de Gaulle, 1964, 287 p. — La Première Internationale, 1964, 368 p. — Octobre 17 vu de France, 1967, 383 p. — Anarchistes d’hier et d’aujourd’hui. Comment le gauchisme fait le jeu de la réaction, 1968, 94 p. — La Commune de Paris à l’assaut du ciel, 1970, 344 p.
- aux éditions EPI : Que sont donc les communistes ? 1971, 184 p.
- aux éditions Plon : Bakounine et Marx. Ombre et lumière, 1974, 480 p.
- aux éditions Fayard : Mémoires, 6 tomes (7 volumes), 1968-1973.
- aux éditions Grasset : Ce que je crois, 1975, 254 p.
- en collaboration aux Éditions Sociales :
Henri Barbusse (avec J. Fréville), 1946, 70 p. — Communistes et socialistes (avec M. Thorez), 1949, 63 p.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12948, 13090, 13091, 13103, 13112, 13119, 13131, 13179, 13180, 13181, 13188, 13236, 13248, 13444, 13445, 13446, 13633, 13973, 13976. — Arch. PPo. — Arch. A. Marty. — Arch. Jean Maitron. — L’Humanité, 1920-1975 (dépouillement exhaustif). — En dehors du quotidien du Parti, la plupart des journaux et revues de l’ARAC, du Parti et de l’Internationale communiste publiés en français, les comptes rendus des congrès du PCF, la Grande Encyclopédie soviétique. — La signification politique du Cahier de Jacques Duclos, 1952, non paginé. — 1956. Le choc du XXe congrès du PCUS. Textes et documents. Édition réalisée et présentée par Roger Martelli, Éd. Sociale, 1984. — Souvenirs manuscrits de Barbé et de Vassart. — Mikhaïl Narinski, « Le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français et les archives du Komintern (quelques remarques sur la biographie de Jacques Duclos) », Matériaux, n° 34, « L’Internationale des dictionnaires », janvier-juin 1994 (réponse de Stéphane Courtois dans le numéro suivant). — Roger Bourderon, La négociation. Été 1940 : crise au PCF, Syllepse, 2001. — Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, Éditions de l’Atelier, 2006. — Frédéric Charpier, L’agent Jacques Duclos. Histoire de l’appareil secret du Parti communiste français 1920-21975, Seuil, 2015.

Depuis la rédaction de cette notice, un dossier Jacques Duclos est arrivé au RGASPI (en 2012) où il est conservé sous la cote 495 270 81(1). Il s’agit d’un dossier de police couvrant la période 1932-1939, sans doute récupéré par les Allemands puis par les Soviétiques et qui a circulé dans des services russes avant de prendre place au RGASPI. Y figurent notamment des pièces sur le rôle, d’ailleurs marginal, de Duclos dans l’Affaire Bir, ses rapports avec Léon Blum et sa recherche en octobre 1939.

La bibliothèque de Jacques Duclos, qui se trouvait dans sa maison de famille à Louey, a été donnée à la commune. Son inventaire figure dans le site des Archives départementales des Hautes-Pyrénées.
Claude Pennetier

Stéphane Courtois, Jean Maitron

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