BUSSIÈRE Gervais

Par Maurice Moissonnier, René Lemarquis

Né le 22 février 1895 à Lyon VIe arr. (Rhône), mort en déportation ; ouvrier métallurgiste puis artisan et employé ; militant communiste de la région lyonnaise ; adjoint au maire de Villeurbanne ; résistant.

Gervais Bussière était le fils d’un peintre-plâtrier qui militait avant 1914 dans les organisations ouvrières et socialistes ; sa mère était ouvrière en pelleterie. Il obtint, après l’école communale, son certificat d’études primaires à douze ans et demi et commença tout de suite à travailler, d’abord comme ouvrier métallurgiste jusqu’en 1924, puis comme artisan fabricant de sommiers métalliques. En 1937, il était employé dans une coopérative de biscuiteries. À l’armée, il fut sous-officier tankiste. Il épousa Blanche Blanc, ouvrière tisseuse puis ménagère, issue d’une famille de « petits-bourgeois plus ou moins républicains ». Elle était sympathisante communiste et leurs deux enfants, âgés en 1937 de dix-sept ans et demi et quatorze ans, étaient membres d’organisations liées au PC.
Gervais Bussière fut, dès sa démobilisation, adhérent au Comité régional pour la IIIe Internationale avec Georges Lévy,* Jacques Soudeille*, dit Souzy, et Jules Grandclément*. Délégué d’usine lors des grandes grèves de 1920, il adhéra au PC dès sa création. Il fut secrétaire de la 4e section de la Fédération du Rhône du PC-SFIC (issue de la 4e section socialiste). Le 23 janvier 1921 le congrès fédéral l’élut membre suppléant au comité directeur du Rhône et le 11 juin 1921, en remplacement de Pouzadoux*, démissionnaire, il fut promu membre titulaire. Son mandat fut renouvelé en 1923. Il fit partie avec Jacques Soudeille de l’extrême gauche du Parti qui s’empara dans le Rhône de la direction de la Fédération. Avec ce dernier, secrétaire fédéral en 1924, il déposa pour le congrès de Lyon une motion sur les élections visant à « refouler l’état d’esprit qui couve sous la cendre et procède de la vieille tradition social-démocrate » (cf. Bulletin communiste 11 janvier 1924). Combattu par Aimé Carlier*, délégué du Comité central à Lyon pour s’opposer à « une politique sectaire » menée par des dirigeants qui ne « comprenaient rien à ce qu’est un parti de masses », il passa à l’opposition. On le retrouva parmi les 250 signataires de la Lettre à l’Internationale du 25 octobre 1925, document qui accusait la direction du Parti de népotisme, de gaspillage, d’autoritarisme et dénonçait la falsification des résultats de campagne contre la guerre du Maroc et pour la « bolchevisation » du Parti. En fait, il prenait position contre la création des cellules d’entreprises en affirmant qu’il fallait « revenir sans retard à la section territoriale comme base organique du Parti ».
Gervais Bussière fut démis de ses fonctions et exclu du parti. C’était, disait-il, « au moment de la direction Albert Treint*-Suzanne Girault* ». Sa fraction disparut à peu près complètement, la tentative (en 1926) de Soudeille qui correspondait alors avec Boris Souvarine*, de constituer un groupe de cette tendance ayant échoué.
De 1925 à 1935, Gervais Bussière borna son activité militante à l’organisation des artisans et petits commerçants de la région lyonnaise. Il organisa ainsi en 1932 une manifestation de commerçants de Villeurbanne qui regroupa un millier de participants, puis une autre de l’agglomération lyonnaise qui en rassembla douze mille. En 1934, une manifestation contre les grands magasins fut interdite et suivie de heurts avec la police. En 1935, Gervais Bussière réintégra le Parti communiste et fut candidat aux élections municipales de Villeurbanne de mai 1935 sur la liste de son parti conduite par Camille Joly*. Il reçut alors de Jacques Soudeille « une lettre d’insulte ou plutôt d’insinuations malveillantes et dans laquelle il essayait de ridiculiser la tactique du parti et plus particulièrement le Front populaire. » Le 5, cette liste recueillit 4 200 voix et, au deuxième tour, le maire sortant, le socialiste Lazare Goujon* refusa le désistement de son parti et constitua au second tour une liste dissidente qui fut battue par celle du PC avec 6 300 voix contre 4 400. Gervais Bussière devint alors adjoint au maire de Villeurbanne et le demeura jusqu’au 7 octobre 1939.
Gervais Bussière fut délégué en juillet 1936 à la conférence nationale salle Huygens à Paris et travailla en novembre-décembre au secrétariat administratif de la Région. Il devint membre du bureau régional et secrétaire de la Commission d’organisation par décision de la Conférence régionale de Vénissieux (6-7 février 1937). Il continua de diriger l’association des petits commerçants de Villeurbanne bien qu’il soit devenu employé salarié. Le bureau régional le délégua à la direction du groupe Les Amis de La Lutte sociale formé de Nord-Africains de la région, il y était trésorier. Il assura en avril 1937 deux écoles locales du parti. Il adhérait au syndicat des biscuitiers et appartenait à l’ARAC.
Lorsque la guerre civile éclata en Espagne, avec un autre artisan, André Christophe*, un militant, Louis Courbet* et un conseiller municipal de Villeurbanne, Laufer, Gervais Bussière fabriqua clandestinement des grenades pour les forces républicaines et, en octobre 1936, la police découvrit cette activité illicite. Après quelques hésitations le Parti, dans La Voix du peuple du 14 novembre et au cours d’un meeting prit la défense des accusés. Après quinze jours de prison préventive, Gervais Bussière fut libéré, il devint secrétaire du comité régional d’aide au peuple espagnol et il fit partie d’une délégation que le bureau régional du PC envoya en Espagne en décembre 1936. Le 15 novembre 1937, devant la 4e Chambre correctionnelle de Lyon, l’affaire dite « des grenades » fut jugée. Le procureur rendit hommage à « l’attitude courageuse de ces militants désintéressés, seulement guidés par un idéal généreux ». Bussière fut néanmoins condamné à trois mois de prison le 22 novembre 1937. Aux cantonales de 1937, il avait été présenté dans le canton de Belleville (Rhône) ; il avait obtenu 212 voix au 1er tour et s’était désisté au second tour pour le radical Bender. Résistant, Gervais Bussière mourut en déportation.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18210, notice BUSSIÈRE Gervais par Maurice Moissonnier, René Lemarquis, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 29 avril 2017.

Par Maurice Moissonnier, René Lemarquis

SOURCES : Archives de l’Institut du marxisme-léninisme Moscou (microfilm à l’Institut Maurice Thorez, bobine 91, rapport Carlier). — RGASPI : 495.270.3856 (Autobiographie du 26 mai 1937) [A1. Bon, Vu par Heusler, impossible] — Le Cri du Peuple du Sud-Est, 1921. — Bulletin communiste, 11 janvier 1924. — La Voix du peuple, hebdomadaire régional du PC, 20 avril, 11 et 18 mai 1935, 14 novembre 1936. — Presse locale : Le Progrès, Lyon Républicain, octobre 1936, novembre 1937. — Renseignements fournis par la mairie de Villeurbanne, 8 janvier 1980.

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