BRUNAND Félix

Par Maurice Moissonnier

Né le 22 février 1905 à Lyon ; mécanicien, devenu dessinateur puis professeur de l’enseignement technique ; militant du Parti communiste, conseiller municipal, militant syndical, résistant, a consacré beaucoup d’efforts à la lutte sur le plan culturel.

Fils d’un employé du Gaz de Lyon, Félix Brunand était issu d’une famille d’ouvriers et de paysans originaires du Dauphiné. Après ses études primaires, il entra en apprentissage aux usines automobiles Saurer de Lyon, en 1920. Il s’éveilla d’emblée à la vie politique et sociale en participant aux grèves de cette année 1920 et aux débats qu’elles provoquèrent parmi les travailleurs. Esprit curieux, avide de connaissances, il continua ses études et, tout en travaillant pour gagner sa vie, il parvint, en 1928, jusqu’à la Faculté des sciences. Sympathisant communiste, il militait déjà au Secours ouvrier international et, en 1927, au cours d’un voyage en Russie soviétique, il eut l’occasion de rencontrer pour la première fois Paul Vaillant-Couturier. En 1931, il quitta Lyon pour la région parisienne et trouva du travail à Argenteuil à l’usine Lioré-Olivier, comme dessinateur d’études. Il fit alors la connaissance de Gabriel Péri qui, en 1932, lui accorda son parrainage pour son adhésion au PC. L’activité militante de Brunand s’exerça tout de suite dans deux directions privilégiées : il participa à la rédaction du Prolétaire, le journal communiste d’Argenteuil où il polémiquait, sur le thème de la politique de front unique avec le Courrier d’Argenteuil, journal réactionnaire local ; il consacra d’autre part ses efforts à l’Université ouvrière où il travailla aux côtés de Georges Cogniot et de Paul Bouthonnier en tant que responsable du journal mural et dirigeant de la brigade de propagande qui assurait la liaison avec le Parti et les organisations de masse et veillait à ce que l’UO soit présente à toutes les manifestations publiques. Il participait enfin à des cours d’alphabétisation donnés à l’initiative de quelques militants de l’UO. En suivant leurs conférences, il fit la connaissance de Marcel Prenant et de Georges Politzer.
En 1933, avec l’avènement de l’hitlérisme, commença pour lui une période d’intense activité. Il milita particulièrement en faveur de la libération de Dimitrov et, au début 1934, contre les ligueurs d’extrême droite. Le 9 février, il fut arrêté à 21 heures, boulevard de Strasbourg au cours de la manifestation organisée par le PC et la CGTU. Matraqué sur place puis dans un poste de police du quartier des Halles, il dut s’aliter avec une déchirure du muscle à la cuisse gauche et plusieurs hématomes à la tête. Syndiqué à la CGTU, il ne négligeait pas l’action dans son usine et, le 1er Mai 1934, après avoir convaincu ses collègues du bureau d’études de cesser le travail, il contribua à paralyser toute l’activité de l’usine Lioré-Olivier. Quelques mois plus tard, à la première occasion, il fut licencié. Cette mise en disponibilité forcée fut utilisée par le Secours ouvrier international qui le désigna comme directeur de l’orphelinat de l’« Avenir Social » à la Villette-aux-Aulnes, commune de Mitry-Mory (Seine-et-Marne). L’activité de Brunand s’orienta désormais vers les questions de l’enfance ouvrière malheureuse. Il subit alors fortement l’influence de Paul Vaillant-Couturier avec qui il travaillait et il entretenait des rapports très cordiaux. Ses initiatives et ses propositions, élaborées avec le concours du professeur Lahy et de sa femme, Madame Lahy-Hollbecque ainsi qu’avec les organisations ouvrières intéressées au développement de l’œuvre furent acceptées le 26 mai 1935 par l’assemblée extraordinaire du conseil d’administration de l’orphelinat. Aux élections du 5 mai 1935, il figura sur la liste communiste qui, dans la commune de Mitry-Mory, mi-rurale, mi-ouvrière, remporta la majorité. Élu adjoint au maire, il s’occupa particulièrement des œuvres scolaires et post-scolaires ainsi que de l’amélioration du service sanitaire. Il conserva son mandat lorsque, en novembre 1936, il fut nommé professeur de l’enseignement technique à Tourcoing (Nord). Dans cette cité ouvrière du textile où il était le seul membre de l’enseignement appartenant au PC il fut rapidement nommé au comité de section. Il rédigea à partir de ce moment la plupart des articles de la chronique tourquennoise parus dans l’Enchaîné, organe du Parti communiste de la région du Nord. Dans son travail, il était aidé par son épouse, fille d’un artisan sabotier de Verdun-sur-le-Doubs (Saône-et-Loire) avec laquelle il s’était marié en septembre 1936, et c’est elle qui rédigea le poème « Les Fuyards » paru dans l’Enchaîné au lendemain de la capitulation de Munich. Brunand était en outre chargé à la section de Tourcoing des problèmes d’éducation. Ses cours et causeries d’histoire furent largement suivis. Au cours des vacances de 1937, alors qu’il séjournait à Porcieu-Amblagnieu (Isère), Brunand apporta une aide précieuse à une grève de tailleurs de pierre employés à d’importants travaux d’adduction d’eau. Au cours des vacances de 1939, il séjournait dans la même localité lorsque survint, en août, le Pacte germano-soviétique. En s’aidant de l’Humanité du 25 août, il rédigea une grande affiche manuscrite développant les thèses du PC. Cette initiative provoqua le déplacement des gendarmes de Montalieu-Vercieu qui soupçonnèrent Brunand, l’interrogèrent et le notèrent comme suspect, ce qui eut des conséquences ultérieurement. En septembre 1939, en attendant sa mobilisation, il retourna à Tourcoing et reprit son poste à l’École pratique d’Industrie et de Commerce. Dès le lendemain de la dissolution du Parti communiste, la police perquisitionna chez lui, 20 rue du Moulin-Fagot, emportant une pleine camionnette de documents, de livres et de brochures. En février 1940, l’inspecteur d’académie du Nord se déplaça pour le sermonner et lui demander de dénoncer comme une trahison soviétique le Pacte germano-russe. Brunand refusa et, le 13 mars, fut révoqué tandis que deux jours après, le 15 mars, il était déchu de son mandat de conseiller municipal de Mitry-Mory. Le 17 avril 1940, il fut mobilisé au 15e génie, au camp de Satory, juste à temps pour faire retraite avec son régiment en juin. Démobilisé à la fin de juillet 1940, il s’installa chez sa belle-mère à Verdun-sur-le-Doubs. En janvier 1941, à la suite d’une dénonciation, la police divisionnaire de Mâcon opéra à son domicile une nouvelle perquisition, sans succès... Afin de déjouer cette surveillance, il s’installa en mai 1941 à Porcieu-Amblagnieu (Isère), mais c’était faire preuve de naïveté, les gendarmes de Montalieu, se souvenant du suspect d’août 1939, ne manquèrent pas d’exercer sur ses allées et venues une surveillance étroite. En janvier 1942, en raison de sa conscience professionnelle et sur intervention du directeur général de l’Enseignement technique, il fut réintégré et nommé au collège technique de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord). Après quelques mois d’inactivité dus à son état de santé, il reprit contact avec l’organisation clandestine du Parti. En février 1943, il dut subir encore une perquisition à son domicile 20, avenue Loucheur, ce qui entraîna sur ordre de la direction locale du PC une « coupure » avec les formations clandestines. Nommé en janvier 1944 au collège technique de Montbéliard, Brunand ne parvint pas à reprendre la liaison avec la Résistance locale. Il s’adressa donc aux organisations clandestines de Verdun-sur-le-Doubs où sa femme, en juillet 1943, s’était provisoirement installée. Après le débarquement de juin 1944, le 13, il rejoignit le maquis où il devint, sous le pseudonyme du « Ministre » l’intendant de la compagnie « Loulou » qui relevait du commandement militaire du Louhannais (Saône-et-Loire). Il participa aux combats de Saint-Martin en Bresse (29 juin), de Saint-Bonnet en Bresse (20 août) et de Sermesse (25 août). Dès le 16 octobre 1944, avant sa démobilisation qui intervint le 30 octobre, il prit en mains la réorganisation du PC dans le canton de Verdun-sur-le-Doubs avec lequel il conserva des liens en dépit de sa nomination au collège technique de Cluny (Saône-et-Loire). Il fut, sans succès, candidat dans ce canton aux élections au conseil général du 23 septembre 1945.
En 1953, Félix Brunand fut nommé à Villeurbanne au lycée technique de la rue Frédéric Faÿs alors dirigé par l’ancien maire communiste de la ville Camille Joly* et commença dans le Rhône une nouvelle carrière militante, tant à la section communiste de Villeurbanne (où il militait dans la cellule de son lycée) qu’à l’Université nouvelle de Lyon où, intégré à l’équipe d’animation, il donna des cours d’histoire et fut la cheville ouvrière d’une exposition organisée par l’UN de Lyon sur « La Guillotière de 1789 à 1944 ». Il n’avait pas perdu contact pour autant avec Verdun-sur-le-Doubs et continuait à animer la vie culturelle de la petite ville en organisant des expositions historiques. En 1970, à l’heure de la retraite, Félix Brunand s’installa d’ailleurs à Verdun-sur-le-Doubs où il continua à faire œuvre d’enseignant et de militant. On lui doit la constitution d’un actif groupe d’études historiques, société d’éducation populaire agréée par le ministère de l’Education nationale et l’installation d’une Maison du blé et du pain, embryon, à Verdun-sur-le-Doubs, de ce qui devrait être un musée. Félix Brunand a écrit un recueil de poèmes intitulé D’un seul et même pas et des études historiques publiées pour la plupart dans un recueil de communications données à un colloque organisé par l’Association bourguignonne des sociétés savantes (1-2-3 juillet 1966) pour son XXXVIIe congrès.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article18084, notice BRUNAND Félix par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 14 mars 2017.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : Documents familiaux. — Interview de l’intéressé. — Rachel Mazuy, Croire plutôt que voir ? Voyages en Russie soviétique (1919-1939), Odile Jacob, 2002.

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