THOMAS Raoul, Francis

Par Éric Belouet

Né le 12 décembre 1936 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; menuisier ; permanent (1960-1964) et trésorier national (1963-1964) de la JOC en France, puis permanent de la JOC au Venezuela (1965-1968) ; syndicaliste CFTC puis CFDT, membre du conseil de la Fédération CFDT du Bâtiment ; membre du CCFD ; membre du comité national de l’ACO.

Son père, Eugène Thomas, né en 1901, charpentier-traceur aux chantiers navals de Saint-Nazaire, était non croyant. Après la mort de sa première femme (avec qui il eut un premier fils), il se remaria avec la sœur cadette de celle-ci : Édith née David en 1912, femme au foyer, catholique pratiquante. La famille vécut au Méan, l’un des deux quartiers des chantiers de Saint-Nazaire, partit vivre à Fédrun, hameau dépendant de la commune de Saint-Joachim (Loire-Inférieure), pendant les bombardements de Saint-Nazaire, puis s’installa en 1949 dans une cité ouvrière à Trignac (Loire-Inférieure). Raoul Thomas, deuxième de cinq enfants, fréquenta divers établissements privés et obtint le certificat d’études primaires. En 1950, il fut admis sur concours à l’école d’apprentissage des chantiers navals et en sortit après trois ans muni d’un CAP de menuisier-ébéniste. Il entra alors à l’atelier menuiserie-ébénisterie, travaillant à la fabrication du mobilier et dans plusieurs cargos pour l’aménagement des cabines, et adhéra à la CFTC. En 1952, ses parents étant retournés vivre à Fédrun, il alla habiter dans un foyer de jeunes travailleurs accueillant des jeunes déplacés venus travailler aux chantiers navals.

En janvier 1957, Raoul Thomas partit au service militaire. Son frère aîné ayant été en Algérie, il bénéficia d’abord d’une exemption qui lui permit d’être affecté au 10e RA à Cherbourg (Manche) pendant quatorze mois. Au cours de cette période, il devint caporal chef puis maréchal des logis. En 1958, il fut affecté dans un régiment d’artillerie à 50 km au sud de Sétif (villages de Colbert et Ampère), mais ne resta que six mois en Algérie et fut envoyé pendant six mois à Vannes (Morbihan). Il fut finalement libéré de ses obligations militaires en mars 1959, après vingt-sept mois d’armée. À son retour, comme il n’y avait pas beaucoup de travail à l’atelier bois, il est envoyé pendant trois mois à la fabrication de deux porte-avions (cale Jean-Bart) : le Clemenceau et le Foch, puis fut envoyé à la petite chaudronnerie, où il s’occupait principalement des conduits d’air conditionné. Il ne retrouva plus son travail de menuisier.

Entre-temps, Raoul Thomas avait découvert la JOC à l’âge de seize ans par l’intermédiaire d’un militant fédéral qui l’avait convié à un congrès régional de militants (CRM), et commença à militer dans l’équipe de son quartier. Il devait mener de front son militantisme jociste et une autre activité très prenante : la gymnastique, commencée au moment de son apprentissage et à laquelle il consacra trois entraînements hebdomadaires de l’âge de dix-sept ans jusqu’à son départ à l’armée. Il assurait également l’entraînement des enfants et obtint les diplômes d’aide moniteur puis de moniteur de gymnastique. À son retour de l’armée, Raoul Thomas intégra l’équipe de la fédération jociste de Saint-Nazaire. Obligé de faire un choix, il dut renoncer au sport. En raison des nombreux départs en Algérie, on lui confia rapidement la direction de la fédération.

Auguste Suc, permanent jociste du secteur l’Ouest, le recommanda pour devenir permanent, et Raoul Thomas prit ses nouvelles fonctions en mai 1960. Affecté au secteur Rhône-Alpes, dont l’équipe comprenait alors quatre permanents, on lui confia la responsabilité de suivre les fédérations du Rhône, de la Loire, de la Haute-Loire et de l’Ain. Sur le plan national, il avait la responsabilité de l’« action au travail », fonction qui consistait à collecter ce que les jocistes vivaient dans les entreprises. Fin 1963, il devint trésorier national en remplacement de Joseph Weber, tout en conservant ses responsabilités régionales, et occupa cette fonction jusqu’à son départ de la JOC fin 1964. Robert Boucher* lui succéda alors en Rhône-Alpes tandis que Raymond Despringre le remplaça au poste de trésorier national.

Mais Raoul Thomas n’en avait pas terminé avec son engagement jociste. À cette époque, la JOC internationale (JOCI) sollicitait régulièrement la JOC française pour envoyer des permanents à l’étranger pour y développer le mouvement. Sollicité, Raoul Thomas avait accepté d’être détaché pendant trois ans à l’international. On pensa d’abord à lui pour l’Indonésie, destination que Daniel Angleraud, déjà fiancé, avait précédemment déclinée –, mais son visa lui fut refusé. On lui proposa alors le Venezuela. Avant de donner une réponse définitive, il prit contact avec la JOC vénézuélienne, créée au début des années 1960, et les permanents locaux lui firent savoir que s’il venait les rejoindre, ils resteraient les seuls responsables du mouvement et qu’ils n’attendaient pas d’un étranger qu’il vienne leur dire ce qu’ils avaient à faire. Ce discours lui plut et il décida de relever le défi. Avant son départ, il étudia l’espagnol chez Berlitz à Paris, puis passa deux mois en Espagne, chez l’habitant, pour se perfectionner.

Arrivé à Caracas en juin 1965, il logea dans le quartier du cimetière, non loin de deux gros bidonvilles (quartiers du 1er Mai et des Sans toit). La JOC du Venezuela vivait de subventions de la JOCI et d’un organisme allemand (« Misère et or ») ; l’évêque de Maracay payait également l’équivalent d’un salaire de permanent. Raoul Thomas travailla les six premiers mois comme menuisier dans une coopérative de meubles pour se familiariser avec la vie locale, puis intégra l’équipe des permanents du Venezuela déjà riche de trois membres. Les quatre permanents répartirent alors leur action en deux zones géographiques : avec un autre permanent (Rafael Caldera), il avait la responsabilité de Caracas, Maracay et Valencia, les deux autres couvraient Barquisimeto et Maracaibo. La JOC locale faisait paraître Juventud trabajadora (« Jeunesse travailleuse »). Plus de trois ans après son arrivée, son mandat étant arrivé à son terme, un débat eut lieu au sein de la direction de la JOC locale : certains pensaient qu’il devait rester au Venezuela et faire sa vie dans ce pays, tandis que d’autres estimaient qu’il devait rentrer en France, que la JOC vénézuélienne ne devait dépendre que d’elle-même et que Raoul Thomas serait plus utile pour relayer en France le discours de l’exploitation des pays pauvres par les pays riches. Il prit finalement la décision de rentrer et fut remplacé par un jociste espagnol qui devait rester longtemps au Venezuela, s’y impliquant ensuite dans une entreprise immobilière.

Rentré en France (décembre 1968) très affaibli en raison des dures conditions de vie qui étaient les siennes au Venezuela, Raoul Thomas partit se reposer à Nice en janvier et février 1969. Le déclin des activités de menuiserie au sein des chantiers navals, dont il ignorait d’ailleurs s’ils accepteraient de le reprendre, le dissuadèrent de retourner à Saint-Nazaire. Ayant appris à connaître et à apprécier la région lyonnaise lorsqu’il était permanent, il décida de s’y installer, d’autant que la forte concentration de travailleurs étrangers dans ce secteur géographique satisfaisait sa sensibilité internationaliste née dès avant son départ pour Caracas. Raoul Thomas se maria à Anse (Rhône) en juillet 1970 avec Ginette Tillet, greffière à la Cour d’appel de Lyon, ancienne militante de la fédération JOCF de Villefranche-Beaujolais ; une fille naquit de cette union (Sylvie, 1971). Le couple s’installa à Lyon et s’engagea à l’ACO.

Raoul Thomas travailla d’abord pendant une dizaine d’années dans une menuiserie industrielle à Décines (Rhône), dont la plupart des 120 salariés étaient étrangers et où il pouvait pratiquer l’espagnol. Militant syndical, il fut secrétaire de la section CFDT, siégea au conseil de la Fédération CFDT du Bâtiment pendant trois ans et anima la commission « immigrés » CFDT dans le département du Rhône. Au cours de cette période, il fut sollicité à deux reprises – par l’ACO et par la Fédération CFDT Construction-Bois – pour devenir permanent, mais refusa à chaque fois, estimant qu’après avoir été permanent pendant huit ans, un retour au terrain s’imposait.

Licencié en 1980 à la suite de la liquidation de l’atelier qui l’employait, Raoul Thomas resta six mois au chômage, puis retrouva du travail dans une petite menuiserie aluminium dans le quartier de Vaises où il ne resta que neuf mois. Sollicité par un militant qui avait créé une association d’insertion professionnelle, il intégra alors une équipe d’animateurs à Rieu-la-Pape mais, peu à l’aise dans cette nouvelle expérience, démissionna après six mois. Il travailla ensuite chez un petit artisan pendant un peu plus d’un mois, mais, désireux de poursuivre un travail syndical, il se fit embaucher en 1981 comme menuisier d’entretien aux ateliers centraux des Transports en commun lyonnais (TCL), à Villeurbanne, employant 4 000 salariés. Très impliqué dans le syndicat CFDT, il y fut délégué du personnel, délégué au comité d’entreprise et, pendant environ quatre ans, secrétaire de la section CFDT des TCL. Il conserva cet emploi jusqu’à son départ à la retraite en 1995.

Au sein de l’ACO, Raoul Thomas fut, pendant six ans dans les années 1970, responsable du comité diocésain du Rhône, puis siégea au comité national pendant six ans, tandis que son épouse fut responsable du secteur de Villefranche. Le couple s’investit également beaucoup au CCFD, que Raoul Thomas avait rejoint dès son retour du Venezuela. Dans les années 1970, il fut membre du comité diocésain pendant quelques années, et, en 2010, faisait partie de l’équipe dirigeante de Villefranche-sur-Saône et participait aux réunions diocésaines.

Raoul Thomas eut d’autres engagements occasionnels, adhérant notamment à Forum Réfugiés et à Solidarité Palestine 69. En revanche, en dépit de plusieurs sollicitations, il n’adhéra jamais à un parti politique. En 2010, Raoul Thomas, qui se disait toujours croyant pratiquant régulier, vivait à Anse où il s’était installé après le départ à la retraite de son épouse en 1993. Celle-ci fut – elle aussi – une syndicaliste accomplie. Adhérente de la CFDT dès son entrée au travail, elle fut à l’origine de la création d’un syndicat CFDT des cours et tribunaux. Elle était également membre de « Chrétiens à l’écoute ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article180743, notice THOMAS Raoul, Francis par Éric Belouet, version mise en ligne le 16 mai 2016, dernière modification le 14 mars 2017.

Par Éric Belouet

SOURCES : Arch. JOC (SG), fichier des anciens permanents. — Arch. JOC (Arch. Dép. Hauts-de-Seine), listes d’anciens permanents (44J-1134A). — Jeunesse ouvrière, 244-245, août-septembre 1965. — G. Cholvy, B. Comte, V. Feroldi, Jeunesses chrétiennes au XXe siècle, p. 123-126. — Témoignage recueilli le 2 avril 2010.

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