BOEGLIN Jean-Marie

Par Olivier Neveux

Né le 14 août 1928 à Châlons-en-Champagne (Marne) ; administrateur de théâtre, pédagogue, metteur en scène, militant anti-colonialiste

Né d’un père cheminot et d’une mère femme de ménage, Jean-Marie Boëglin y vit jusqu’en 1956, date à laquelle il rejoint Lyon et le Théâtre de la Comédie de Roger Planchon. Durant la guerre, à quinze ans, fin 1943, il devint agent de liaison FTP. Il adhéra, à la Libération, aux Jeunesse communistes dont il fut exclu en 1947 puis à la Fédération Anarchiste en 1948 dont il se souvient avoir été, là aussi, exclus en 1951 pour non-orthodoxie. Il est par ailleurs objecteur de conscience et pour cela emprisonné durant six mois. Alors qu’il travaillait à Reims dans une usine de teinturerie, il créa une section syndicale de CNT. Il devint journaliste à L’Union de Reims, puis grand reporter. Passionné par le théâtre, ancien élève des cours Dullin, Jean-Marie Boëglin anima une troupe amateur Les Tréteaux du Terroir et fréquenta des poètes dramaturges tels qu’Antonin Artaud (qu’il rencontra à la revue 84), Arthur Adamov* ou Eugène Ionesco. Il devint instructeur régional d’art dramatique en 1950. En 1951, il participa à l’organisation des Rencontres Internationales de la Jeunesse de la Loreley où il rencontra, d’une part, Roger Planchon, qu’il accompagna professionnellement quelques années plus tard, et, d’autre part, Mohamed Boudia avec qui il créa à l’issue de l’indépendance algérienne le Théâtre National d’Alger. En 1953, il devint Instructeur National de l’« Éducation Par le Jeu Dramatique » à la Fédération Unie des Auberges de Jeunesse. La même année, il découvrit le travail de B. Brecht à Berlin et séjourna au Berliner Ensemble. En 1955, il rejoignit Roger Planchon et participa à la création du Théâtre de la Cité à Villeurbanne. Jean-Marie Boeglin vécut à Châlon-en-Champagne jusqu’en 1956
Il devint le secrétaire général du théâtre et parallèlement le directeur de l’École d’Art Dramatique. À la mi-59, il organisa le réseau d’aide à la Willaya III du FLN à partir d’un réseau d’une cinquantaine de personnes organisé en cellules autonomes. Le 24 novembre 1960, il échappa à un coup de filet de la police et se réfugia en Suisse puis en Allemagne et en Italie. En juin 1961, il s’exila au Maroc. Il fut condamné par contumace à dix ans de prison. Il fut amnistié en 1966. À Rabat, en 1961, il créa une société cinématographique Nedjma-films (« Nedjma » est le titre d’un ouvrage de son ami poète Kateb Yacine). À l’indépendance, il gagna l’Algérie où avec Mohamed Boudia et Mustapha Kateb, il créa le 1 janvier 1963 le Théâtre National d’Alger. Il y dirigea à partir de 1964, la section théâtre de l’Institut National de formation dramatique et Chorégraphique. Par ailleurs, metteur en scène, Jean-Marie Boëglin monta L’exception et la règle de B. Brecht et surtout le Foehn, pièce du dramaturge Mouloud Mammeri, première œuvre du TNA jouée en Français. Licencié par le pouvoir en octobre 1968, il travailla alors à la Société Nationale de Sidérurgie (SNS). Il rentra définitivement en France en 1981. Il fut secrétaire général puis conseiller artistique de G. Lavaudant à la Maison de la Culture de Grenoble jusqu’en 1988.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17019, notice BOEGLIN Jean-Marie par Olivier Neveux, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 14 mars 2017.

Par Olivier Neveux

ŒUVRE : Boëglin Jean-Marie, « Revendication nationale », Partisans, n°36, février-mars 1967. — Cabu, Boëglin Jean-Marie, Ouvrez le massacre, Paris, Le Sagittaire, 1977. — Boëglin Jean-Marie, « Kateb Yacine au présent », Théâtre / public, n° 92, mars-avril 1990.

SOURCES : Sur Jean-Marie Boëglin : Bataillon Michel, Planchon, un défi en province. Chronique d’une aventure théâtrale, Paris, Marval, 2001 (2 volumes). — Hamon Hervé, Rotman Patrick, Les Porteurs de valises. La résistance française à la guerre d’Algérie, Paris, Éditions du Seuil (Édition augmentée, Collection « Points Histoire »), 1982. — Témoignage dans J. Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : des acteurs parlent, La Découverte, Paris, 2004.

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