STAS Jean, Ferdinand [Dictionnaire des anarchistes]

Né en 1921, mort en 2006 ; militant de la Fédération anarchiste, secrétaire du labeur au Syndicat des correcteurs CGT à Paris.

« Le bonhomme n’avait rien d’impulsif. C’était un anarchiste raisonné et pratique. (…) Il arrivait à l’heure aux rendez-vous, ne rechignait jamais aux tâches ingrates et évitait soigneusement de prôner l’impossible. En bref, c’était un homme du rang, un militant du quotidien, un colleur d’affiches, un bâtisseur. » C’est ainsi que Freddy Gomez le décrit fort justement.
A 13 ans, après l’obtention du certificat d’études primaires, Jean-Ferdinand Stas entra en apprentissage dans une imprimerie, tout en suivant des cours du soir de typographie à l’école Estienne. Poussé par la crise, son père avait pris la gérance d’un café-hôtel boulevard de Charonne, à Paris. C’est là qu’il rencontra pour la première fois des anars, jugeant leur conduite peu « exemplaire ». A 17 ans, ne pouvant être embauché, il quitta le métier et fut tour à tour coursier à vélo, porteur de journaux puis chauffeur de camion à partir de 1940. En 1942, il assura l’approvisionnement et les livraisons pour une boîte de mécanique générale à Courbevoie.
Après guerre, il fréquenta la boutique du quai de Valmy (siège du Mouvement libertaire et du Libertaire), rendant régulièrement service avec son « camion vert » pour transporter du matériel de propagande. En 1950, il suivit les conférences organisées à Montmartre par le groupe Louise-Michel et y adhéra au moment de l’affaire Fontenis*. Il participa aux batailles pour reconstituer la Fédération anarchiste et assista à son congrès constitutif tenu les 25, 26 et 27 décembre 1953 dans une salle de la rue Marcadet (18e arr.). Devenu un proche de Maurice Joyeux*, il n’hésitait pas – jouant de sa stature – à faire le coup de poing en sa compagnie contre les perturbateurs lors de réunions et de meetings (entre autres, pendant la guerre d’Algérie, avec les nervis d’extrême droite venus perturber une conférence des Forces libres de la paix à la salle des Sociétés savantes).
De 1954 jusqu’au passage à l’hebdomadaire en 1977, il a assumé de façon presque continue l’expédition du Monde libertaire aux groupes de province et participé au routage du journal. Au comité de lecture, il remplit pendant plusieurs années les fonctions de secrétaire et de correcteur. Et s’investit également avec Suzy Chevet dans l’organisation des galas qui assuraient le financement des différentes œuvres, estimant « que la musique est le parfait véhicule de la poésie et que la chanson est l’instrument idéal de la propagande ». Sur le plan de la doctrine, « Jean consentait à s’avouer plus volontiers communiste libertaire qu’individualiste, mais l’anarcho-syndicalisme – les anarcho-syndicalistes, plutôt – avait aussi ses faveurs. En fait, un anarchisme sans adjectif lui allait assez bien » (Freddy Gomez). Face aux événements de Mai 68, il demeura assez sceptique, jugeant l’agitation des étudiants stérile, constatant aussi le « noyautage » des trotskistes et le contrôle du Parti communiste pour éviter la contagion.
Devenu correcteur en 1969, membre du syndicat et secrétaire du labeur, il exerça ses talents dans une petite entreprise spécialisée dans la fabrication de timbres en caoutchouc ; ce qui lui permit d’approvisionner bon nombre de groupes. Il était d’ailleurs « connu dans l’exil espagnol sous le double sobriquet de “El Estas” – banale hispanisation de son patronyme – ou de “El Sellos” (littéralement “l’homme aux tampons”) ». Le principal restant pour lui de s’accrocher « à [sa] résolution première de n’être exploité que le moins possible ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156842, notice STAS Jean, Ferdinand [Dictionnaire des anarchistes], version mise en ligne le 20 février 2014, dernière modification le 20 février 2014.

SOURCES : Souvenirs, à paraître aux Editions du Monde libertaire ; Freddy Gomez, « Jean-Ferdinand Stas (1921-2006) », Le Monde libertaire n° 1431, 23-29 mars 2006 ; témoignage de Thierry Porré ; recension de l’ouvrage de Gaetano Manfredonia, La Chanson anarchiste en France des origines à 1914, parue dans Le Monde libertaire (http://raforum.info/spip.php?article859&lang=en).
Pascal Bedos

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