TORTON Léon [Dictionnaire des anarchistes]

Par Notice complétée par Guillaume Davranche

Né vers 1884 ; ouvrier coiffeur ; anarchiste et syndicaliste.

Anarchiste et syndicaliste, Léon Torton était en 1905 le principal animateur du groupe intitulé La Jeunesse syndicaliste de Malaunay, Le Houlme, Barentin et environs (Seine Inférieure). En octobre 1905, ce groupe apposa une affiche antimilitariste « Paroles à ceux qui vont souffrir », qui valut à Torton d’être inculpé. Le 22 février 1906, la Cour d’assises de Rouen le condamna à huit mois de prison avec sursis et à 100 francs d’amende.

La municipalité mit également en demeure les syndicats rouennais de se séparer de Torton. Ceux-ci refusèrent mais le militant, sentant que la CGT était encore trop fragile, préféra donner sa démission et s’installer comme coiffeur à Rouen. Il échoua à cause, dit-il, des « persécutions de la police ».

Le 1er mai 1907, il prit la parole dans un meeting au Petit-Quevilly, qui lui valut d’être arrêté pour incitation au vol, au pillage et au meurtre. Perquisitionnant chez lui, la police saisit chez lui une formule d’explosif. Écroué à la prison de Bonne-Nouvelle, la Cour d’assises de Rouen le condamna, le 20 juillet, à dix-huit mois de prison. Dans L’Humanité du 18 juin, Émile Pouget* avait publié une tribune s’insurgeant qu’on ait mobilisé contre Torton les vieilles « lois scélérates » de 1893-1894 réprimant les « menées anarchistes ». Torton purgea sa peine à Clairvaux.

En 1908, il donna l’adhésion du groupe libertaire de Rouen à la Fédération anarchiste (voir Marceau Rimbault).

En février 1909, Torton fut élu secrétaire général de la Bourse du travail de Rouen. En parallèle, il était secrétaire de l’union des chambres syndicales ouvrières de Rouen.

Le 1er mai 1909, il prit la parole dans un meeting avec le trésorier de la CGT, Charles Marck. Leurs propos ayant été jugés injurieux à l’égard de la police, le tribunal correctionnel les condamna le 6 mai à trois mois de prison pour Torton, quatre mois pour Marck. Le jugement fut confirmé en appel le 22 mai. Torton fit sa peine en cellule, ce qui lui valut la remise d’un quart, et il fut libéré le 2 août.

En avril, il fut candidat abstentionniste dans le cadre de la campagne antiparlementaire (voir Jules Grandjouan) mais, le 10 avril 1910, il fut arrêté au cours d’une manifestation des cheminots de Sotteville-lès-Rouen. Accusé d’avoir bousculé un commissaire de police, il fut condamné le 20 avril à trois mois de prison.

Du 3 au 10 octobre 1910, il assista au congrès de la CGT à Toulouse, où il représentait les Menuisiers d’Elbeuf, les Employés de Rouen et trois syndicats du textile de la région rouennaise.

Le 24 novembre 1910, le député maire de Rouen écrivit au conseil d’administration de la bourse du travail de Rouen. Sous peine de fermer la bourse, il lui donnait un mois pour se séparer de son secrétaire, Torton, accusé de jouer un rôle purement révolutionnaire, sans rapport avec les questions corporatives. Les syndicats adhérents à la bourse refusèrent de céder au chantage.

Quelques jours avant l’expiration de l’ultimatum, le 17 décembre 1910, la police perquisitionna à la bourse du travail, chez Torton et chez quatre autres syndicalistes. Un certain Burgat, se disant « déserteur repenti » du 39e régiment d’infanterie, avait accusé Torton de l’avoir aidé à déserter. Conduit au palais de justice pour y être interrogé par le juge d’instruction, l’anarchiste parvint à échapper à ses gardes. Le soir même, le conseil d’administration de la bourse élisait, pour le remplacer, le Dr Léon Brasse, un militant radical. Quant à l’union des syndicats de Rouen, elle quittait la bourse du travail.

Dans les jours suivants, Torton gagna la Belgique, où il retrouva un autre réfugié politique, Émile Pataud, et travailla pour la Coopérative socialiste du Borinage comme peintre en voitures. Visé dès le 14 janvier 1911 par un arrêté d’expulsion, il partit pour les Pays-Bas. Le 1er févier 1911, le tribunal correctionnel de Rouen condamna Torton, par défaut, à deux ans de prison. Il revint ensuite en Belgique, où il travailla comme représentant de commerce.

Début mai 1912, il fut arrêté par la police belge sur mandat de la police française, qui tenta de l’impliquer dans l’affaire des « bandits en auto » (voir Jules Bonnot). Dans la presse, la Sûreté accusa Torton de faire le commerce des armes et d’avoir équipé la bande à Bonnot. La Guerre sociale du 8 mai 1912 démontra que les accusations étaient fantaisistes, le seul revolver (non chargé) qu’on ait trouvé sur Torton étant un échantillon qu’il transportait en tant que représentant de commerce.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article155093, notice TORTON Léon [Dictionnaire des anarchistes] par Notice complétée par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 15 avril 2014, dernière modification le 15 avril 2014.

Par Notice complétée par Guillaume Davranche

ŒUVRE : Syndicalisme et Révolution sociale, R. Davoust, Bruxelles, 1912.

SOURCES : Arch. Nat. BB 18/2324-2 (128 A 06), F7/13567 et F7/13619 — Les Temps nouveaux du 3 mars 1906 du 1er juin et 3 août 1907, du 31 mai 1909 — La Petite République du 7 mai 1909 et du 21 avril 1910 — Le Journal des débats du 26 novembre 1910 — La Guerre sociale du 8 mai 1912.

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