DOUBINSKY Jacques [Iakov Dubinsky, dit] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Sylvain Boulouque, Rolf Dupuy

Né en Ukraine le 26 mars 1889, mort le 18 février 1959 ; makhnoviste puis anarcho-syndicaliste.

Jacques Doubinsky
Jacques Doubinsky
Itinéraire n°13, 1996.

Iakov Dubinsky, connu en France sous le nom de Jacques Doubinsky, était né en Ukraine dans une famille d’artisans juifs et avait fait ses études dans une école professionnelle d’Odessa où il était déjà membre des Jeunesses syndicalistes. Lors de la révolution il rejoignit un détachement de l’armée makhnoviste. Après l’écrasement du mouvement par les bolchéviques, il fut arrêté puis parvint à émigrer en Bulgarie où il allait être très actif jusqu’au coup d’Etat de 1923, quand il fut arrêté et torturé.

Après s’être évadé il parvint à gagner Paris où il s’installa en 1924 « dans une petite mansarde du XIIIe arrondissement, gagnant péniblement sa vie en tressant des chaussures comme la plupart des émigrés serbes et bulgares » (témoignage de May Picqueray*) et établit des relations avec les militants anarchistes russes, bulgares et juifs. Il devint alors le rédacteur de la revue yiddish Notre Vie.

Avec Voline, Alexandre Berkman, Senya Fleshin et Mollie Steimer, il fut en 1927 l’un des fondateurs du Groupe d’aide aux militants anarchistes exilés de l’est et collabora au journal anarchiste russe Golos Trouda publié aux États-Unis. Il collectait alors des fonds pour venir en aide aux militants emprisonnés en Union soviétique. Il participa à la même époque à la rencontre entre Nestor Makhno et de Buenaventura Durruti où ce dernier proposa à l’ancien responsable makhnoviste de venir continuer la lutte en Espagne. En juin 1931 Doubinsky fut délégué au 4e congrès de l’AIT tenu à Madrid.

Délégué du syndicat intercorporatif de Paris au 4e congrès de la CGT-SR (11-13 novembre 1932), il y fut élu membre de la nouvelle Commission administrative de l’organisation anarcho-syndicaliste. Avec sa compagne Rosa, il avait fondé la librairie anarchiste juive L’Autodidacte.

Caché pendant la Seconde Guerre mondiale, il fonda à la libération le groupe Les Amis de Voline qui allait s’occuper de la publication du livre La Révolution inconnue. Puis il fut l’un des éditeurs avec David et Golda Stettner du journal Der Freie Gedank, organe du groupe anarchiste yiddish de Paris. Lorsqu’à la fin des années 1940, les autorités communistes commencèrent à persécuter les anarchistes en Bulgarie, il participa à la Commission d’aide aux antifascistes bulgares qui publia la brochure Bulgarie, nouvelle Espagne.

Jacques Doubinsky était allé plusieurs fois aux États-Unis où il avait de nombreux contacts dans le mouvement libertaire et c’est lui qui ramena en Europe le dernier message de Rudolf Rocker.

Son petit fils, Sébastien Doubinsky, dans le roman Les Vies parallèles de Nicolas Bakhmaitov (1994), s’est largement inspiré de la vie de son grand-père pour le personnage principal.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154292, notice DOUBINSKY Jacques [Iakov Dubinsky, dit] [Dictionnaire des anarchistes] par Sylvain Boulouque, Rolf Dupuy, version mise en ligne le 3 avril 2014, dernière modification le 6 janvier 2019.

Par Sylvain Boulouque, Rolf Dupuy

Jacques Doubinsky
Jacques Doubinsky
Itinéraire n°13, 1996.

SOURCES : Notice de Nick Heath — Le Combat syndicaliste, année 1932 — Liberté, mars 1959 (Nécrologie de May Picqueray) — Le Monde Libertaire, n°49, avril 1959 — Note de Guy Malouvier — Témoignage de N. Tchorbadjieff et de C. Doubinsky. — CILO n°7, mai 1959.

Version imprimable Signaler un complément