VIDALENCHE Victor, Henri

Par Maurice Moissonnier

Né le 31 mars 1909 à Oullins (Rhône), mort le 23 février 1977 à Lyon (Rhône) ; instituteur ; militant syndicaliste de la tendance École émancipée.

Fils d’un ajusteur aux ateliers de chemins de fer d’Oullins et d’une lingère, Henri Vidalenche entra à l’École normale d’instituteurs de Lyon en 1925. Il occupa son premier poste d’instituteur à Saint-Fons (Rhône) en 1928. Il avait adhéré au syndicat unitaire des instituteurs au cours de son stage à l’École normale et refusa d’effectuer sa préparation militaire supérieure. Pendant la période qui suivit son retour du service militaire (1929), il participa aux activités du « groupe de jeunes » qui rassemblait les adhérents des deux syndicats d’instituteurs et il œuvra à la fusion syndicale de 1935.

Il se maria le 8 août 1931 à Lyon (VIe arr.) avec Charlotte Lamure, institutrice.

Nommé en 1931 à Cublize (Rhône), Henri Vidalenche obtint en 1934 sa mutation à Villeurbanne dont la municipalité fut conquise en 1935 par le Parti communiste. N’appartenant à aucune formation politique mais abonné à La Révolution prolétarienne, il en épousait certains points de vue. De 1934 à 1936, il milita au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes aux côtés de Léon Émery avec lequel il rompit en 1941 lorsque ce dernier se rallia à la Révolution nationale.

Henri Vidalenche devint membre du conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs en 1935. Lors d’une réunion, il reprit une ancienne revendication du syndicat unitaire concernant la transmission directe aux intéressés de leur rapport d’inspection. En 1937, il proposa l’établissement de la représentation proportionnelle dans les organismes de direction du SNI à tous les échelons. À la fin de 1938, il refusa de participer au bureau de la section.

En 1938, avec les autres dirigeants de la section du Rhône du SNI, Henri Vidalenche participa à une active campagne en faveur des accords de Munich. Le 26 novembre 1938, il fit cependant partie de la minorité qui s’opposa, à la section syndicale, à l’annulation de la grève du 30. Avec le communiste Robert Matagrin, il maintint son appel à participer au mouvement avant de céder, le 29, à la pression de la majorité rhodanienne. En janvier 1939, pour protester contre des mesures gouvernementales en rapport avec les décrets-lois, il refusa d’accueillir dans sa classe les élèves de collègues absents après avoir averti les parents et fut blâmé par l’Inspection académique.

En septembre 1939, Henri Vidalenche fut mobilisé dans les chasseurs alpins à Chambéry. Il refusa de remplir un questionnaire de l’Éducation nationale, arguant de sa situation militaire qui, à ses yeux, le dispensait de répondre. Cette attitude entraîna sa révocation. A sa démobilisation il fut cependant réintégré et déplacé d’office dans la Creuse (novembre 1940) où il demeura jusqu’en 1946. A cette date, il fut nommé, avec son épouse, à Denicé (Rhône), région conservatrice. Ils développèrent l’école publique (de deux classes à cinq classes dont une section enfantine, avec cantine scolaire). Il devint membre du conseil syndical et du bureau départemental de la section SNI, membre de la commission administrative paritaire départementale et coordinateur de la tendance « École émancipée ».

Responsable national de la tendance “École émancipée“ à partir de janvier 1947, Henri Vidalenche participa aux activités nationales du SNI. Il fit partie des signataires du « Manifeste des Amis de L’Ecole émancipée » publié par la revue en juillet 1947. Lors du congrès national de 1947, il critiqua les orientations de la majorité nationale. Dans le congrès de 1948, le 23 mars, il aborda le thème de l’affiliation et fut — sans que son nom apparaisse — le principal rédacteur de la motion d’orientation soumise au congrès du SNI en mars 1948, motion connue sous le nom de Bonissel-Valière. Il figura en dernière position sur la liste de sa tendance des candidats au bureau national en décembre 1949. Par la suite, le 19 juillet 1950 ; il consacra son intervention à la dénonciation de la guerre d’Indochine regrettant que le bureau national du SNI ne prenne pas position. Le 21 juillet 1955, il demanda l’ouverture d’une tribune libre dans L’École libératrice. Le surlendemain, au congrès national, il condamna le projet de réorganisation des écoles normales qui leur enlevait la formation des maîtres. Il était alors responsable de la commission pédagogique de la section du SNI du Rhône.

A partir de 1948, il s’engagea pour la réhabilitation de certains instituteurs accusés d’être vichystes et sanctionnés à la Libération. Sa campagne devait aboutir à la réhabilitation d’André Lavenir qui reçut en outre un hommage du conseil syndical (17 voix contre 12) « pour son action inlassable et désintéressée » qui a permis de « sauver de nombreux camarades ».

En 1959, Henri Vidalenche fut nommé à Lyon-Saint-Just (Ve arr.) et, en 1960, à l’heure de la retraite, il se retira à Chasselay (Rhône). Dans l’édition par Pierre Broué de l’Histoire de la Fédération de l’Enseignement qui avait été programmée avant la fusion syndicale de 1935, Henri Vidalenche fut « l’infatigable organisateur » (p. VII) du travail collectif des militants de la tendance “École émancipée“. En 1969, après l’exclusion des militants de l’Organisation communiste internationaliste de l’Ecole émancipée, il contresigna avec les anciens secrétaires de la Fédération unitaire de l’enseignement et les responsables de la tendance depuis 1945 un texte intitulé « Fidèle à son passé, l’École émancipée poursuit sa route » qui parut dans L’École émancipée du 28 juin 1969. Ce texte rejetait la responsabilité de la crise que venait de traverser la tendance et de son dénouement sur l’OCI qui avait voulu « imposer des mots d’ordre, des faits accomplis et des actions extérieures » à l’ensemble d’un regroupement syndical « de révolutionnaires d’origines bien diverses ».

Avec Henri Féraud, Henri Vidalenche publia en supplément au n° 8 de L’École émancipée, en février 1975, une forte brochure Notre ami Marcel Valière.

Après son décès, selon sa volonté, son corps fut donné à la science.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article134476, notice VIDALENCHE Victor, Henri par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 14 mars 2017.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : École libérée, avril 1947, mars, avril, novembre 1948, juin, novembre 1949, avril, octobre, décembre 1950. — L’École émancipée, 5 avril 1977. — Documents transmis par Roger Martin et son ouvrage, Idéologie et action syndicale. Les instituteurs de l’entre-deux-guerres, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1982. — Rens. communiqués par Charlotte Vidalenche, son épouse. — Notes de Jacques Girault et de Loïc Le Bars.

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