MARTIN Roger, David, Léon

Par Maurice Moissonnier

Né le 9 mars 1918 à Saint-Sulpice-de-Guilleragues (Gironde), mort le 29 janvier 2002 à Lyon (Rhône) ; instituteur en Gironde (1938-1945, 1952-1959), puis professeur à Lyon (1959-1973) ; militant du Comité Amsterdam-Pleyel (1936-1938) ; résistant en Gironde et Lot-et-Garonne ; militant syndicaliste ; militant communiste ; instructeur du comité central dans l’Aveyron ; secrétaire fédéral du PCF en Haute-Garonne ; membre du comité fédéral de la Fédération du Rhône du Parti communiste ; conseiller municipal d’Agen (Lot-et-Garonne).

Roger Martin, seulement baptisé, était issu d’un milieu très modeste. En 1918 sa mère, née Madeleine Moreau, était domestique agricole et son père, Louis, Alphonse, Marie, Alexis Martin, mobilisé en août 1914 dans l’infanterie, remplissait les fonctions de caporal téléphoniste. L’acte de naissance les présentaient comme cultivateurs. Paysan sans terre, gardien de vaches dès son plus jeune âge, Louis Martin n’avait fréquenté l’école que très épisodiquement et c’était au cours de ses séjours aux tranchées et au repos à l’arrière qu’il avait appris à lire. Il rentrait de quatre années de guerre, gazé et asthmatique, marqué pendant de longues années par les expériences tragiques qu’il avait vécues. Ainsi, « par procuration », le fils contracta « la haine de la guerre et de ses auteurs » auprès d’un père « qui n’en voulait pas aux Allemands et qui garda longtemps une photo de fraternisation entre deux postes rapprochés des adversaires, prise en 1917. » 


Après la démobilisation, les parents de Roger Martin furent alternativement domestiques agricoles, puis métayers et même fermiers. A l’entretien des vignobles, ils ajoutaient la culture de légumes, l’élevage de volailles et de lapins qui alimentaient la table et fournissaient de quoi se procurer, au marché, de l’argent. Très tôt cependant la mère, atteinte de diabète et surmenée, développa des phantasmes qui la conduisirent à l’hôpital psychiatrique.

Au moment où le jeune Roger Martin passait le certificat d’études, le curé du Pian-sur-Garonne (Gironde) proposa à son père d’envoyer l’enfant au séminaire. Consulté, le premier intéressé opposa un refus tout net à la proposition. Ce fut le directeur de l’école primaire, dans ce conflit classique de la IIIe République, entre influence cléricale et influence laïque, qui l’emporta. Il conduisit son élève à Bordeaux, au concours des bourses de 1930 et son poulain y décrocha une bourse entière « immédiatement divisée par deux au nom d’une austérité budgétaire décidée par le premier gouvernement Laval ».

Malgré cette réduction, les parents, chargés de trois enfants (Roger Martin avait deux sœurs plus jeunes, Babet devenue coiffeuse et Gisèle devenue ouvrière) acceptèrent un nouveau sacrifice en plaçant leur fils à l’internat de l’école primaire supérieure de Cadillac-sur-Garonne. Il put ainsi bénéficier de « l’ascenseur social » offert par le système d’enseignement républicain : en 1936 après sa réussite au concours de recrutement, le jeune Roger Martin entra à l’École normale d’instituteurs de Saint-André-de-Cubzac (Gironde).

Sa formation (9 mars 1936-30 septembre 1938) y prit alors un cours nouveau. La lecture des quotidiens nationaux (grâce à l’activité d’une coopérative des normaliens), une bibliothèque de 40 000 volumes, des relations faciles avec les professeurs, furent déterminantes pour son avenir. Sympathisant depuis 1935 de l’Internationale des travailleurs de l’Enseignement, « assez anticlérical », il adhéra au Syndicat national des instituteurs en 1937. En relation avec Camille Maumey*, instituteur communiste important en Gironde, il créa, à l’École normale, un Comité Amsterdam-Pleyel rassemblant « les trois quarts des élèves maîtres », puis participa à de nombreuses assemblées locales du mouvement. 



En 1938, après avoir obtenu le brevet supérieur, Roger Martin fut nommé instituteur à Castets-en-Dorthe (Gironde), stagiaire du 1er octobre 1938 au 31 décembre 1938, puis jusqu’au 15 septembre 1939. Il y poursuivit ses activités politiques. Seul instituteur gréviste du département lors de la grève du 30 novembre 1938, il fut sanctionné sur le plan salarial (huit jours de retenue) et bénéficia du soutien financier de ses collègues. 


« Apprenti-conférencier », il participa jusqu’en juillet 1939 à la campagne commémorative du 150e anniversaire de la Révolution, activité qui s’ajoutait à celle du soutien des républicains espagnols, d’abord dans leurs combats, puis dans le secours aux réfugiés, chassés de leur pays par la victoire de l’armée franquiste.

Membre du Parti communiste depuis 1936, Roger Martin fut désigné par Camille Maumey, au début de juin 1939 pour représenter la fédération de la Dordogne au grand banquet qui marquait à Paris la sortie du numéro 1 de La Pensée. A cette occasion, il fit la connaissance de Paul Langevin.

A la veille de la rentrée scolaire, survint la mobilisation générale et la guerre. Sursitaire, Roger Martin fut mobilisé. Le lendemain de son départ, son père fut avisé, par un gendarme de la brigade de Saint-Macaire, de l’imminence d’une perquisition dans la maison familiale. Avis suivi d’effet, mais tout ce qui pouvait intéresser les visiteurs (lettres, adresses, livres et brochures) avait été déposé en lieu sûr.

Pendant ce temps l’instituteur Roger Martin, dirigé à Saint-Pierre-d’Irube, près de Bayonne (Basses-Pyrénées), sur un important rassemblement de sursitaires réclama (avec des enseignants et des séminaristes) le bénéfice d’un décret de Daladier permettant aux bacheliers et assimilés d’entrer dans une école d’élèves officiers. Malgré les démarches entreprises (lettre du député Me Thorp, puis une requête directe au ministre), la réponse prit la forme d’un mois de rigueur infligé au porte-parole de la réclamation, Roger Martin. Bien que coté « présumé révolutionnaire », il finit par entrer aux EOR. Il n’en sortit pas, aspirant, mais néanmoins sergent-chef.

Opérationnelles au moment où le front s’est effondré, trois compagnies d’élèves aspirants furent envoyées sur la Loire et trois autres furent expédiées à Vichy pour assurer la protection du Maréchal et de son gouvernement. Les associations maréchalistes en formation s’intéressaient à la « jeune France hardie aux mains propres », les ministères, dans l’improvisation, recrutaient, laissant entrevoir de brillantes carrières. « Je dois avouer [note dans un témoignage écrit Roger Martin], que nous ne fûmes pas très nombreux à refuser... »

Démobilisable, il fut alors affecté au 42e RIA à Marseille (Bouches-du-Rhône), puis au camp de Carpiagne alors sous l’influence d’Allemands de la Légion étrangère ayant opté pour rejoindre leur pays d’origine. Ils terrorisaient les paysan ; gendarmes et gardes mobiles avaient demandé des renforts. De retour à la caserne Saint-Charles de Marseille en janvier 1941, le capitaine le convoqua pour lui confier une mission importante : il s’agissait de « contrôler » des effectifs de l’armée polonaise en France hébergés au camp de Sainte-Marthe. Encadrement fictif qui n’avait pas à connaître l’évolution des effectifs transmis par les responsables polonais. En fait beaucoup de ces démobilisés, pourvus d’une carte d’identité civile en règle et d’un passeport établi à Marseille, partaient pour Lisbonne, via l’Espagne d’où ils embarquaient pour l’Angleterre. À la fin de cette mission, le général commandant la place de Marseille, inspectant les effectifs limités qui restaient là déclarait en serrant la main aux militaires de cet étrange « encadrement » : « Jeune homme, je vous félicite, vous avez fait du bon travail... »

De retour à la caserne Saint-Charles, Roger Martin fut incité par un de ses amis à se porter volontaire pour la section pénitentiaire située à l’intérieur de l’hôpital Michel Lévy. Séjournaient là des « droit commun » lourdement condamnés, mais aussi des « indésirables » parmi lesquels une majorité d’élus et de responsables communistes, sans compter un capitaine gaulliste. Humains avec les « droit commun », les gardiens couvraient les réunions nocturnes des « politiques » et, à l’occasion faisaient passer des lettres hors contrôle... Peu après sa démobilisation, il apprit que, pour avoir passé l’une de ces lettres, un chef de poste avait été traduit en conseil de guerre...

De retour à la vie civile en mars 1941, Roger Martin qui avait été atteint de pleurésie lors de son séjour à Vichy et avait fait l’objet d’une rechute fut contraint de se reposer. Il ne retrouve un poste d’enseignant que le 1er juin 1941. Le maire de Castets-en-Dorthe refusa d’abord de signer son procès-verbal d’installation : il était président de la Légion des Combattants et jugeait cet instituteur politisé dangereux. L’inspecteur d’académie le nomma alors « chargé d’école » à trois classes à Saint-Ferme : il n’y resta que six mois, jusqu’au 30 novembre 1941 ; le président de la délégation spéciale et le curé, tous deux d’Action Française le jugèrent vite indésirable. Muté à la commune de Gironde-sur-Dropt près de La Réole aux confins de la Gironde, il n’y resta que jusqu’au 1er décembre, le poste étant supprimé... et le président de la Légion devenu maire ! Le 1er décembre 1941 il fut enfin affecté à l’école de Montagoudin, commune de moins de 300 habitants, près de La Réole.

Le poste était, cette fois, plus accueillant. Ici le maire était laïque, la Légion des Combattants inexistante ; une implantation italienne (surtout antifasciste) améliore l’ambiance politique, tandis que plusieurs familles israélites ont trouvé refuge dans le village. Pour Roger Martin qui venait d’apprendre, en octobre, l’exécution de son « parrain de parti » Camille Maumey, fusillé à Souges où il avait été interné dès 1940, c’était une sorte de réconfort, sinon de sécurité.

Seul inconvénient : la présence trop visible du réseau Bückmaster animé par Mme Estève, active clandestine et le vicaire de La Réole. Il collabora cependant à des actions avec l’espoir (vain) « de recevoir un lot destiné à des clandestins plus discrets ». En mai 1944 une nuit s’embrasa. Des fermes flambèrent, plus de cinquante arrestations eurent lieu, trente tonnes d’armes et de munitions furent saisies. Guidé par la femme du Dr Lévy, Roger Martin alerta le vicaire de La Réole qui eut le temps de fuir et de trouver refuge sous la protection de Mgr Salièges.

Rendu de plus en plus prudent par la tragédie, Roger Martin réagit avec méfiance à l’égard de Grandclément qui vint un jour dans la cour de l’école, au volant d’une belle traction noire, lui demander comment il pourrait contacter les maquis de la région. Il lui assura qu’il n’en connaissait aucun et que l’action de la Wehrmacht avait rendu impossible, à sa connaissance, toute implantation de groupes armés. Grandclément, responsable de la Résistance OCM et connu comme tel, était devenu un collaborateur de la Gestapo ! Sans connaître ce fait, l’instituteur de Montagoudin disparut tout à coup : il avait rejoint le maquis FTPF de Duras, dans le département du Lot-et-Garonne, qui contrôlait déjà un espace considérable entre Bergerac et Marmande.

Sa femme - il avait contracté mariage uniquement civil le 19 février 1944 à Montagoudin avec Juliette, Jeanne, Louise Depierre (voir Juliette Depierre-Martin*) - le rejoignit quelques semaines après à l’état-major de la formation armée où elle prêta son concours en tant que secrétaire-dactylo. Intégré comme « commissaire technique », Roger Martin travailla aux côtés du « commissaire aux effectifs », Roger Mayer, futur membre de l’équipe scientifique de Joliot-Curie. Il retrouva à ce moment Jean Zyromski , avec qui il avait eu l’occasion de militer à la fin des années 1930, retraité dans le canton, qui donnait son appui au maquis et jouissait d’une grande influence dans la population... circonstance qui permit à la Résistance armée d’organiser des réunions avec les commerçants et des agriculteurs, en vue de déterminer les mesures propres à ravitailler les habitants du secteur au prix de la taxe. Le 14 juillet 1944, sous la halle de Duras, il fut possible de tenir un meeting réunissant une foule enthousiaste qui célébra la renaissance de la République. Poursuivant cette démarche des réunions furent organisées dans les villages. Elles rassemblaient la population et les conseils municipaux épuisés par la prudente abstention des « collaborateurs ». Les conseils provisoires qui en sortaient réalisaient une sorte d’amalgame entre les titulaires non compromis et des maquisards enfants du pays.

Appelé à la Subdivision militaire d’Agen après la libération totale du Sud-Ouest, Roger Martin fut chargé de la rédaction d’une feuille hebdomadaire intitulée Unité. Elle avait pour but de faciliter « l’amalgame » en Lot-et-Garonne de tous les mouvements de Résistance et la formation de deux bataillons de marche (mal vêtus et mal armés) dirigés l’un vers les « poches de l’Atlantique ", l’autre vers l’Alsace pour rejoindre Rol Tanguy et ses hommes. Le journal visait aussi à faciliter des relations de compréhension entre l’armée nouvelle et la population. Ce fut alors que le colonel commandant la Subdivision découvrit que Roger Martin était réformé pulmonaire depuis 1942. Ainsi prit fin sa période militaire.

Le 1er octobre 1945, il ne reprit pas son poste d’instituteur à Montagoudin. Commençait alors pour lui une nouvelle phase de son existence qui devait durer jusqu’en 1951 : le Parti communiste français lui demandant de renforcer sa direction en Lot-et-Garonne, il se fit accorder par l’Inspection académique un congé de convenance personnelle.

Réformé de l’armée, Roger Martin ne le fut pas de l’activité politique épuisante de l’époque. Ce furent de multiples réunions, de multiples déplacements avec une voiture ancienne peu fiable, des nuits écourtées. La situation était délicate. Dans le département, Renaud-Jean, sans renier ses opinions, libéré de Clairvaux le 11 juin 1941, malade, seul et sans liaison, n’avait pas été un résistant « organisé ». Il avait ses partisans et ses adversaires. Ex-député, il fut cantonné à partir de 1945 à ses fonctions de maire et de conseiller général et son activité fut essentiellement orientée vers le syndicalisme paysan. Les candidats élus à la députation en Lot-et-Garonne furent Hubert Ruffe et l’ex-socialiste SFIO venu au PCF, Gérard Duprat.

Membre du bureau fédéral, Roger Martin participa aux efforts nécessaires de redémarrage de la fédération et, prioritairement, à la reconstitution des cellules et des sections. Il devint le président de l’Union de la Jeunesse républicaine de France, substitut de la JC, réunissant en une fédération les organisations masculines et féminines séparées, de même que les Vaillants (enfance et adolescents). Rédacteur en chef du Travailleur du Lot-et-Garonne et de surcroît élu conseiller municipal d’Agen sur la liste communiste, il eut à traiter le grave problème du manque d’eau potable en quantité suffisante et celui de l’état sanitaire d’une population physiquement affaiblie.

En 1948, nouvelle bifurcation de son activité : Roger Martin fut appelé à Paris pour suivre une école centrale de quatre mois qui rassemblait des responsables nationaux, des députés, des secrétaires fédéraux (la promotion compta dans ses rangs Marie-Claude Vaillant-Couturier). Il fut désigné, après de longs débats préparatoires, pour tirer les conclusions du stage.

Quelques temps après, convoqué à Paris et reçu par Maurice Thorez, ce dernier lui proposa la fonction d’instructeur du comité central (« Ce qui faisait de moi un pigeon voyageur allant de fédération en fédération pour les aider dans leur travail »).

En pleine grève des mineurs, lors des grandes luttes de 1948, Roger Martin se trouvait à Decazeville, dans ce département de l’Aveyron où la paysannerie, au-delà des options politiques, restait compréhensive et sensible aux luttes des « gueules noires ». Secteur crucial, d’autant que Paul Ramadier était maire de la ville. Decazeville et Carmaux furent parmi les derniers bastions grévistes à « tenir » à la fin de l’année 1948, avec ce que cela supposait de réactions sectaires, lors de la reprise du travail. Roger Martin dut alors se faire l’avocat de membres du parti exclus de leur cellule pour abandon de lutte. Maurice Thorez approuva son action avant de l’envoyer en mission à Toulouse où l’attendaient de nouvelles difficultés.

En Haute-Garonne, les militants étaient nombreux, l’industrie développée ; une paysannerie avancée existait, le Parti socialiste SFIO et le PCF y avaient une large influence. Les communistes avec deux députés et un quotidien étaient bien implantés, mais il y avait des difficultés internes.

Ces difficultés se traduisaient par une grande instabilité des secrétariats « remaniés » à chaque conférence fédérale. L’arrivée de Roger Martin ne se fit pas sous des auspices favorables. Marcelle Rumeau, député, confiait à une secrétaire - qui lui rapporta le propos - que « ce petit enseignant ne fera pas long feu à Toulouse ». Il fut néanmoins élu premier secrétaire fédéral malgré l’avis défavorable qu’André Marty aurait formulé. Le secrétaire à l’organisation, Bouquié, menait une politique personnelle où interférait des orientations suggérées par Marty qui, en principe n’avait pas de responsabilités particulières dans la fédération, mais intervenait sur le plan du soutien des communistes espagnols réfugiés en France. C’est dire la situation délicate rencontrée par le nouveau secrétaire fédéral.

A la situation délicate rencontrée par le nouveau secrétaire fédéral s’ajoutaient des irrégularités patentes et des tensions qui alourdissaient l’atmosphère. Antoine Kristos, militant marseillais devenu administrateur du Patriote de Toulouse, exclu, fut, lui aussi défendu par Bouquié. Tous ces problèmes freinèrent, selon, Martin, l’intervention du parti sur le plan politique et restreignirent son influence dans les luttes sociales et électorales.

Lors de la conférence fédérale de 1950 dirigée par Marty, tout le secrétariat existant ne fut pas renouvelé. Le président de séance, avec le concours de Marty lui-même, prit soin de couper la parole au premier secrétaire fédéral chaque fois qu’il voulait répondre après avoir été mis en cause.

La Sécurité sociale recrutant des employés, Roger Martin passa avec succès le concours de rédacteur à la Caisse régionale vieillesse. « Réhabilité », il ne revint au comité fédéral qu’en 1951 mais on le chargea de responsabilités importantes (animation de campagnes électorales, responsabilité de la sécurité de Jacques Duclos tenant meeting à Toulouse). 

Il s’investit surtout dans le développement du syndicat CGT de la caisse-vieillesse où il travaillait, qui enleva la première place aux élections du personnel et renforça ses positions par l’adhésion de jeunes employé(e)s très actifs(ves). Il fut alors élu à la commission administrative départementale de la CGT. 

« J’aurais pu "faire carrière" à la Sécurité sociale, mais j’en avais trop sur le cœur », expliquait-il, lorsqu’il évoquait son retour dans l’enseignement.

Roger Martin demanda sa réintégration dans l’enseignement, qu’il obtint au groupe F. Buisson, de Bègles, le 1er octobre 1951, poste occupé jusqu’au 13 septembre 1953, puis du 14 septembre 1953 au 14 septembre 1959 il fut nommé à Bordeaux, au groupe L. Lenoir. Ses collègues du département qui connaissaient ses activités l’élurent secrétaire départemental de la Fédération de l’Éducation nationale (CGT). Il fit partie de la commission administrative nationale de la FEN-CGT en 1952-1953, intervint au congrès national de 1953 et entra au collectif de travail du courant « Unité et Action » en 1953-1954. Tout en assurant son travail scolaire, il devint, en raison de sa connaissance du « terrain », administrateur puis vice-président de la Caisse primaire de Sécurité sociale de la Gironde. A la Bourse du Travail, la CGT ayant créé une « Université Nouvelle », il donna des cours.

De la fin de la guerre d’Indochine à la guerre d’Algérie et aux « événements d’Alger » qui ouvrirent la voie au retour de de Gaulle et à l’installation de la Ve République, il connut comme militant syndical - et surtout politique - une activité qui soumettait les esprits et les organismes à rude épreuve. Les nuits de veille n’arrangèrent pas sa santé chancelante, sa bronchite s’aggrava et il dut aller se reposer et reprendre des forces pendant trois mois à la maison de repos de la MGEN des Trois Épis.

Au cours de réunions à Paris, il avait fait la connaissance d’une enseignante d’allemand lyonnaise, Françoise Lieber. Refusant une double vie, il proposa un divorce que sa femme n’accepta pas. Celle-ci avait un travail, de même que l’une des filles qui était mariée : il demanda une mutation pour le Rhône et obtint un poste à Saint-Fons au groupe Paul Langevin. Il se maria le 4 juillet 1964 à Villeurbanne (Rhône) avec Françoise Lieber. Dans la vallée du Rhône, avec une atmosphère chargée de toutes les pollutions des usines chimiques, son état de santé s’aggrava de nouveau, justifiant son affectation au Centre régional de télé-enseignement. Il occupa ce poste du 16 septembre 1959 au 10 septembre 1973, avant d’être mis en congé de longue maladie du 11 septembre 1973 au 10 septembre 1975 et fut pérennisé professeur de CEG à compter du 1er octobre 1968.

Malgré une santé défaillante, Roger Martin n’avait cessé de militer. Actif au SNI, il fut membre du bureau départemental de la tendance "Unité et Action". En 1963, toutes les autres tendances refusant un bureau composite, "Unité et Action", majoritaire, assuma la direction. Élu secrétaire départemental à la fin de l’année scolaire 1964-1965, assez vite il abandonna cette fonction (tout en restant au bureau) pour raison de santé. Pour l’élection du bureau national du SNI en décembre 1965, il figurait en douzième position sur la liste "Pour un SNI toujours plus uni, toujours plus fort" conduite par Alfred Sorel*.

Son ex-femme acceptant enfin le divorce en avril 1964, Il participa avec sa deuxième épouse à la création d’un florissant Comité lyonnais des échanges franco-allemands, en relation avec la ville de Leipzig (municipalité et université).

Si, au niveau universitaire, les échanges jouaient dans les deux sens à l’occasion de conférences ou de colloques, dans le secteur de la jeunesse, les jeunes de Villeurbanne et Lyon se rendaient à Leipzig sans que la réciproque puisse être obtenue. Des échanges syndicaux furent, par contre, réalisés. À Villeurbanne où résidaient les Martin, des initiatives importantes furent prises avec la municipalité socialiste : conférences, colloques, expositions.

À Lyon, le PCF avait fondé en 1960 une Université Nouvelle. Roger Martin, porteur en ce domaine d’une expérience, fut agrégé rapidement à l’équipe qui l’animait. Des professeurs, historiens, littéraires, philosophes, scientifiques, des artistes en particulier des peintres prêtaient leur concours. Les cours suivis de débats occupaient jusqu’à quatre soirées par semaine, rivalisant avec les soirées de la Chronique Sociale (d’inspiration catholique). Cette activité se doublait également pendant quelques années des « semaines de la pensée marxiste ». L’Université Nouvelle, après 1968 fonctionnait d’ailleurs en communauté avec celle de Saint-Étienne (Loire). Les résultats, bien qu’inégaux d’une année à l’autre, demeuraient encourageants. Roger Martin assurait la présidence du conseil d’administration. C’est alors qu’un des secrétaires fédéraux vint le trouver chez lui « pour me persuader de mettre la clé sous la porte : plus d’Université Nouvelle, ce serait davantage de militants et autres qui suivraient l’enseignement direct du Parti dans ses locaux. Je refusai catégoriquement ». Malgré la vigoureuse reprise d’après 1968, l’Université nouvelle dépérit à la fin des années 1970 et disparut.

Depuis plusieurs années, Roger Martin réservait une partie de son temps à des recherches aux Archives nationales et départementales dont le fruit fut un livre important sur Les Instituteurs de l’entre-deux-guerres préparé avec l’aide de Jacques Girault et Paul Delanoue, paru en 1982.

Membre du comité fédéral du PCF du Rhône de 1961 à 1967, il donna pendant une longue période des articles - souvent historiques - à La Voix du Lyonnais, organe fédéral du parti. De même, à l’Humanité, il envoya des lettres de lecteurs ou des contributions à la veille des congrès, souvent critiques. Il supporta mal des coupures qui modifiaient parfois le sens de ses textes. La santé de son épouse s’étant fortement dégradée, il se préoccupa surtout de la soigner de son mieux. « Au XXVIIIe congrès, écrivait-il avec tristesse, j’ai mis fin à la comédie. Je n’ai plus la carte du Parti communiste ».

Toujours soucieux d’une histoire qui continue, il avait remis une partie de ses livres et de ses archives à l’Institut social CGT de la région Rhône-Alpes.

Martin, décédé à l’hôpital Edouard Herriot, fut incinéré. Le faire-part invitait à faire des dons au Secours populaire de France.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article120639, notice MARTIN Roger, David, Léon par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 15 mars 2017.

Par Maurice Moissonnier

ŒUVRE : Idéologie et action syndicale. Les Instituteurs de l’entre-deux-guerres, Presses universitaires de Lyon, 1982, 448 p

SOURCES : Archives départementales du Rhône. — Voix du Lyonnais, organe fédéral du PCF. — Archives personnelles, IHS-RA, cote n° 61, boites 1 à 7. — Interview et long texte écrit de l’intéressé. – Notes de J. Girault et de Pierre Roche.

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