LACHAIZE Pierre, Frédéric

Par Maurice Moissonnier

Né le 13 décembre 1910 à Lyon (IIe arr.), mort le 13 août 1988 à La Tronche (Isère) ; ouvrier du textile après avoir été sculpteur sur bois ; militant de la CGTU puis, après la réunification de 1936, de la CGT, membre de la direction de la Fédération CGT du Textile ; communiste ; résistant, capitaine FFI ; conseiller municipal de Villeurbanne.

Les parents de Pierre Lachaize étaient des ouvriers du textile : sa mère, Marcelle Texier, était fileuse et son père, Baptiste Lachaize, teinturier. Ce dernier militait au Parti socialiste SFIO à Vaulx-en-Velin (Rhône) lorsqu’il adhéra avec Jean Peyri*, à la IIIe Internationale. Tout naturellement son fils fut amené à la lutte syndicale et politique. Il était sculpteur sur bois lorsqu’en 1927, à dix-sept ans, il recut sa première carte à la CGTU des mains de Louis Becker*. Embauché par la suite dans une usine de textile, le jeune Lachaize ne tarda pas à s’affirmer comme un bon militant et, au cours des journées de 1936, après son service militaire qu’il accomplit en 1931-1932 au 152e régiment d’infanterie, il devint secrétaire de la section syndicale et collaborateur d’Édouard Aubert. Le 30 novembre 1938 il participa à la grève générale et compta parmi les 2 400 licenciés du textile, victimes de la répression à Lyon et Villeurbanne. Il était alors secrétaire de la section CGT de l’usine Vuillod-Ancel installée à Villeurbanne, cours de la République. Il donna son adhésion au Parti communiste en juin 1939 à la suite d’une décision politique mûrement réfléchie, convaincu par les articles de Gabriel Péri qu’il lisait régulièrement dans l’Humanité.

Il s’était marié le 26 novembre 1932 à Villeurbanne (Rhône) avec Marie Louise Faure.

Dès le début de la guerre, il fut mobilisé au 299e régiment d’infanterie. Au moment d’une permission de détente, le 29 janvier 1940, il fut inculpé et arrêté pour infraction au décret de dissolution du Parti comrnuniste et distribution d’un tract « portant atteinte à la sécurité du territoire « . Il s’agissait de l’affaire dont l’inculpé principal était Antoine Dutriévoz, adjoint au maire de Villeurbanne depuis 1935*. Incarcéré à la prison Saint-Paul, puis au fort Montluc à Lyon, il fut évacué en juin 1940 à Aix-en-Provence puis ramené à Lyon après la débâcle. Avec ses co-détenus Julien Airoldi-Marcellin* ancien maire de Vaulx-en-Velin, Joanny Berlioz*, futur maire de Villeurbanne à la Libération et Lucien Sampaix*, il noua des contacts avec l’extérieur et le groupe parvint à alimenter les adversaires du régime en papillons anti-pétainistes fabriqués en prison. En novembre 1940, il passa en jugement et fut condamné à six mois de prison.

Dès le début de 1941, il reprit l’activité clandestine en compagnie de Luc Ricci (secrétaire du PC pour Villeurbanne, Émile Cochard, Pierre Ringionni et André Morcel (voir ces noms). C’est la même équipe que retrouva Édouard Aubert* à son retour de captivité en Allemagne. Sous l’impulsion de ce dernier, l’appareil technique et militaire se perfectionna et assura la sortie de journaux clandestins (La Vie ouvrière, Le Métallo, Le Travailleur du textile, Le Travailleur du bâtiment) à partir d’un matériel ronéo caché dans un appartement d’une militante, cours Vitton, à Lyon. La récupération du reliquat d’un parachutage déposé à l’usine Lumière de Feyzin puis stocké à Vernaison (Rhône) leur assura des moyens en plastic et en bombes magnétiques. Aussi purent-ils passer à une action militaire inaugurée par le sabotage des pylônes électriques sur le territoire de la commune de Vaulx-en-Velin.

Devenu responsable des Mouvements unis de Résistance (MUR) de Villeurbanne, Pierre Lachaize participa, rue Descartes, chez le fabricant de soieries Montet, à la réunion de fondation du comité local de Libération en octobre 1943 et fut l’un des organisateurs de la grande grève patriotique du 11 novembre 1943 dans l’agglomération lyonnaise.

Il fut arrêté par la Gestapo, au cours d’une mission à Clermont-Ferrand le 15 mai 1944. Dirigé sur Compiègne, il fut embarqué le 2 juillet, à destination de Dachau avec 2 166 déportés du fameux « train de la mort ». Il n’avait pas, en dépit des interrogatoires dévoilé son nom et il figura sur les listes de déportation sous le nom de François. Incarcéré au camp A de Compiègne, il resta, pour conserver son anonymat sourd aux appels de son camarade de combat Édouard Aubert interné au camp C voisin. Après la Libération de Dachau, le 29 avril 1945, Pierre Lachaize rentra en France et reprit rapidement ses activités militantes. Il fut élu conseiller municipal communiste de Villeurbanne et fut attaché au cabinet du ministre Marcel Paul. Il participa aussi à la direction de la Fédération CGT du Textile.

A l’heure de la retraite, il se retira dans un petit village de l’Ain, où il aurait été conseiller municipal.

Pierre Lachaize fut fait chevalier de la Légion d’honneur en 1963 et il reçut le 20 février 1978, des mains de Rol-Tanguy les insignes d’officier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114999, notice LACHAIZE Pierre, Frédéric par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 25 septembre 2018.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : L’Humanité, 22 février 1978. — Jusqu’au bout, ouvrage édité par la Fédération CGT du Textile en l’honneur d’Édouard Aubert. — Ch. Bernadac, Le train de la mort. — État civil de Lyon IIe arr. — Interview du militant et documents familiaux. — État civil en ligne cote 2E2674, vue 90.

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